Les écrits sous écrou de Jean-Pierre Santini

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Arrêté le 6 octobre 2020, l’écrivain Jean-Pierre Santini a été incarcéré à Fresnes du 12 octobre au 10 décembre. Sous écrou, il écrit.

Placé en résidence surveillée, il met au propre. Mi janvier 2021, il livre quatre manuscrits. Mi février, il valide la maquette d’un ouvrage de 448 pages.

Son édition, prise en charge par le collectif d’auteurs « operata pè Santini », réunit les trois premiers manuscrits. Son impression reste à financer à travers un appel à souscription.

Au format 148x210, cet ouvrage de 448 pages dont le prix public a été fixé à  19,00 € (+ 3,00 € participation aux frais d’envoi), peut être commandé en souscription au prix de 18,00 € (frais d’envoi offerts). 

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Grand Prix du 23 ème Salon du Livre Insulaire

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Réalisé par Caroline Parsi et Jacques Moretti et publié par les  éditions Albiana, l’ouvrage « Grandeur et misère des bandits de Corse » a reçu le Grand Prix du salon du livre insulaire 2021 
pour ses qualités, à la fois, littéraires et scientifiques.

L’ouvrage - souligne le jury- dit que ce bandit ne naît pas mais devient ; il montre ses regards intenses et fouille ses parcours. Les mille petites histoires de ces hommes hors la loi composent le bandit grand et misérable de la société Corse. Il a été le tenant tragique d’un code de l’honneur destiné à pallier les défaillances de la justice en Corse, qui une fois consolidée et affirmée, l’a éradiqué.

« Grandeur et misère des bandits de Corse » est un roman, un album, une bande dessinée, un journal, un chemin ramifié qui emmène le lecteur dans une grande randonnée. Il s’y engage, s’y perd, revient sur ses pas, s’interroge sur les pourquoi de ces vies tourmentées. « Grandeur et misère des bandits de Corse » se garde sous le coude pour être lu et relu comme un grimoire.

Parce qu’il est historique, humain, quotidien, il s’insinue comme le lierre dans l’esprit du lecteur, « Grandeur et misère des bandits de Corse » est une référence essentielle de la Corse et de l’insularité. Cette qualité portée par sa richesse historique, sa problématique et sa qualité éditoriale nous ont conduit à lui attribuer le Grand Prix du 23 ème Salon du Livre Insulaire.

A Ouessant, les éditions Albiana ont également obtenu une autre distinction à souligner : le jury du prix scientifique a en effet  décidé d’accorder son prix à l’enquête sociologique de Lizza Terrazzoni , « Les autres en Corse ». 


Entendre Marie-Jean Vinciguerra

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Préfacé par Jacques Thiers, cet ouvrage livre cinq entretiens avec l’écrivain Marie-Jean Vinciguerra menés par François-Xavier Renucci ainsi que deux textes de l’écrivain : Journal interrompu et Portrait d’une salope.

Un buisson de paroles est publié par les éditions Albiana dans la collection Isule literarie.

A lire de toute urgence : ces paroles de Marie-Jean Vinciguerra sont « une indispensable célébration de la vie et de l'humanité ».


Una insula habitata de homini carnifici

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Sur la violence seigneuriale à l’époque médiévale, la revue  hypermedia Criminocorpus a récemment mis en ligne une passionnante communication de l’historienne Vannina Marchi van Cauwelaert, « Una insula habitata de homini carnifici e pleni di rixe : Gênes face à la violence aristocratique corse à la fin du Moyen Âge ».

Cette remarquable étude permet de comprendre les formes nouvelles de la violence aristocratique corse sous le gouvernement de San Giorgio : la violence comme expression du pouvoir et la violence comme instrument de négociation des élites locales.

Des travaux éclairants à  découvrir absolument.

Vannina Marchi van Cauwelaert est maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l’Université de Corse et directrice adjointe de l’UMR 6240 LISA.


Le meilleur de Sébastien Bailly

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Dans la collection 1001 Nuits, les éditions Fayard rééditent  Le meilleur de l’humour noir de Sébastien Bailly dont la première édition date de 2008.

De Shakespeare à Guy Bedos, cet ouvrage de Sébastien Bailly présente près de 400 citations, classées par thèmes.

Auteur de nombreux ouvrages, Sébastien Bailly est un grand récidiviste en matière d’anthologie : la collection 1001 Nuits ne compte pas moins de sept « meilleur de » sous sa signature.

Cette réédition bienvenue est à découvrir avant de mourir…de rire.

 


#PolarVert : les écritures exploratoires de Thierry Colombié

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Spécialiste de la criminalité organisée et auteurs de plus de treize ouvrages, Thierry Colombié n’a pas attendu que la justice administrative ordonne à l’Etat d’agir pour s’inquiéter des crimes environnementaux. 

Sur son fil Twitter, #PolarVert #CrimEnv #greencriminology #KlerviMarzan, Thierry Colombié sensibilise en effet depuis longtemps sur la criminalité verte.

Audacieux et innovant dans toutes les diverses formes narratives qu’il explore, l’auteur annonce la parution du premier tome de Polar Vert, chez Milan Éditions, pour août 2021. Les précommandes de cette fiction sont d’ores et déjà disponibles sur de nombreux sites  dont  Fnac  et  Decitre . Un deuxième tome est prévu pour janvier 2022.

Prendre les armes en s’emparant des mots

« La criminalité verte ou environnementale fait rage - souligne Thierry Colombié.  En France, comme partout ailleurs. Trafic d’espèces protégées ou d’or, déversement de déchets toxiques, pollution des rivières… Pour se préparer à la révolution du réchauffement climatique, il est temps de prendre les armes. L’une d’entre-elles, c’est de s’emparer des mots, écrire une fiction, une série de romans pour mieux dépeindre la réalité. Polar Vert s’adresse aux jeunes adultes qui ont déjà une fibre écologique, marchent pour le climat, se mobilisent pour la biodiversité, et à tous ceux qui n’ont pas encore pris conscience des enjeux liés à la protection de la nature. Les adultes liront #PolarVert aussi, j’en suis persuadé. Il s’agit de notre avenir. À tous. »

Les aventures du polar vert - et beaucoup plus si affinités -  sont à suivre sur le site de Thierry Colombié.


« On sous estime toujours sa vieille mère » : Anouk Langaney livre Clark

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Un grand format dans la collection Fusion des éditions L’Atalante, Clark est le nouvel ouvrage d’Anouk Langaney.

Comme elle en a l’habitude et le talent, l’auteure de Même pas morte, Cannibal Tour et du roman jeunesse Le Temps des hordes, frappe fort.

Lire Clark - prévient avec raison son éditeur - c’est ouvrir la lettre d’une mère à sa fille. L’histoire qu’elle raconte provoque la stupéfaction et l’effroi, mais elle est aussi drôle et grinçante. Pour quel projet fou cette femme indépendante a-t-elle bouleversé la vie de ses trois enfants ?
Clark pose des questions actuelles et intemporelles sur la maternité, le rôle de la femme et l’écoterrorisme. En ligne de mire, le monde que nous laissons à nos enfants.

Allez vite lire cette femme. Et, un conseil, évitez de la contrarier !

 


Blue café, un nouveau polar de Jean-Paul Ceccaldi

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Une enquête corso-marseillaise sur fond de magouilles immobilières.

Le commissaire Mathieu Paolini - souligne la quatrième de couverture - n’est pas un flic ordinaire. Il a fréquenté dans sa jeunesse un bar de voyous. Policier cinéphile, il vit seul avec une chatte et a un besoin irrépressible de plaire aux femmes.

Fidèle à son écriture riche et subtile, Jean-Paul Ceccaldi nous entraine à comprendre que si « Je est un autre », cet autre « est souvent borderline ».

La parution de ce nouvel opus du romancier Jean-Paul Ceccaldi, prévue en mai, vient enrichir le catalogue des auteurs rassemblés dans l’association éditrice Ancre Latine - Corsicapolar qui prépare activement la quinzième édition du polar corse et méditerranéen prévue à Ajaccio en août prochain.


L’ Église de Corse en révolutions par Ange Rovere

CDD51070-D350-4F8E-9AE9-68264F4A2A44L’historien Ange Rovere livre avec une minutieuse analyse des archives la somme de ses patients travaux sur la place de l’Église au cœur de la société au cours du siècle des Révolutions, du XVIIe au XVIIIe siècle. 

La Corse, premier épicentre des révolutions européennes, est l’un de ces lieux privilégiés où l’on peut observer sur un temps très long comment la religion, ses clercs et ses fidèles répondent aux grands bouleversements politico-religieux des XVIIe et XVIIIe siècles.

Cet ouvrage, publié par les éditions Albiana dans la collection Bibliothèque d’histoire de la Corse, est d’importance : dans la lignée des rigoureuses recherches menées depuis Franco Venturi sur le Settecento Riformatore.

Ange Rovere dédicace son ouvrage le mercredi 5 mai à partir de 15 heures à la librairie Papi à Bastia (Haute Corse).


Une ligne de livres insufflée par Okuba Kentaro

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Confinement, portrait et lecture

Qu’est-ce je peux faire ? j’sais pas quoi faire… ânonnait l’Anna divine, dans un Peter the Bastringue des meilleurs flots de la nouvelle vague, avant que Godard oublie comment filmer une histoire. On était alors au grand moment de l’autodafé, quand on farhenheitisait les personnages, les récits, les vies et les pensées. Conséquences lointaines de la déconstruction picturale, le nouveau roman comme un bulldozer de l’âme, déclarait une guerre totale à la narration, et le cinéma allait suivre très vite, le théâtre itou (n’est-ce pas Handke ?). Pierrot le fou a échappé en quelque sorte à ce destin. Il est comme ça des éclaircies dans les ouragans stylistiques, des chefs d’œuvre curieusement épargnés par les iconoclastes.

Brûlez, créez, bougez, il restera toujours quelque chose.

Bouger, facile à dire ça, en ce moment. Pour éviter la sinistrose, je lance un slogan – comme d’habitude vous en faites ce que vous voulez – : prenez une ligne de livres et libérez-vous. D’accord, c’est pas nouveau, mais c’est intense. Plus intense que tout.

Vous êtes libre de tout essayer, mais pour les fainéants, les indécis et les malléables voici ma sélection de textes qui donneront de l’élégance, voire de la classe, à leur couch potating. Vous verrez, ils ne se classent pas dans le même registre, mais ils respectent les objectifs de la narration, et cette splendide capacité de la littérature à donner vie.

L’Atlantide

Deux hommes dans le désert, deux officiers qui se découvrent, qui parlent dans la nuit. Saint-Avit, capitaine à la réputation sulfureuse, aventurier et géologue, et le narrateur, le lieutenant Olivier Ferrières, son condisciple de Saint-Cyr, homme plus conventionnel, prônant le devoir, c’est-à-dire n’ayant pas encore expérimenté les problèmes de la morale. Ferrières n’a pas vécu, il n’est pas allé au bout de lui-même, ni au terme des cartes du monde planifié. Saint-Avit raconte lui, à travers l’histoire d’un amour pour une femme mythique, Antinéa, l’histoire de l’attrait de la mort. Plus l’on s’approche d’elle, et plus le mirage de la félicité s’éloigne. Le lecteur, s’il est épris d’exotisme, comprend bien que le voyage est illusoire, et qu’il s’enfonce bien plus dans l’introspection et le néant que dans les espaces reculés du monde réel. S’il est une esthétique du désert, elle passe par la crucifixion.
Le texte classique de Pierre Benoît, profond et mystique à la façon du Prophète de Khalil Gibran, sensible à la douleur des bêtes, ouvrant des territoires imaginaires et somptueux tel un Jules Verne azimuté, n’a pas pris une ride, sans doute parce que l’auteur savait composer et chercher l’excellence.

L’Archipel du chien

Voici un texte tout aussi tendu que le précédent, millimétré dans ses effets, mais sur un ton plus désabusé toutefois, le second degré lui procurant une sorte de regard à la Sciaccia. Une île en Méditerranée à l’écart de tout, un volcan plutôt, qui gronde, choeur antique et funeste, en arrière fond sonore de toutes les petites actions des insulaires. Un secret, piètre en vérité puisqu’il est celui de la noirceur du cœur humain, tente d’être camouflé, mais viendra un homme étrange, un homme que l’alcool ne soûle pas, un Commissaire venu jeter dans le brasier latent l’étincelle de la lucidité. Ou bien celle de la cruauté. Un étranger qui n’aime pas les îles : « C’est l’idée même de l’île qui m’est insupportable. Être entouré d’eau ». L’eau ne protège pas du mal, elle le conserve, et il n’y est jamais possible, d’un coup de voiture, d’échapper à son empire.
Philippe Claudel construit ici un piège aussi technique que fascinant, et la ronde des personnages, tous très construits, même s’ils tiennent de petits rôles, nous entraîne. Les dialogues, somptueux – ce qui devient de plus en plus rare –, distillent juste ce qu’il faut de décalé pour nous émerveiller. Un roman court, ironique et troublant.

L’Héritage Davenall

Je ne savais rien de Robert Goddard, mais je quitte la cathédrale de l’héritage Davenall étourdi par la visite, admiratif devant le luxe des détails et la précision des différentes intrigues qui s’insèrent. La construction narrative est époustouflante, même si nous ne sommes pas en présence d’une œuvre géniale : je regrette le dernier quart du texte qui baisse d’un ton, sans devenir trivial pour autant. On pense à Anthony Trollope pour le rythme et le souffle, à un vieux film de Kurozawa, Le duel silencieux, pour la problématique secrète du héros, ce mystérieux homme revenu de nulle part, nommé M. James Norton, et se prétendant Davenall, un héritier légitime, disparu depuis onze ans, déclaré mort depuis quatre ans. Incidemment – toutes les catastrophes commencent ainsi, par l’insignifiant –, avec le titre de baronnet et la fortune qui l’accompagne, le flegmatique M. Norton vient chercher son ancienne fiancée, mariée depuis au narrateur de ce conte dévastateur, victorien par ses préjugés et ses castes, brontien par son ambiance crépusculaire de brouillard et de bises. Les feuilles mortes tombent en rafale dans les allées des parcs, comme les souvenirs surgissent soudain dans les consciences les plus fates. Face à ce retour du néant, la famille réagit à sa façon, entre ceux qui le croient et ceux qui ne voient là que la bassesse d’un imposteur, attiré par la richesse. Les points de vue se croisent et attirent dans des directions inattendues, ouvrant de nouvelles énigmes. Rien n’est plus équivoque qu’une identité, et les familles se construisent sur les fantômes de l’indicible.
Trop proche de ses personnages pour les simplifier en pulsions ou en complexes, Goddard échappe avec maestria au risque de la psychanalyse lourdaude, d’où notre bonheur. Pour une fois, la quatrième de couverture est véridique : des nuits blanches en perspective.

Crève la fin

Il est une énigme de la lecture qu’elle ne se donne jamais directement, et que l’on y parvient par la médiation de l’objet livre, sa forme, son poids, la blancheur de ses pages, la taille des caractères, et avant toute chose l’émotion de la couverture. Ce rapport invisible de la forme au fond, qui fait de chaque livre un individu parlant, sert ici à un dessein plus total encore, puisque l’image du texte, cet autoportrait en larges aplats de couleurs vives que cerne un frisottis organique, figuratif, mais à peine, ces yeux en déséquilibre, globuleux et intenses qui vous fixent… Tout est dit en un flash de conscience que le livre va démultiplier, en phrases caterpilar, sans souci de l’élégance parfois, car le vécu n’est pas un chemin de roses, en phrases survoltées qui dérivent, qui renvoient vers une fatale obsession. L’autoportrait de la couverture implique l’autoportrait de l’histoire : Julien, peintre issu d’une histoire dévastée, avance avec ses tripes sur le devant de la scène, enragé, sauvage. La gloire bien sûr, mais peut-elle recoudre les lambeaux torturés de sa conscience ? Lorsque l’on ne triche pas avec son art, peut-on échapper à son destin tragique ? Des questions qui vitriolent le texte, et atteignent le lecteur, qu’il le veuille ou non. Avec ce livre, Jack Boland confirme tout le bien que l’on peut penser de lui, dans une écriture très années trente, entre Artaud et Carco, la seule qui surnage depuis.

Le discours

Je dois ce livre agréable à un ami d’aéroport, avec qui j’échange au cours de brèves escales. Le prétexte de ce court roman, très disert, est mince, mais juteux. On demande à Adrien – le prénom est révélateur de la procrastination maladive du personnage principal –, célibataire largué par sa chérie Sonia, de préparer un discours de mariage, pour célébrer l’union de sa sœur avec Ludo, un décérébré fier de lui qui énonce des idées reçues à la cadence automatique. La famille qui l’aime, bien sûr, feint de ne pas comprendre les tourments d’Adrien. Existent-ils seulement ? Dans ce portrait d’une époque vide de compassion et d’entraide, Fabrice Caro m’a fait penser à Jonathan Sfar pour la facilité de l’écriture, légère et saupoudrée de sel, pour son esprit stand-up, mais la question sous-jacente de l’individu déconnecté, celle de l’incapacité du groupe à inclure, surtout les inclassables, apportent une note plus sombre à ce marivaudage.

Fresnes. Résidence d’écrivain

On se rappelle aisément le choc qu’a constitué pour l’île et pour ses lecteurs l’incarcération « préventive » de Jean-Pierre Santini, cet écrivain et éditeur qui consacre sa vie au développement de la culture. Toujours éloigné aujourd’hui de Barrettali pour motifs judiciaires – il pourrait y comploter avec les masses terroristes qui infestent les lieux –, Santini expose ici en trois textes différents, par la forme du moins, Main courante, Personnages, Controverse, le traumatisme de cet exil manu militari, la grève de la faim, les entrevues humaines (ou moins), le dispositif de l’enfermement, qui muselle la pensée non seulement de l’auteur, mais de celle de ses relations. Dans ce journal d’une incarcération, dans ces dialogues qui ne se croisent pas, tant sont exacerbées les distances intellectuelles, dans ces rencontres pleines de sous-entendus et rarement fructueuses, se dit la dimension du tout pouvoir. La prison s’exerce au-delà des murailles, dans un monde insouciant, ou qui s’évertue à l’être, pour ne pas friser la complicité. Santini se réfère en vain à la raison pascalienne : par une lecture parallèle et argumentée des Pensées sur la justice, il tente de briser la vision manichéenne du juge, mais ces subtilités ne conviennent pas. L’équivoque est dangereuse, notre époque veut le ronron des pensées soumises. Il s’agit donc moins ici de littérature, même si la patte du maître est présente, que de témoignage à vif, pour ceux qui veulent rester vivants, debout dans la tourmente.

Ne  nous quittons pas

Sur la pénible côte landaise – magnifique description du Vieux Boucau, morne village touristique au milieu des années soixante –, une plage familiale perd soudain de son rythme indolent, s’agite, se rebelle, bouleversée par les trois jours de vacances inopinées de Jacques Brel et de sa petite famille. Jean, le père du héros, Maître-Nageur Sauveteur bénévole, un père en majuscules et en forfanterie, s’occupe de tout pour faire respecter l’incognito de la grande vedette. Il en va de son honneur. Sur un sujet simplissime, celui de l’enfance témoin – on pensera d’ailleurs pour l’ambiance désuète et tranquille du roman à la mollesse trouble et sensuelle d’un Été 42 d’Herman Rocher –, Jacques Expert évoque avec succès une époque disparue, la France d’avant 68, ses règles et ses désirs, ses hiérarchies acceptées, ses convenances. Dans ce petit monde endormi et ronchon qui est son fief, le beau Jeannot, culturiste et rouleur de biceps, plus rêveur éveillé que mythomane, reconstruit son histoire, et celle de sa vie, entre les frotti-frottas incessants, les soucis à la petite semaine et les fantasmes de gloire militaire, et si son fils Jacques n’est pas capable encore de capter les ambiances érotiques dans lesquelles baignent les adultes consentants, il n’est certainement pas le plus innocent de l’affaire.

Voilà vous savez tout. Bien à vous

OK

PS : un petit dernier pour la route, pour ceux qui aiment les thrillers qui déboulent, Le Jour de l’ombre, de Bertrand Breneau, une écriture efficace, un brin scénaristique à mon goût, pour une aventure oscillante entre gothique et gore. Effroi en perspective.


Un nouvel opus de Michèle Pedinielli

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Après « Boccanera » et « Après les chiens », deux polars publiés en 2019 aux éditions L’Aube, la romancière Michèle Pedinielli livre « La patience de l’immortelle ». 

Dans ce troisième polar, Ghjulia Boccanera, la détective privée aux éternelles Docs, s’éloigne de la région niçoise : « Diou » mène l’enquête en Corse où l’on vient de tuer chaudement une jeune journaliste avant de mettre le feu à sa voiture...

En mars dernier, le journal CNI a publié un bel entretien avec Michèle Pedinielli.

A lire pour en savoir plus avant d’aller vite savourer les noires flagrances de l’immortelle distillées dans ce troisième opus de Michèle Pedinielli. 

« La patience de l’immortelle » (240 pages) est publié par les éditions de L’Aube.