Infaillibilité, qu’i disaient... une nouvelle inédite de Peter Amfav

Déménagement, la nouvelle nouvelle de Jacques Mondoloni

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Fidèle à sa généreuse et belle habitude, l'écrivain Jacques Mondoloni  offre chaque début d'année une nouvelle en guise de voeux à ses amis.
Merci Jacques.

C’était bien trop tard pour déménager à son âge, 80 ans, mais le sort en était jeté : bien fallu vendre sa maison pour affronter les dettes auprès de la banque et des copains.

Alors voilà il était épuisé, malade ayant attrapé la célèbre tendinite-cartonite qui vous rend presque infirme du bras et coince le lombo sacré.

Il se dit que ce sera une base pour chercher autre chose   — l’appart lui plaisait, lumineux, mais le quartier de bric de broc sentait la banlieue usée, malpropre, abandonnée.
Sa fille qui avait cherché de son côté était plutot enthousiaste : ce n’était pas trop loin de chez elle, pas de promiscuité, et c’était un meublé déjà en ordre de marche. Les peu de meubles qu’il avait emportés – une chiffonnière, une sellette, servaient de décor, à peine s’ils restituaient le souvenir de son foyer.

Sa vie était finie, l’épreuve à franchir avant la fin était trop dure, et il ne pouvait s’appuyer sur une bonne santé pour gagner. Qui pouvait s’occuper de lui, un homme vieux et en conséquence à charge pour ses besoins.

Toutes les femmes avaient disparu de son GPS sentimental, progressivement, avec un pic au moment du déménagement. Leurs voix avaient tinté, stridulé, chanté même, une sorte de jingle publicitaire, puis elles s’étaient retournées contre lui, le narguant d’autorité. « Fais demi-tour !  » elles lui lançaient, assumant la vengeance, l’effacement en train de se produire. Les voix du GPS donnaient rendez vous en enfer — «  t’es bien seul, connard, à présent !  »  disait celle qui était la plus tonitruante, jouissant de sa puissance.

Le changement d’adresse est un déracinement, mais aussi un prétexte à la réconciliation, à la renaissance : « les fâchés de 30 ans » avaient repris le contact dès que le bruit avait couru, et, dans les conversations gyrophares du portable, il apparaissait que tout était oublié, pourquoi cette brouille, on ne savait plus ?

Il a de nouveaux amis,   leurs mots de concorde dégagent une odeur de vin bouchonné, mais il y goûtera en trinquant sans faire la grimace.

Ils vont passer le voir, c’est promis… Il a acheté un paillasson.


Copyright Jacques Mondoloni, décembre 2023, Avignon.

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