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octobre 2020

Rien ne justifie le maintien en détention de l'écrivain Jean-Pierre Santini

DR Guido Antonietti di Cinarca

Ecrivain, poète, éditeur et militant historique du nationalisme corse, Jean-Pierre Santini, né en 1944, fait partie des neuf personnes mises en examen le 10 octobre dernier pour "association de malfaiteurs terroriste correctionnelle" dans le cadre d'une enquête dans une enquête sur des tirs visant une gendarmerie en Corse, survenus au mois de juillet 2020.

Placé en détention provisoire à Fresnes depuis le  samedi 10 octobre alors que la décision du juge des libertés et de la détention le concernant a, de fait, été différé à la semaine suivante, Jean-Pierre Santini a entamé une grève de la faim depuis son interpellation le 6 octobre au matin.

Emotions partagées et inquiétudes grandissantes

Cette mise "préventive" derrière les barreaux, sans débat, et, face à l'arbitraire, le refus de l'écrivain de s'alimenter désormais, suscitent de vives émotions et inquiétudes, en Corse comme sur le continent.

"Nous devons nous mobiliser -alerte ainsi sur les réseaux sociaux la romancière Marie-Paule Dolovici - pour soutenir Jean Pierre qui a entamé une grève de la faim. Il a 76 ans, il a des pathologies qui le fragilisent,  Nous devons l'aider. Son refus de s'alimenter risque, à très court terme, de lui être fatale.
Cet homme, écrivain, éditeur, qui a aidé de manière inconditionnelle à publier des auteurs sur toute l'île, un érudit, qui a reçu des prix pour sa plume, qui a permis à d'autres d'en recevoir, d' être reconnus ou simplement lus...
La création littéraire voit l'un de ses plus fervents défenseurs mis derrière les barreaux, sans procès, loin de chez lui, par " prévention" . Je suis scandalisée. Nous devons l'aider."

Dans une lettre ouverte au Président de la République, le poète Norbert Paganelli  a adressé pour sa part le 11 octobre une angoissante alerte au chef de l’Etat:

Je fais partie - écrit Norbert Paganelli- de ceux qui ne partagent pas toutes les opinions de Jean Pierre Santini et qui, en l’espèce, désapprouvent sans aucune ambigüité les actions commando du type de celle qui vient d’être mentionnée mais, connaissant l’homme, appréciant l’écrivain, étant respectueux de l’action culturelle qu’il conduit depuis fort longtemps avec opiniâtreté et dévouement, je suis choqué par le traitement qui lui est réservé.

Si les crimes que l’on reproche à cet homme - souligne Norbert Paganelli à l’adresse du Président de la République - sont établis, personne de sensé ne verra d’obstacle à ce qu’il soit sanctionné mais, pour l’heure, rien de tout cela n’est établi et rien ne permet non plus de croire qu’une levée d’écrou puisse générer, de sa part, une quelconque fuite. Par contre, vous porteriez une bien grande responsabilité si la santé de Jean Pierre Santini venait à s’altérer et s’il retournait en terre de Corse entre quatre planches. Bien plus qu’un crime d’État ce serait là un crime contre l’esprit qui souderait contre vous la totalité de la communauté insulaire toutes tendances confondues.

Les sept critères de l’article 144

Faut-il rappeler ici que la détention provisoire ne peut être prononcée que si elle constitue l'unique moyen de répondre à l'un des objectifs énumérés à l'article 144 du code de procédure pénale ?

L'article 144 du code de procédure pénale définit sept critères autorisant le placement en détention provisoire, ou sa prolongation :

1. conserver les preuves ou les indices matériels qui sont nécessaires à la manifestation de la vérité ;

2. empêcher une pression sur les témoins ou les victimes ainsi que sur leur famille;

3. empêcher une concertation frauduleuse entre la personne mise en examen et ses coauteurs ou complices ;

4. protéger la personne mise en examen ;

5. garantir le maintien de la personne mise en examen à la disposition de la justice;

6. mettre fin à l'infraction ou prévenir son renouvellement ;

7. mettre fin au trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public provoqué par la gravité de l'infraction, les circonstances de sa commission ou l'importance du préjudice qu'elle a causé.

Faut-il rappeler ici que nous sommes en octobre  2020 ?

Que les tirs visant une gendarmerie en Corse avaient été revendiqués le 14 juillet 2020  par un commando de quatre hommes armés et cagoulés dont Jean-Pierre Santini ne faisait pas partie ?

Que le trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public provoqué par la gravité de l'infraction est loin, bien loin, trop loin ?

Que donc rien ne justifie le maintien en détention de l'écrivain Jean-Pierre Santini.


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