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En passant par la Porte de Versailles

Séjour à l’hôpital Rothschild des Buttes Chaumont par Jacques Mondoloni

Mes chers amis

Chaque année, au moment des vœux, je vous envoie une petite nouvelle qui a un rapport avec l’événement : en  fait c’est toujours pour vous rappeler mon existence, une bouteille à la mer.

Aujourd’hui, c’est différent : je suis sorti de l’hosto hier, service neuro- chirurgie de la fondation Rothschild des Buttes Chaumont  où un grand professeur m’a glissé une valve dans le cerveau (remède contre l’hydro céphalée et dite à pression normale, les Freaks, c’est à une autre pression )

L’atmosphère d’un hôpital est connue : romanciers et cinéastes à travers des récits divers nous ont fait vivre cet univers.

Moi, j’aimerais vous parler des hallucinations qui m’ont terrorisé après l’opération : un couple se trouvait dans le lit d’à côté, un homme et une femme  confondus dans le tissu des draps. « Bon, ils dorment », me suis-je dit. Mais soudain le décor a changé : la femme s’est redressée et me regardait, la tête pleine de sang, empalée sur le tube des perfusions et qui la traversait de haut en bas. Son visage  coloré, rouge vert bleu comme les codes des cathéters,   ressemblait à un masque asiatique, genre fête du Dragon,  et exprimait la menace sarcastique.

L’homme lui aussi a croisé mon regard : son visage blême, transparent, était celui des zombies des films d’horreur.

Pour les faire disparaître, j’ai louché, j’ai balayé le décor des yeux  en arpentant la  chambre,  cela a marché, mais les hallu ont continué : les gonds de la porte de la salle de bains ont joué à  l’ascenseur, montant et descendant parfois à toute vitesse. Par la fenêtre, j’ai aperçu un homme qui m’espionnait, les mains jointes sur une cheminée. Lui, j’ai essayé d’organiser sa chute, mais il avait le pouvoir de voler et il est parti vers l’immeuble voisin,   de l’autre côté de la rue. Sur les murs de ma chambre, des drôles de bestioles se coursaient.

Ça c’est la partie visuelle. Il y a une partie auditive : j’ai entendu quelqu’un qui lisait les textos de mon portable, et qui s’en moquait. La voix provenait de la chambre d’en face. J’ai frappé à  la porte et suis entré. Deux types, au crâne rasé, genre les marins voyous de  Breaking  the waves, allongés l’un à côté l’autre, m’observaient, l’air narquois. J’ai râlé au nom du respect de la vie privée, aucune réaction, puis l’un des types m’a raccompagné jusqu’à la porte, me  refilant mon téléphone portable, avec un geste qui signifiait : « dégage ! »

La scène était-elle réelle ?

…   comme cette info provenant  de l’infirmier de nuit qui  m’a raconté que par manque de places dans les prisons françaises,  on mettait des détenus dans les chambres de l’hôpital.

Tout le monde  explique que ces hallu sont dues à l’anesthésie -  peut être mais elles troublent, c’est quoi ces horreurs stockées quelque part dans mon cerveau ?

Vive la vie ! 

Jacques Mondoloni - 6  mars 2014 

Commentaires

michel

Vindieu, Jacques, quel trip ! Le cerveau, cet inconnu... Sinon, à part la valve, la vulve n'est pas exempte non plus d'hallucination ni de complication, reste la volvo ... Amicalement, au plaisir de te lire.

Ugo Pandolfi

Grand merci Jacques pour cette nouvelle bouteille à la mer hors norme. D'accord avec toi: perturbant, le séjour. Comme tu le dis dans le courriel qui accompagne ce texte: si tu as pu l'écrire, c'est que ça va mieux. Mais bon, c'est pas obligé d'aller vivre des frayeurs à l'hosto pour nous faire le plaisir de nous raconter des histoires. On t'embrasse très fort et immense merci encore de tes nouvelles au double sens du terme. Prends le plis grand soin de ton cerveau et de tout ce qui va avec.

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