« Visage par Thierry Venturini | Accueil | Nouveautés: Jean-Pierre Petit et Jean-Paul Ceccaldi aux éditions Ancre Latine »

Commentaires

Jean-Paul

A la demande d'Eléna, un pamphlet écrit dans les années cinquante par Henri Ceccaldi, auteur de la chronique "le coin de Diogène" ( journal L'informateur )...

Tandis qu’au delà de la mer
On peut voir : des meurtres de fous,
Accidents de chemin de fer,
Coups de feu de maris jaloux
Femmes tuant à coups de hache
Jeunes gens à coups de couteau
Chez nous on n’est pas aussi lâches
Pour voir ça, prenez le bateau.

Un gamin tuait sa marâtre
Quand elle avait le dos tourné
Un ivrogne ne faisait que battre
Son épouse et son nouveau-né,
Ici, il n’y a que je sache
De ces modèles de salauds ;
Chez nous on n’est pas aussi lâches
Pour voir ça, prenez le bateau.

Ailleurs on voit des coupe-gorge
Pleins de voyous, de sans abris,
Ici les seuls que l’on égorge
Sont les cochons et les cabris.
Partout on trouve des apaches,
Dans les taudis, dans les châteaux ;
Chez nous, on n’est pas assez lâches
Pour voir ça, prenez le bateau.

Eléna

Ah ! Je m'en veux de ne pas avoir parlé de l'excellente revue FORA qui nous propose régulièrement de jeter des ponts vers ces autres et ces ailleurs, si semblables et si différents. Je préfère marcher sur ces ponts de bric et de broc, aux "planches vermoulues", à petits pas, en goûtant aux plaisirs de la découverte et de la rencontre plutôt que de filer à grande vitesse sur les autoroutes du prêt-à penser et des poncifs. J'aimerais également, Jean-Paul, que tu nous fasses partager sur ce site, le savoureux pamphlet de ton oncle.
Graziè

Jean-Paul

Je me joins à Eric et Ugo pour dire merci à Eléna qui sait trouver les mots justes...
Eric a raison lorsqu'il dit que les clichés sur les Corses sont véhiculés de génération en génération...
Je me souviens de la lecture de "La nausée" de Jean-Paul Sartre ( qui n'est pas de droite) et de son personnage corse du Bibliothécaire...

Dans ce roman philosophique, Jean-Paul Sartre utilise des sobriquets. L'action se situe à Bouville, en vérité Le Havre. L'Autodidacte est le sobriquet d'un personnage humaniste qui se révèle aussi pédéraste. C'est le Corse qui va le prendre la main dans le panier d'un jeune lycéen et qui va lui donner deux coups de poing au visage, en l'humiliant puis le chassant de la bibliothèque. Le Corse va être lui-même humilié par Roquentin. Le Corse est gardien de la bibliothèque de Bouville et son épouse en est la concierge.
Dans l'Edition "Folio", à la page 113, on trouve une description du Corse : " Le gardien venait vers nous : c'est un petit Corse rageur, avec des moustaches de tambour-major. Il se promène des heures entières entres les tables en claquant des talons. L'hiver, il crache dans des mouchoirs qu'il fait ensuite sécher contre le poêle..."
Ensuite de la page 233 à 236, Roquentin relate l'incident dans la bibliothèque. On apprend que le Corse se nomme Paoli lorsque le jeune sous-bibliothècaire (qu'il terrorise aussi) l'appelle par son nom.

Après que Paoli a frappé l'Autodidacte avec un "gémissement voluptueux", Roquentin le prend par le cou et le soulève de terre "tout gigotant"... "il était devenu bleu et se débattait, cherchait à me griffer ; mais ses bras courts n'atteignaient pas mon visage. Je ne disais mot, mais je voulais lui taper sur le nez et le défigurer. Il le comprit, il leva le coude pour protéger sa face : j'étais content parce que je voyais qu'il avait peur..."et il ajoute plus loin : " Autrefois, je ne l'aurais pas laissé sans lui avoir brisé les dents..."

Pourquoi avoir choisi le sobriquet " le Corse ", pour un personnage petit et rageur qui prend plaisir à jouer les gros bras et se fait humilier par plus fort que lui ?
On peut se poser la question lorsque l'on constate qu'il s'agit, dans La nausée, du seul sobriquet évoquant des origines.
Peut-être faut-il passer sous silence ce personnage pour éviter de sortir de l'essentiel de l'oeuvre et ouvrir un débat sur ce choix inspiré par le racisme anticorse alimenté par des caricatures tenaces.
A chacun de se faire une idée, en relisant une oeuvre majeure de Sartre où la seule caricature identitaire tombe encore sur un Corse.

Nous n'allons pas tomber dans un discours victimaire mais l'anecdote est là. Une fois encore, elle témoigne de l'attention particulière portée aux Corses.
Si un Corse est un petit personnage rageur, c'est parce qu'il est corse alors qu'un Périgourdin ou un Franc- comtois " petit et rageur " sera désigné uniquement comme étant " petit et rageur ".
On peut être un philosophe et avoir ses préjugés "dans un monde où les choses, en perdant leurs fonctions, deviennent innommables et les hommes jouent les imbéciles ou les salauds. "

Un autre philosophe contemporain prénommé Michel, qui a eu sa chronique dans le journal Corsica et a donné des conférences au Lazaret d'Ajaccio, a fait des déclarations que l'on peut inscrire dans le même esprit...

Dans un livre " Ma belle Marseille " écrit par Carlo Rim en 1934, je citerai simplement les paroles d'un personnage, le Commandant Orlandi, qui sur le Cyrnos, ressemblait à Neptune et disait à Carlo Rim , journaliste : " C'est la première fois que vous allez en Corse. Bien entendu, vous n'y resterez que quatre jours, vous photographierez la chaise à porteurs de Laetitia Bonaparte et les Calanques de Piana. Vous interrogerez une jeune paysanne de Palmeca que vous appellerez Colomba et un jeune chasseur de Monte d'Oro que vous prendrez pour Matteo Falcone ou pour Spada. Et puis, vous écrirez un article définitif "

Eric Patris

Tout d'abord, merci Elena de ce commentaire posé, subtil, logique et humain.

Ensuite, il serait bon de ne pas se tromper de débat.
Même ce n'est certes pas tendance de le dire, en l'occurrence, Sarkozy et ses amis n'ont pas grand'chose à voir avec les clichés véhiculés et les généralisations sur les Corses. Ils en ont leur part, mais tout ceci n'a pas attendu l'arrivée au pouvoir de la clique actuelle pour prendre racine dans les esprits, et la trop longue liste de ceux qui considèrent que les Corses dans leur ensemble sont "malades", "cons", "assassins" et "racistes" ne compte pas que des noms de godillots UMPistes, loin de là. La presse "de droite" n'a pas l'apanage des stupidités fielleuses déversées sur l'île et ses habitants. J'ai beau ne manifester aucune complaisance ou idolâtrie envers M.Gandolfi-Scheit, je trouve sa réaction on ne peut plus justifiée, tout autant que celle de M. Talamoni: les querelles partisanes et les récupérations à deux centimes de franc dévalué n'ont pas leur place quand il s'agit de s'élever contre une injustice. Se montrer injuste soi-même est tout autant déplacé.
Enfin, le problème n'est pas l'appartenance politique de telle ou telle personne, mais le bien-fondé de ses arguments, la véracité des faits qui l'amènent à réagir et la pertinence de son indignation.
Sont-ce là des points qui posent un problème dans les positions des deux hommes politiques que je citais plus haut?

Carlotti Francescu

Sauveur Gandolfi Scheit, qui se dit scandalisé par le film d'Audiard, devrait bien de regarder en direction de ses amis parisiens,qui sont responsables à mon avis, d'une certaine reputation des Corses.
Car pour nous juger, de nombreux français, prennent en exemple" la petite maffia corse" qui a fait elire un certain Sarkosy, et qui tient un peu les manettes dans cette region,il suffit de regarder la forme du departement de Paris......edifiant non ?

Ugo Pandolfi

Merci Elena pour la franchise et la finesse de ce passage du miroir.

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Vos informations

(Le nom et l'adresse email sont obligatoires. L'adresse email ne sera pas affichée avec le commentaire.)

Fil des documents Criminocorpus

Basta ! Média indépendant

Quelques nuances de noir, le blog de Yann Plougastel

Pericoloso sporgersi, le blog d'Alain Verdi

Actu Du Noir par Jean-Marc Laherrère

Sang froid-Sans encre, le 15cpp

POLICEtcetera, le blog de Georges Moréas

Criminocorpus

Cronaca-Nera

Ugo Pandolfi dans la collection Nera

  • Un polar maîtrisé et passionnant. Un roman de qualité. (Françoise Ducret Libraire) Foisonnant et inattendu (Véronique Emmanuelli Corse-Matin)

PolarMania, le blog de Hervé Sard

Tueurs en série.org

Les mafias, le blog de Fabrice Rizzoli

Cent "incontournables": la liste de Michèle Witta

La radio des auteurs

  • Ecouter-Voir

Statistiques

Au sommet du panthéon holmésien (VSD)

Licence Creative Commons
corsicapolar.eu de Ugo Pandolfi et JandJ&Co est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre à http://www.corsicapolar.eu/.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://scripteur.typepad.com/scriptor/.