Adieu et vive le sport par Frade Adjaceo
Pêcheur par Thierry Venturini

Extension du domaine du tout à l’ego par Denis Blémont-Cerli

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Les deux généralissimes en chef de la communication médiatique, Bernard-Henri Lévy et Michel Houellebecq, viennent de sévir une fois de plus en essayant de faire enfler leur bourse avec Ennemis publics.
Pendant un an, ils se sont écrits dans le but évident de publier ce courrier.

Dbc_dessin_mix_mix_deux Le résultat est là : ils avaient déjà la folie des grandeurs comme de se voir en génie du cinéma, maintenant ils sont en pleine paranoïa, les voilà persuadés d’être résumés comme les ennemis publics des médias dont ils savent pourtant si bien jouer. J’ai parcouru quelques feuilles de cet échange : c’est grave ! Le désespéré urbain et l’ancien nouveau romantique nagent en plein délire.

Exemples : « vous déshonorez jusqu'aux chemises blanches que vous portez »/ «  Je ne suis qu'un beauf. Auteur plat, sans style, je n'ai accédé à la notoriété littéraire que par suite d'une invraisemblable faute de goût commise, il y a quelques années, par des critiques déboussolés »/ « Votre médiocrité. Ma nullité. Ce néant sonore qui nous tient lieu de pensée/ Ce goût que nous avons de la comédie, quand ce n'est pas de l'imposture./ Trente ans que je me demande comment un type comme moi a pu faire illusion »/ « Votre vanité et la mienne. Mon immoralité et la vôtre ».

La livraison des deux extravagants est déjà en quatorzième place des ventes, on se demande comment les lecteurs peuvent se laisser prendre dans un piège aussi grossier… On en était là de notre désespérance par ailleurs plus qu’alimentée par la crise de 1929 en 2008, rassurez-vous, la notre, elle sera encore pire (avec tous les milliards donnés aux banques je vous parie mon dernier billet qu’il ne restera rien pour nous secourir lorsqu’on sera à la rue) et voilà que tout que tout à coup on apprend cette incroyable nouvelle : l'attribution du Nobel de littérature à Jean-Marie Gustave Le Clézio. Invités de France-Inter, les deux « ennemis publics » ont bafouillé, la honte au front, qu’ils n’avaient jamais lu une ligne du nouveau Nobel. Ah, quelle gifle donnée aux maîtres de la communication n’ayant que le souci de leur image ! Le Clézio, ce mal-aimé du gotha parisien faisant la pluie et le beau temps dans la prétendue planète littéraire, Le Clézio qui n’aime que la solitude des étendues désertes en flagorneurs et des espaces vierges de toute fatuité, le voilà consacré sur l’autel ultime des princes des mots. Souvenez-vous à quel point il était critiqué sans cesse : « son écriture est trop simpliste, pas assez travaillée »… Pourquoi ce ressentiment ? Parce qu’il détonne, parce que malgré ses 50 livres il reste toujours aussi peu sûr de lui à chaque sortie, parce qu’il a gardé l'apparence d’un jeune homme effacé, parce qu’il est loyal et pas assez mesquin pour flatter les journalistes afin d’avoir un « papier ». Voyez, il ne faut jamais désespérer, le Nobel de littérature à un français, on n’imaginait pas que cela puisse arriver de nouveau puisque le Time avait annoncé la fin de la culture française. Et bientôt notre nouveau Steinbeck français pourra écrire ceci :

« C'est l'histoire de ces gens de la Corse, de la Bretagne, de la Provence, qui ont été chassés de chez eux par le capitalisme sauvage venu d’Amérique, ils ont pris la route entassés dans d’antiques camionnettes hors d’usage. Où vont-ils ? Ils ne le savent pas eux-mêmes, la route pour la route en s’accrochant au peu qui leur reste de dignité. Ils sont devenus des vagabonds, des SDF sans espoir, des Tom Joad... »

* Retrouver Michel Moretti dans Mal Chronique, Elèna Piacentini dans Elénarration, Thierry Venturini dans L'effet Venturini et Denis Blémont-Cerli dans Homo machinus sempre emmerdae

Commentaires

Jean-Paul

Mon cher Denis,

Je te remercie pour l'explication de texte mais tu m'adresses une réponse sur un reproche que je ne te fais pas...
Je donne simplement mon propre avis sur les auteurs cités au regard du titre de ta chronique ( "tout à l'égo") et je dis que je respecte même les avis abrupts qu'il m'est cependant difficile de suivre. Je ne suis simplement pas d'accord sur "nunuche"... Pour le reste, on peut dire que l'on aime ou n'aime pas un livre, que l'on a trouvé un livre ennuyeux... c'est le droit de tout lecteur qui, pour moi, n'est jamais nunuche...
Ceci dit, mes commentaires sont personnels, donc forcément subjectifs, et valent l'intérêt que d'autres pourraient leur porter. Ils n'ont absolument pas pour but de convaincre quiconque de quoique se soit mais exprime un simple avis dans des commentaires ouverts à cet effet avec le seul souci d'en susciter d'autres pour ne pas rester sur un seul point de vue.

denis

Précision : j'ai lu tous les livres d'Houllebecq et j'ai adoré. Maintenant quand il joue au poseur, il m'énerve. Son film est parait-il d'une médiocrité affligeante, n'est pas Kubrick qui veut.(n'ayant vu qu'un extrait de l'oeuvre, je peux me tromper mais a priori c'est mauvais)
Jean Paul, une critique d'un livre ou de tout oeuvre de l'esprit passe toujours par une opinion personnelle et n'a pas de valeur en soi propre autre que le subjectif de l'auteur de la critique... Donc, partant de ce constat, rien n'indique que je ne me trompe pas, mon jugement n'est en rien supérieur à l'exposé possible de son contraire.
Mais cela dit, il faut bien s'exprimer en donnant ses arguments...

jean-paul

Houellebecq, j'avoue que je préfère sa mère puisque l'on est dans l'égo... D'abord elle est Corse et ensuite son apparition a démontré que son fils était un imposteur, se posant en victime. Pour le reste, il est pour moi un Beidberger en plus littéraire, quoique l'on peut se demander ce qu'il apporte à la littérature... Dans le genre, je préfère encore m'ennuyer avec feu Robbe Grillet.
BHL est sans doute victime en partie de son côté Ken vieillissant avec sa poupée Barbie actrice qui toutefois est bonne dans des rôles de composition. Toutefois, il ne faudrait pas en faire uniquement un fashion philosophe. Si on sort de l'égo, il écrit aussi des ouvrages intéressants comme Le siècle de Sartre ou, dans une autre registre, Les Damnés de la terre, Réflexions sur la guerre, le Mal et la fin de l'histoire... J'avoue que je les ai lus... On peut ne pas aimer l'individu mais il a des choses à dire même si l'on est pas d'accord avec lui.
Quant à Le Clesio, en restant dans l'égo, le sien est modeste et pourrait être un exemple pour tous les plumitifs...

Maintenant, j'avoue que j'ai du mal à suivre des critiques littéraires sans véritable argumentation si ce n'est une opinion personnelle abrupte ( mais respectable) . Par ailleurs, il m'arrive d'arrêter la lecture d'un livre parce qu'il m'ennuie et de le reprendre avec bonheur par la suite. Ce n'était tout simplement pas le moment pour moi de le lire et le moment est venu.
Denis nous écrit qu'il place sa rubrique sur le ton de l'humour et donc de l'exagération et qu'il s'est étonné de notre indignation... J'ai cru toute de même déceler dans ses propos un sentiment de frustration face au monde de l'édition. Pour ma part, je suis conscient des difficultés que l'on peut avoir à être édité et des portes infranchissables de certains éditeurs mais je ne qualifierai jamais un lecteur de nunuche parce qu'il lit un livre ou un auteur qui ne me plait pas. Pardon d'insister en toute amitié!...
Quand on parle littérature, lecteur, je redeviens sérieux.

myrtil eydoux

Moi aussi pourtant je " n'aime que la solitude des étendues désertes " et " les espaces vierges de toute fatuité " et pourtant ce que j'écris est mauvais . J'ai lu " Désert " de Le Clezio , c'était pas mal , " Le chercheur d'or " m'a ennuyé et je n'ai pas poursuivi . Par contre , j'ai beaucoup aimé " Ennemis publics " ainsi que tous les livres de Houellebecq , qui est trop sincère pour notre époque . Ave , vale .

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