Un pamphlet par Denis Blémont-Cerli
Don Quichotte revisité par Eric Patris et Elisabeth Milleliri

L'état des lieux par Eléna Piacentini

Elena_piacentiniL'insignifiance ? Quand Elisabeth Milleliri et Eléna Piacentini en parlent, les chiami è rispondi vont du particulier à l'universel. Comme un regard qui s'étend d'un petit champ ceint de murs de pierres à la terre toute entière. Etat des lieux...Etat critique...

Il passa la tête dans l’entrebâillement de la porte. Dans la salle d’attente régnait une incroyable cacophonie.

- Bon vous êtes tous là ? Je veux dire les responsables légaux ?

Des centaines de « oui «  fusèrent.

- Bien, on va pouvoir commencer l’état des lieux. Je ne suis vraiment, vraiment pas content du tout. L’état de la copropriété est lamentable ! L’étang dans le parc est plein de cochonneries. La moitié des poissons que j’avais mis dedans flottent le ventre en l’air. Vous avez vu la couleur de l’eau ? Vous y jetez vos poubelles ou quoi ? Et le parc, parlons un peu du parc : la moitié des arbres a été arrachée. J’y avais mis un tas de petits animaux, plus moyen d’en retrouver la plupart. Il y en avait un que j’aimais bien, ça ressemblait à une grosse poule avec un gros bec. Celui-là je vous l’accorde il n’était pas beau, mais rigolo et pas farouche pour un sou !

Hein ?!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!?

Tous ?!!? Vous les avez tous mangés ! Vous n’avez même pas pensé à garder un couple ! Justement en parlant de manger, vous êtes trop nombreux et en plus il y en a qui prennent la place de deux, voire de trois. Vous comptez faire quoi là ? Si vous faites un tour dans le jardin, pas besoin d’être Nicolas le jardinier pour comprendre qu’il ne pourra pas vous nourrir tous éternellement. Avec le jardin aussi vous avez fait n’importe quoi. En plus, je ne veux pas paraître chipoteur, vu qu’il y a deux secondes je vous ai reproché d’avoir zigouillé la moitié des bêtes, mais il y a des plantes bizarres dans le jardin… Des plantes qui n’y étaient pas avant… Vous avez fait des trucs pas nets, pas nets. Dites, vous les mangez pas au moins ?

Bon et le plafond ! C’est quoi, ce bazar ! Comment avez-vous réussi à faire des trous dans le plafond ? C’est incroyable tout de même, je l’avais pourtant fait assez haut !

Il se baissa pour mieux tendre l’oreille : ces créatures étaient si petites et vindicatives.

- Quoi ? C’est la faute du grand dadais là-bas, c’est çà que vous me dites ? Quoi ? Ah, il dit qu’il s’en fiche pas mal des trous dans le plafond, vu qu’il a les moyens de payer les réparations. Bon d’abord, ce n’est pas beau de rapporter. M’enfin ! Vous n’avez pas compris ? Le plafond, il est au dessus de toutes les têtes et quand ça va commencer à chauffer, ça va chauffer pour tous !

Il n’y a plus rien qui est en état ! Mais là où je suis vraiment furax c’est pour la petite mare d’agrément. J’y avais fabriqué une petite île miniature qui m’avait pris un temps fou ! Une petite merveille de montages, de vallées, de torrents et de golfes, un vrai bouquet de senteurs. C’est bien simple je ne la reconnais plus ! Alors là, je veux des noms !

- Le Padduc ? C’est qui ça le Padduc ? Bon les enfants, là je vous le dis franchement, pour la Caution, je ne me contenterai pas de quelques babioles de luxe. Comment ça quelle caution ? Et vos enfants alors ! C’était entendu depuis le départ que c’était çà la caution. Vous n’avez pas lu le règlement intérieur ou quoi ?

- Hein quoi ! Il n’est pas clair ! M’enfin ! C’est vous qui en avez rajouté des tonnes, des paraboles et des interprétations et dans toutes les langues en plus ! A ce sujet, je ne vois pas beaucoup de femmes dans votre assemblée. Qu’est-ce qu’ils disent les trois dans le fond ? Des créatures inférieures ! Moi qui pensais avoir tout entendu !

Il se prit la tête entre ses deux mains.

Je crois que dès le départ, on ne s’est pas compris ! Je leur avais fait un petit paradis et je retrouve un vrai foutoir ! Même les dinosaures n’avaient pas mis autant de pagaille, pourtant je n’ai pas été aussi indulgent avec eux ! Je dois pourtant me rendre à l’évidence, mon truc de l’évolution, ça ne fonctionne pas ! Je me demande si je ne devrais pas revoir ma copie et réinitialiser l’ensemble du processus. Oui, mais avec quoi ? Les rats ? Les cochons ? Non ! Je sais ! Les dauphins ! Mais là, je ne m’y laisserais plus prendre ! A ceux là, pas de main ! Comme çà, ils ne me prendront pas le bras. On verra bien, s’ils s’en sortent mieux que les autres, là. De toute façon, ils ne pourraient pas faire bien pire, non ?

 

(Oui, Elisabeth, l’insignifiance selon moi, c’est simplement le fait d’être de passage. Nous serions parfois mieux inspirés d’apprendre à marcher sur la pointe des pieds…)

Commentaires

Jean-Paul

Je n'ai pas pensé un seul instant que tu étais insignifiante.
Amicizia

elena piacentini

Oui Jean-Paul,
Je crois à la vertu des grains de sable. Ils grippent les machines les mieux huilées, ils piquent les yeux, ils agacent la peau...Et pour peu qu'ils s'agrègent...
Je me désole, je m'indigne, mais je n'abandonne pas car je veux être un brave et courageux grain de sable. Le sage n'a-t-il pas dit "ce n'est pas sur la montagne que l'on trébuche, mais sur le petit caillou du chemin" ?
Amitiés

Jean-Paul

Merci Elena pour ta chronique qui enrichit les débats. Je me fends d'un commentaire sur l'insignifiance...

« Tout se vaut, tout est vu, tout est vain.»

Il ne faudrait pas tomber dans l’apathie repue en se laissant endormir par une élite politicienne insatiable qui veut désengager les citoyens lambdas de l’activité civique en les jetant dans la précarité.

Silencieusement, se met en place cette régression : une non-pensée produisant une non-société.

L’insignifiance s’est installée et s’étend. Tout nous pousse à suivre le courant même si l’on est quelque part conscient d’être des moutons de Panurge.

Les micropoliticiens chassent le suffrage par n’importe quel moyen. Leur but est de rester au pouvoir ou de revenir au pouvoir… En démagogues cyniques, certains profitent de cette insignifiance génératrice d’apathie.

Aujourd’hui dans notre pseudo- démocratie , accéder au pouvoir signifie être télégénique, flairer l’opinion publique. Ensuite, fort d’une pseudo légitimité, on légifère et on fait des affaires.

« Qui est citoyen ? Est citoyen quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverné. » a dit Aristote.

Donc, si vous êtes capable d’être gouverné, vous êtes capable de gouverner. Il y a une contre-éducation politique à faire. Il faut se déshabituer à suivre une élite parce que l’on a voté. Chacun doit être conscient qu’il est apte à prendre ses responsabilités et refuser d’être une victime béni-oui-oui et de se cantonner dans le cynisme ou le nihilisme. Les grèves et les pétitions sont des moyens légaux d’être signifiants et les associations sont encore des espaces de liberté à but non lucratif. Il faut s’en servir lorsque c’est nécessaire pour tenter d’éviter les conséquences de l’insignifiance et la violence des désespérés.

Depuis la révolution française, la société était le théâtre d’un conflit social et politique vivant. Aujourd’hui, nous évoluons vers la non-pensée d’une société morte. Liberté, égalité, fraternité, écologie, justice… des mots devenus insignifiants en Corse comme ailleurs. Alors il ne faudrait pas que le Padduc devienne insignifiant et s’installe grâce à ce sentiment d'insignifiance qui m'apparaît individualiste.

Les actions humaines (par exemple celles que l'homme peut avoir sur son environnement) ne sont pas insignifiantes : la planète ne se porte pas ni mieux ni plus mal que si nous n'y étions pas. Nous dirons plutôt plus mal et l'avenir est incertain puisque l'angoisse est là.

Alors il faut donner du sens à nos actions et sortir du « lascia gore » qui a fait tant de mal à la Corse.

« Je me révolte par ce que nous sommes » Albert Camus, par cette phrase, nous incite à refuser l’insignifiance.

Je comprends ce qu’Elena a voulu dire et mon commentaire n'est pas fait pour la contredire, bien au contraire, mais les mots ont leur sens et leurs dangers.

Je finis en citant Elisabeth lorsqu’elle écrit en parlant de sa Corse qui est aussi la nôtre : « J'y éprouve le sentiment de mettre mes pas dans ceux de ceux qui m'ont précédée, et de faire là quelque chose de bon et de juste. J'y éprouve cette sensation à mes yeux inégalable de posséder et d'appartenir, en d'exactes proportions. D'être parvenue à ce moment parfait où le bonheur c'est à la fois de posséder et de se laisser posséder, sans qu'il y ait de lutte entre ces deux sentiments. Certainement pas d'être insignifiante. Je m'y sens au contraire très forte et "porteuse de sens" -pour employer une expression mise inconsidérément à toutes les sauces mais qui, ici, est appropriée malgré tout. Et ce même si j'ai conscience de n'être à ce morceau de terre qu'un fragment d'histoire qui, je l'espère, se poursuivra longtemps après moi. Mais peut-être est-ce que vous entendiez vous-même en parlant de votre insignifiance : cette certitude d'être seulement (et c'est pourtant déjà énorme) un intermède dans la vie d'une terre. »


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