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Alerte en Corse: les auteurs de Piccule sont en danger

Retour_vers_le_pass Une femme armée d’un poignard surgit brutalement du passé: elle recherche les auteurs du recueil Noirs de Corse-Piccule fictions. C'est  Denis Blémont Cerli  qui a donné l’alerte. Pour en savoir plus, il faut absolument lire son écrit hilaro-palpitant...

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Incroyable

Charlotte Corday à la recherche des auteurs de Piccule Fictions

 
Vous n’allez pas le croire, mais il m’est arrivé une chose insensée. L’autre matin on sonne à ma porte, je me précipite. D’habitude j’ai horreur qu’on me dérange quand je ne fais rien mais là j’espérais une lettre de Gallimard pour signer un contrat pour un roman, tirage à 500000 exemplaires dont 10 réservés aux jurés du prix Goncourt. J’allais me fendre d’un sourire radieux au facteur, j’ouvre et je reste figé pareillement à un gobe mouche. Une femme attifée comme au carnaval me faisait face. Je me suis ressaisi, étant donné que j’ai de l’intuition pour les emmerdements même le matin.

– Non merci, j’ai déjà donné, lui dis-je en tentant de claquer la porte.

Mais la bougresse avait dû sévir dans le porte-à-porte des assurances et bloqua le battant avec son pied senestre.

– C’est donc ben vrai, on m’avait préveno en rev’nant que j’aurais affair qu’à des benêts. T’y m’y reconnais point, je suis la Charlotte Corday, celle qu’a escrafigné le Marat ?

– Je vous demande pardon, je ne comprends pas le portugais.

– C’est t’y que t’es obtus ! J’suis normande de Caen, tout le monde y sait cela.

– Excusez-moi, mais je ne conçois toujours rien à vos propos.

– tu t’es trop tiré sur le poireau que t’as plus rien qu’y fonctionne ? J’t’y dis que j’y suis la Charlotte ! On m’a renvoyée chez ti pour que t’y réécrives mon histoire, t’y es bien écrivain ?

– Euh, oui… enfin un peu.

– Parfait. Voilà, tu dois y refaire ma biographie en changeant tout au tout. J’ne suis jamais partie pour Paris le 9 juillet 1793, j’me suis mariée, j’ai eu quatre enfancons et suis morte dans mon lit à 71 ans. Si tu y fais ça pour mi, j’y retourne à mon époque comme si de rien n'était, plus de condamnation à mort du citoyen Fouquier-Tinville, plus de guillotine avec le Sanson.

Et là, il me vient une intuition fulgurante, je vois tout de suite les désagréments à venir.

L'enjeu est net, il me faut préserver ma tranquillité.

Cette écervelée (il en faut pour poignarder un pauvre innocent dans son bain) pourrait m’emporter avec elle dans le maelström de l’espace-temps et j’en connais un rayon, j’ai lu tout H.G. Wells, Asimov et Arthur C Clarke.

Réfléchissons un instant :

Le moi qui part dans le passé peut revenir en gardant l’âge non pas qu’il avait en partant mais celui qu’il pourrait avoir parce qu’il est parti.

Jusque là c’est clair…

Ainsi si on essaye de revenir dans le futur qui est notre présent, on peut se retrouver plus vieux de l’espace des périodes passées et du futur actuel (qui pourrait être aussi une forme de présent du continuum) dans lequel on a voyagé.

Jusque là c’est lumineux…

Sans compter que dans le transfert du continuum spatio-temporel, on risque de croiser ses enfants et petits-enfants en devenir, condition malaisée au possible, très ardue à expliquer à moins de s’appeler Einsten et d’en connaître un rayon sur les mathématiques quantiques.

Jusqu’ici c’est facile à comprendre…

Mais on peut se planter dans les dates et devenir, ainsi que ses ascendants morts et descendants pas encore nés, une espèce d’éventualité génétique parfaitement hasardeuse.

Et là tout se complique…

Plus de futur, plus de passé, plus rien, vétille, broutille, insignifiance. On ne devient rien, on n’a jamais existé, vacuité, vide, zéro, bref néant. Ce n’est même pas triste, personne ne versera une larme sur vous – QUE DALLE ! - puisque vous n’avez jamais existé. Vous êtes devenu sans doute un trou noir, tout simplement. Démerdez vous et ne comptez pas sur moi pour vous sortir de l’anti-matière, soyons clair à nouveau : c’est votre problème !

Reprenons.

En outre, il n’est pas dit qu’une fois dans le passé on puisse revenir vers le futur. Imaginons que le Bill Gates de l’époque était royaliste, on l’aura guillotiné et là, nada, plus de Window Vista édition familiale version 1793 capable de faire fonctionner la machine à remonter dans le temps, « fatal error » tu restes sous la révolution comme un couillon. (bonne rime, ça sonne)

Remarquez, en temps que Corse, rencontrer Napoléon ce n’est pas rien…

Je vois le tableau, je me pointe au siège de Toulon et je lui dis :

– Putain ! Napo ne déconne pas ! N’attaque pas la Russie !

J’ai de la chance, je ne suis pas fusillé comme étant un espion anglais (pourquoi t’as des chaussures qui s’appellent « Nike », sale traite ! m’a t’on demandé en me torturant).

Bon, j’ai résisté au bourrel qui m’a arraché trois ongles aux pieds, j’ai réussi à expliquer mon cas, Napoléon s’entiche de moi car je lui raconte qu’il va devenir le plus grand empereur de tous les temps à égalité avec Alexandre. Il m’écoute, renonce à attaquer la Russie. Et là, sans trop réfléchir aux conséquences, il fout le boxon dans le continuum temporel. La France ça devient comme qui dirait l’Europe dans une espèce de communauté à la gomme. Plus de Kaiser, plus de Hitler, plus de première et seconde guerres mondiales.

Conséquences insensées : surpopulation, (65 millions d’habitants rien qu’en France quand même) pollutions à toute berzingue, un alcoolique à la tête de la première puissance mondiale, Les JO donnés à une dictature sanglante, en France Grenelle de l’environnement pipeau, litre d’essence à 1€56 (d’ici la parution de cet écrit, - 24 heures - compter minimum 15 cts en plus), un président Franco/polonais qui veut tout faire, ne réussit rien et s’affiche dans les journaux à scandale avec un top model : bref c’est la cata partout sur terre…

Et ça, oh seigneur ! Je l’entre perçois depuis 1793 comme si j’y étais.

Non ! Non ! Par la pitié, il ne faut pas que ce cauchemar se réalise !

J’interpelle sans tergiverser la Charlotte :

– En vérité je te le dis, je ne suis point l’homme qu’il te faut, ne suis qu’un écrivain de second ordre, j’essaye, je débute, je me cherche mais je ne n’y arrive point aussi bien que certain. Par contre, tu as de la chance, je connais de nombreux auteurs merveilleux, des gens bons de charité qui pourront t’aider…

– Vite ! Présente-les à mi !

– C’est que ce n’est point à côté, c’est en Corse, la patrie du grand Napoléon.

– Quesaco ce guignol ?

– Trop difficile à expliquer par le menu. Faisons bref, il faut prendre le bateau mais avec le bonus prima corsa de la SNCM tu pourras avoir jusqu’à 58% de réduction ! Incroyable, non ? (Ugo, j’ai placé la pub en fourbe comme tu me l’avais demandé, tu peux m’envoyer le billet gratuit convenu, merci d’avance, Denis…)

Et là je me précipite sur mon ordinateur et j’imprime la liste des 28 auteurs de Piccule Fiction, avec adresse, Nr de téléphone, mails et tout le tintouin. Ugo Pandolfi, Elisabeth Milleliri, Danièle Piani, Marie Hélène Ferrari, Jean Pierre Orsi, Erik Orsenna, Jean Paul Ceccaldi, Jean louis Vasalucci, Amélie Nothomb, Jeanne Tomasini, Michel Jacquet et tous les autres… tous sans exception, je vous dis !

– Voilà ! Tout est là ! Ces gens sont des génies, des surdoués. Ils ont tout inventé : la taille du silex, les équations pré colombiennes, l’hydrographie recto phonique, la morphématique phonétique en braille, sans oublier la dialectique byzantine dans la théorie informelle.

Elle m’a quitté sans un merci, sans même se retourner et j’entends encore le son de ses pas dévalant l’escalier à toute blinde. Je n’en ai plus entendu parler, elle soit être en Corse à présent.

Ah j’oubliais.

Elle a toujours un poignard dans sa main. Alors faites gaffe les auteurs de Piccule Fictions, elle doit déjà être à votre porte, évitez de prendre un bain…


Retrouvez Denis Blémont Cerli dans la chronique Homo machinus sempre emmerdae

 

 

Commentaires

denis

Je confirme, je suis une grosse balance !

Ugo

T'a vraiment du bol Denis: t'es tombé le jour où la Lisbeth a le commentaire clément. Méfi, quand même !

Jean-Paul

Mon pas cher Denis, je pensais que, même sous la torture, tu n’aurais pas donné en pâture les herbes folles du maquis noir.

Heureusement pour moi, je ne suis pas encore arrivé en Corse mais, prudence étant mère de sagesse, je ne prends plus que des douches, ne voulant pas mourir dans un bain d’eau savonneuse comme Marat. J’ai mon amour propre.

J’ai pris d’autres précautions en changeant de nom (j’ai choisi un nom commençant pas Z et imprononçable ) et adroitement d’adresse. Je suis toujours dans la fleur de l’âge, même si la fleur n’est qu’un colchique.

Il serait donc trop cruel qu’une femme corse m’ayant donné la vie, une autre pinzuta me l’enlève. Toutefois si elle peut être le bras de mon trépas, tu es celui qui m’a condamné en me livrant à ce fantôme de la Révolution française. Je suis allé revoir mon Notaire pour t’enlever de mon testament et je t’ai fait ajouter en bonne place sur la liste de la Vendetta familiale.

J’envisage la chirurgie esthétique mais en dernier recours car je ne voudrais pas décevoir ma mère qui m’a toujours dit que j’étais le plus beau.

J’aurais toutefois pu te pardonner si tu n’avais pas mis de grands écrivains insulaires sur la même liste que quelques plumitifs jacobins inconnus en Corse.

Elisabeth

Bon… Ne doutant pas, cher Denis, qu'en homme méthodique, vous avez donné (et je pèse mes mots !) nos noms en ordre alphabétique, j'ai encore un peu de répit. Surtout si vous n'avez pas omis dans votre listing Christophe Barbier, Dan Brown, Maxime Chattam et Michel Houellebecq. Leur modestie dût-elle en souffrir, il est temps de reconnaître le rôle qu'ils ont pris dans cette operata. C'est le moment où jamais de leur rendre hommage. Même à titre posthume.
Par ailleurs, votre sagacité contrebalance (c'est le mot) l'élan qui, pour vous sortir d'affaire, vous incita à exposer vos petits camarades au risque de terminer en carpaccio (et en carpaccio à la mode de Caen, qui plus est, peut-on imaginer fin plus hideuse ?). Vous avez eu en effet la présence d'esprit d'inciter votre visiteuse à se rendre en Corse via la SNCM. Nous avons donc quelque espoir que la Charlotte, grâce au zèle effréné de la CGT, moisisse un fier moment sur le port de Marseille, en attendant qu'une énième grève s'achève. Ce qui pourrait nous laisser un sursis jusqu'à la fin septembre. Cela serait souhaitable.
Car, certes, vous avez pris soin de nous fournir un début de signalement. Mais en cette saison, il nous serait hélas de peu de secours pour repérer cette femme potentiellement dangereuse. Songez donc ! Depuis l'allongement de la saison touristique et le développement des croisières, la présence en tous lieux d'individus accoutrés et coiffés de façon aussi inouïe que grotesque et proférant des propos où l'incohérence le dispute à l'oiseux est malheureusement devenu un fait d'une affligeante banalité.
Cependant, à présent que j'y songe, votre avertissement pourrait sinon justifier du moins expliquer quelque crime de masse et permettre de plaider les circonstances atténuantes : "C'est votre collègue, là, il m'a dit qu'il fallait que je sois sur mes gardes pasqu'une bonne femme qui cause pointu et qu'est habillée bizarre elle veut me buter. Avec un grand couteau ! Depuis je vis dans la peur, j'en dors plus ! Et lorsque je les ai vus s'approcher de moi soit disant pour demander le chemin de l'Office du Tourisme -comme s'ils avaient besoin de s'approcher de si près pour ça !- j'ai paniqué, j'ai pensé qu'à sauver ma vie. J'ai tiré dans le tas. C'est ballot… D'où vous dites qu'ils venaient ? Le Vésinet ? Ouais, bon, c'est pas tout à fait Caen, mais comment j'aurais pu le savoir ? Ils se ressemblent tellement ! Ah si j'avais su… Mais hein, j'pouvais pas deviner… On est jamais trop prudent de nos jours, pas vrai ? Bon, vous croyez que j'ai le temps de prendre un bain avant de vous suivre ? Tant pis… Les coordonnnées de votre collègue qui m'a mise en garde ? Oui, je dois avoir ça, je dois même avoir gardé son message… "

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