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The Ida Renerel'case (Livraison 6 -Saison 6)

Idarenereldr Miranda_tempte Idarenereldrinverse César Montalier éprouve les nerfs de Léa Renerdi.  L'avocat  de cette dernière ne dépasse pas le mètre cinquante.  Le gendarme Denticoni se fait peur en rêvant d'une tempête tandis que  la juge Millieri  relit Shakespeare et se la joue Miranda. C'est dire que cette saison 6 n'a pas grand chose à voir avec les derniers épisodes de Desperate Housewiwes.  

Quésaco, installé derrière son ordinateur, prit le temps d’un long silence pesant dans l’atmosphère tendue qui régnait dans son bureau : une mise en condition qu’il pensait éprouvante pour les nerfs de Léa Rénerdi, assise sur le rebord de sa chaise comme prête à bondir. Cette attente n’eut pas l’effet escompté car elle prit le parti de s’installer à ghjacara techja, comme une chienne repue. Toutefois, la lenteur que le flic mettait à débuter l’interrogatoire établissait la première règle du jeu : il était le maître du temps. La deuxième était de faire croire qu’il avait des atouts dans le dossier. Un peu comme au poker, il ne dévoilait pas son jeu et appliquait la stratégie des échecs en avançant ses pions prudemment.

- Bon ! Avant que je ne vous pose des questions embarrassantes, je vous laisse la possibilité de faire preuve de bonne foi en m’expliquant comment vous avez perdu l’annulaire gauche.

- Accidentellement lors d’une partie de pêche en mer avec…

- Stop ! Vous allez me resservir la version de votre défunt compagnon. C’est vrai que vous avez perdu votre doigt lors d’une partie de pèche mais ce n’était ni en mer ni accidentellement. Si vous ne dites pas la vérité, je vais être obligé de vous représenter cette extrémité manquante de votre main…

- Que ce soit en mer ou pas, c’était accidentel et je ne comprends pas d’être traitée en coupable alors que je suis une victime…

- Je déteste les victimes quand elles respectent les bourreaux. C’est Jean-Paul Sartre qui l’a écrit.

- Mon bourreau, aujourd’hui, c’est vous avec tout le respect que je vous dois !

- Belle répartie ! Un peu masochiste en la terminant par un homophone de " doigt ". Je constate que, n’étant pas votre bourreau d’hier, je suis encore en vie. Comment pouvez-vous croire qu’aucun rapprochement ne serait fait entre l’amputation de votre doigt et l’assassinat de Jean-Victor Moro ?

- Vous pouvez faire les rapprochements que vous voulez. Mon doigt est un accident et je pense que l’assassinat de Jean-Victor est politique…

- Vous diriez cela à un cheval de bois, il vous rirait au nez. Jean-Victor est un petit malfrat, un tout petit. Il n’a jamais été intéressé par la politique et il n’était même pas inscrit sur les listes électorales…

- C’était un clandestin. Il a même été arrêté par les gendarmes qui l’ont interrogé dans une affaire de plastiquage…

- En ce qui me concerne, il y a longtemps que j’ai quitté la gendarmerie de Tafoni. Je vais même vous faire une confidence, je n’ai jamais été gendarme ni à Tafoni qui n'existe pas ni ailleurs. Je ne vois pas des autonomistes partout… Jean-Victor a été entendu parce qu’il a un casier judiciaire. Ensuite il est devenu un indic des gendarmes.

- Il a peut-être été tué pour ça !

- Jamais de la vie ! Aux gendarmes, il n’a donné que des tuyaux percés et, de toute façon, tout le monde se méfiait de lui. Même sa famille ne lui confiait aucun secret.

- Après tout, c’est à vous de faire l’enquête. Moi, pour ce que j’en dis…

- Mais l’enquête, c’est ce que je suis en train de faire, Madame. Et croyez-moi, elle a avancé l’enquête. Vous y êtes en plein dedans et vous avez choisi de prendre un chemin qui vous mène tout droit à un cul de basse fosse.

- Vous m’avez bien dit que je pouvais demander un avocat ?

- Je vous l’ai dit.

- Alors, maintenant j’en veux un…

- Cusi si! Cum’ella vi pare è piace ! Parfaitement ! Comme bon vous semble ! Vous avez un nom ou vous voulez un commis d’office ?

- Je veux Maître Coppiu !

- Si vous pensez choisir un grand avocat, je vous préviens que " metru coppiu " (double mètre) ne mesure qu’un mètre cinquante…. En attendant grandeur et décadence, vous allez rejoindre les geôles et nous reprendrons notre conversation plus tard. Je vais appeler le pidochju rifattu, ce parvenu du Barreau de Bastia.

Après avoir appelé Maître Coppiu, Quésaco ne lâcha pas le bigophone, se permettant un petit appel personnel. Il gardait un secret dans sa vie : depuis plusieurs mois, il entretenait une liaison amoureuse avec une bergère à qui il consacrait une partie de son temps libre.

Dès qu’il le pouvait, il la rejoignait comme un bandit prend le maquis, avec des ruses de Sioux. La belle ( homophonie involontaire avec le verbe bêler ) chevrière était l’explication de sa connaissance de la langue corse.

Au début, il était venu dans l’île pour prendre son galon de capitaine de police et terminer sa carrière à Marseille. Dans la vie, il avait compris que l’on ne peut pas tout planifier. Lui qui croyait ne plus s’amouracher vivait une passion pour une femme corse qui le dévorait au point de changer son identité.

Progressivement César Montalier devenait corse et il l’avait compris le jour où, remplissant un procès verbal, il avait fait une inversion involontaire sur le clavier de son ordinateur : Montalier était devenu Montaleri ! Au lieu de corriger l’erreur rapidement, il s’arrêta sur la faute et une pensée lui traversa l’esprit, en même temps qu’un sourire illuminait son faciès de sanglier : finalement " Quésaco Montaleri " sonnait bien en Corse et, à la retraite, lorsqu’il écrirait des romans policiers, il prendrait ce pseudo.

Avec sa bergère, il avait tout appris sur l’élevage des chèvres et des brebis mais aussi un florilège d’expressions corses qui lui avaient fait découvrir que la galéjade n’était pas que marseillaise. Depuis lors, il ne ratait pas une occasion d’en placer une, avec une sorte de délectation intérieure toujours renouvelée.

Il en était au point de se convaincre que, Marseille étant la ville la plus peuplée de Corses, il avait peut-être hérité d’un " i " insulaire et que l’erreur de clavier avait été commise sous l’influence occulte de quelque ancêtre corse fantomatique qui l’avait reconnu. Il s’était juré de faire des recherches généalogiques pour identifier le fantôme corse dans sa famille. Il savait qu’il ne le ferait jamais car les légendes, pour rester belles, n’ont pas besoin d’être vérifiées à la lumière de la réalité.

Lea Renerdi avait passé deux heures dans les geôles du commissariat. Son entrevue avec Maître Coppiu avait duré une demi-heure conformément à la loi.

Si court soit-il, ce temps de honte avait entamé sa résistance déjà mise à l’épreuve par les événements dramatiques qui s’étaient succédés et imposés à elle. Bien sûr, le silence était de rigueur et elle n’avait rien à espérer en déballant son histoire, mais avait-elle un autre choix ? Même si ce flic la bluffait, tôt ou tard il aurait suffisamment d’éléments pour la forcer à dire la vérité. De victime, elle se retrouverait complice, voire coupable.

Reconduite devant Quésaco, elle prit le parti de raconter les raisons pour lesquelles Jean-Victor avait sectionné son annulaire gauche…

- Depuis plusieurs mois, notre couple était devenu un enfer. J’avais fait savoir à Vicky que je voulais le quitter et il l’a très mal pris. Lorsque je lui ai annoncé que j’avais une autre liaison amoureuse, il est devenu comme fou et il ne me lâchait plus d’une semelle. Il m’obligeait à le suivre dans ses parties de pèche et je ne le supportais plus. C’est sur la plage qu’il m’a frappée et a coupé l’annulaire de ma main gauche pour que personne ne me passe l’alliance.

- C’est vous qui avez appelé la gendarmerie?

- Non !

- Il y avait quelqu’un d’autre sur la plage?

- Je n’ai vu personne…

- Pourquoi n’avez-vous pas déposé une plainte ?

- Cela ne se fait pas chez nous…

- Votre entourage a préféré régler le problème autrement, n’est-ce pas ?

- Je vous ai tout dit et je n’ai rien à ajouter.

- Moi, j’ai d’autres questions à vous poser sur l’assassinat de votre "vicky ". J’y viendrai comme César en Gaule où il a prononcé ses paroles historiques : Veni, Vidi, Vici. C’est l’heure de déjeuner. Je vais vous faire raccompagner dans les geôles où vous recevrez un plateau-repas…

Quesaco était assez fier de cette référence historique à César qui était aussi son prénom faisant de lui un conquérant dans des batailles de mots selon les règles de la guerre procédurale. Dans un premier temps, il disposait de vingt-quatre heures pour vaincre les résistances de sa gardée à vue qui cependant n’était pas gauloise.

"All the world's a stage,

And all the men and women merely players:

They have their exits and their entrances…"

Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs; ils ont leurs entrées et leurs sorties … Léa Renerdi, actrice tragique, avait expliqué son doigt coupé mais, plutôt que d’en dire plus, elle aurait elle-même coupé sa langue.

Il faut rendre à Cesar ce qui appartient à Cesar Montalier : ce dernier avait tout fait pour la faire parler. Notre fin limier subodorait que sa suspecte connaissait les tenants et les aboutissants du meurtre de son compagnon mais il comprit qu’elle ne répondrait plus à ses questions. Elle avait même refusé de dire le nom de son nouvel amant… Et c’était certainement là qu’il fallait s’orienter.

La garde à vue n’avait servi qu’à l’identification de la propriétaire du doigt coupé puis à celle du coupeur jaloux et sadique. Celui-ci était mort et l’action publique s’arrêtait là. Le tribunal des hommes ne juge pas les morts, car aucune peine terrestre ne leur est applicable. Il reste, pour les croyants, le jugement de Dieu et , in fine, la peur du jugement dernier qui fera le bilan de l’humanité.

Jean-Victor Moro était, à cet égard, une vie aggravant le passif collectif mais, si sa barbarie restait inexcusable, d’autres pourraient être, à grande échelle, responsables de la banqueroute humaine… à moins que nous nous activions à plus de générosité et de solidarité.

En pensant à la justice divine, Quésaco se consolait de la justice des hommes. Il croyait aussi à la justice immanente. Lorsqu’il désespérait de la nature humaine, notre Cesar relativisait inconsciemment des actes qui finalement étaient individuels. Il venait de résoudre un petit mystère et, pour un doigt coupé, Jean-Victor Moro avait reçu la mort. Cela dépassait la loi du talion mais ne le choquait pas.

Depuis plusieurs mois, la presse relatait qu’un nouveau génocide se perpétrait en Afrique. Au Darfour, un peuple était exterminé par les armes et la faim, alors qu’une partie des grandes puissances s’en tenait à des déclarations de principes tandis que l’autre se rendait complice des génocidaires pour des raisons stratégiques et économiques. De quoi décourager un flic et relativiser le fait divers qu’était la mort d’un petit voyou…

Après la remise en liberté de Léa Renerdi, sur les instructions de la juge d’instruction informée des résultats des auditions, Quésaco appela Dentriconi. Ce dernier fut heureux d’apprendre que la partie de l’enquête à sa charge avait trouvé sa solution judiciaire; il pourrait ainsi retourner à ce qu’il considérait comme une noble tâche : la présence sur la voie publique. Il s’organisa un circuit de patrouille solitaire passant par différentes fontaines à vin blanc. Aviné, il se retrouva, sans savoir comment, sur la plage où avait débuté l’affaire. Il s’allongea sur le sable, près de la cabine téléphonique. Alors que son esprit sombrait dans un profond sommeil, un flash le réveilla, puis un autre…et un autre ! Ebloui, il lui sembla distinguer la silhouette d’une femme en robe longue qui s’enfonçait dans la mer. Une tempête s’était levée. Denticoni prit ses jambes à son cou pour aller chercher du secours…

Sur la plage, il n’avait pas vu un homme en train de photographier une tornade qui se formait entre l'île d'Elbe et le Cap Corse a une distance d'environ 25 km du Cap Corse et 15 Km de l'île d'Elbe. C’était le 4 mai dernier et nous savons qu’il s’agit du photographe Thierry Venturini. Il serait également l’auteur des deux photographies mises sous scellés au début de l’enquête. Nous ne pouvons que lui conseiller de contacter l’Adjudant chef Denticoni qui, par sa faute, a déclenché une opération de grande envergure pour sauver de la noyade une tornade… à moins que cette tornade ait quelque chose à voir avec Ida Renerel ! Combien la Corse compte-t-elle de tornades?…

O, merveille !

Combien de belles créatures vois-je ici réunies !

Que l'humanité est admirable ! O splendide Nouveau Monde

Qui compte de pareils habitants !

Dans son bureau, Babeth Millieri relisait Shakespeare. Elle n’était pas le juge au ventre arrondi, garni d'un bon chapon, l'œil sévère, la barbe taillée d'une forme grave. Elle n’abondait pas en vieilles sentences, en maximes vulgaires. Ce n’était pas son rôle. Elle jouera Miranda.

L’auteur de La Tempête c’était bien sûr Prospéro, il avait seul autorité, c’est-à-dire que lui seul dispose du droit d’agir…

© Cepa Miveco et Mico Vepace - Corsicapolar - Mars 2007 (Version 6.6 chronologique  et intégralement correcte à ce jour) La livraison est assurée chaque fois que de besoin afin de faciliter la lecture des commentaires plus ou moins délirants qui traduisent le caractère fantasque de leur auteur. La fidélité des livraisons par rapport aux originaux mis en ligne en temps réel est scrupuleusement contrôlée. Toutes réclamations concernant ces livraisons doivent être adressées au secrétariat de la rédaction du blog Corsicapolar. Celui-ci n'assure cependant aucun SAV, ni dépannage en cas  d'incompréhension ou de confusion du lecteur. Les scripteurs de la saison tiennent à remercier tous ceux qui ont eu le courage et la patience de les lire jusqu'ici.

Commentaires

Ceccaldi

Le professeur Kazeoza a fait un commentaire déjanté sur son site à l'adresse:
http://www.kazeoza.com/41559.html

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