Operata remarquée
En phrases terminales

The Ida Renerel'case (Livraison 5 -Saison 5)

Idarenereldr Comme une main en enfer, la saison 5 de la cyber-intrigue est enfin  disponible.  Informé par l’Adjudant Denticoni, Quésaco avait rapidement acquis la conviction qu’il lui fallait cuisiner Léa Renerdi, la compagne de feu Jean-Victor Moro, sur l’amputation de son annulaire gauche. Pendant ce temps la juge Babeth Millieri rêve de croisière en Méditerranée avec Arturo Pérez-Reverte. Pleine de mystères,  La boîte à Pandora, elle, est toujours ouverte ...Que fait la police ?

Lorsque le substitut Camesson lui avait confié l’instruction de cette affaire de doigt coupé, la juge Babeth Millieri avait des raisons de ronchonner. Depuis le début de l’année, elle accumulait les dossiers, pendant que son collègue Jean-Hubert de Virevolte soignait sa dépression nerveuse sans avoir été remplacé.
Babeth avait beau être une battante, toujours prête à partir à la guerre contre le crime, elle avait aussi sa vie familiale et ses répétitions dans une troupe de comédiens amateurs qui préparaient une représentation de l’œuvre " La tempête ". Elle avait frémi lorsqu’elle avait lu qu’un billet de théâtre avait été retrouvé prés du doigt coupé. L’assassin ou la victime avait donc l’intention de venir voir la pièce de Shakespeare. Après un bref émoi, elle déplora qu’une place resterait vide et pire, peut-être au premier rang.
Pour l’immédiat, Camesson l’avait rassurée en lui disant qu’il s’agissait, en premier lieu, de délivrer une commission rogatoire et que le travail judiciaire serait fait par les gendarmes. Chose dite, commission rogatoire faite, elle avait rangé le dossier sur la pile rouge des crimes de sang, alors que , pour exemples, les couvertures vertes étaient réservées aux délits champêtres, les roses aux affaires de mœurs, ainsi de suite… un arc-en-ciel de paperasses.
Le dossier Ida Renerel’s Ida n’avait pas eu le temps de prendre la poussière qu’un dossier d’homicide avec cadavre lui tombait dessus, celui de l’assassinat du nommé Jean-Victor Moro. Elle avait d’abord espéré qu’il manquerait un doigt au cadavre , ce qui lui aurait permis de joindre les deux dossiers pour n’en faire qu’un, enrichi par l’identité du doigt dont l’empreinte digitale n’avait encore rien révélé. Il manquait seulement quelques dents a feu Jean-Victor Moro, résultat du à des caries mal soignées par un arracheur diplômés de la faculté.
Après les premières constatations, le lieutenant Martin Montalier n’avait évoqué aucune piste précise. Etant informé du sobriquet " Quesaco " dont il était affublé, elle se rassurait en se disant que ce policier savait au moins poser une question à laquelle elle pourrait espérer recevoir une réponse : Qu’est-ce que c’est ?… Un assassinat politique, un règlement de comptes, un crime passionnel, un suicide maquillé en meurtre ? Un mauvais polar sans doute?...
Dans la liste des pièces à conviction, elle nota la présence d’un médaillon pouvant avoir une certaine valeur… Elle ne savait pas encore que ce bijou avait aussi une valeur procédurale sur laquelle elle n’avait pas encore mis le doigt.
Le hasard des deux enquêtes les faisaient se rejoindre sur la même pile de dossiers…
A ce stade des investigations, devant les coïncidences, nous vous entendons : Quel hasard, Balthazar ! Direz-vous moqueur . Et Honoré de Balzac vient à notre rescousse par une citation : " Le hasard est le plus grand romancier du monde ; pour être fécond ( l’orthographe est bonne ), il n’y a qu’à l’étudier. "
Avant que Jésus ne ressuscite, Denticoni venait de recevoir les premiers résultats du laboratoire de police scientifique. Le doigt coupé était un annulaire de la main gauche d’une femme. L’empreinte digitale n’avait pas révélé l’identité de sa propriétaire inconnue aux fichiers de police et de gendarmerie. Le sexe avait été révélé par l’absence de chromosome Y comme Yo-yo dans l’ADN. Par contre, d’autres empreintes relevées sur la plupart des scellés avaient pu être attribuées à un certain Jean-Victor Moro, récemment assassiné sur le port maritime de Bastia.
Dans le Chef-lieu de la Haute-Corse, à l’Angélus du matin, Quésaco n’avait pas été encore informé de la découverte, sur une plage, des empreintes de celui qui était la victime dans l’affaire d’homicide qu’il devait résoudre. A ce moment-là, il assistait à son enterrement dans l’éventualité d’un fait nouveau, scrutant les proches du défunt à l’affût d’un signe , d’une mimique sur un visage, d’une présence insolite… A force d’observation, la seule chose qu’il remarqua était que la concubine de Jean-Victor Moro avait perdu un doigt à la main gauche : l’annulaire. C’était la seule chose qui clochait.
La boîte à Pandora allait –elle livrer tous ses mystères ? Denticoni et Quesaco allaient-ils relier les indices comme on enfile des perles sur un fil ? Finalement, leur métier consistait-il simplement à enfiler des perles ?… Les fêtes de Pâques seront-elles celles de deux poulets qui mettraient leurs œufs dans le même panier ?… A qui allaient-ils sonner les cloches avant les vêpres siciliennes ?…

La juge Babeth Millieri allait quitter son bureau, lorsque son téléphone résonna. Elle devait rendre visite à Camesson pour faire un point sur l’assassinat de Jean-Victor Moro. La chancellerie avait questionné le Procureur de Bastia, qui avait questionné le Substitut qui voulait questionner la juge d’instruction qui décida de répondre à cet appel téléphonique même si Camesson devrait patienter dans son bureau en pensant que le Procureur s’impatientait de peur de faire perdre patience à la Chancellerie sans doute questionnée par le Ministre de la Justice, mis à contribution par le Premier Ministre actionné par le Ministre de l’Intérieur, impatient de savoir si on avait affaire à un crime politique.
Au bout du fil, elle reconnut la voix de Quésaco. Il tombait à pic pour lui remettre l’affaire en mémoire avec un espoir : peut-être avait-il trouvé une orientation d’enquête. En fait, il ne pouvait lui raconter que sa présence à l’enterrement. Le défunt n’avait pas eu droit aux honneurs militaires et on pouvait penser qu’il n’était pas un activiste indépendantiste. Aucune tête connue de la pègre locale ne s’était montrée. Finalement, seul un annulaire manquant à la main gauche de la veuve l’avait intrigué. Pour ne rien laisser dans l’ombre, il avait mené sa petite enquête à l’Hôpital de Bastia. L’accident était récent. Le couple s’était présenté aux urgences. La femme n’avait pas desserré les dents et l’homme, identifié comme étant Jean-Victor Moro, avait prétexté un accident en mer, le doigt n’ayant pas pu être récupéré…
Alors que Quésaco relatait ses investigations pour montrer qu’il faisait diligence, Babeth se saisit du dossier du doigt coupé et annonça :
•    Si c’est le doigt qui vous manque, j’en ai un…
•    Quésaco , Madame la Juge ?
•    J’ai un doigt sans cadavre dans un autre dossier récent…
•    Et alors ?
•    L’adjudant Denticoni m’a transmis le rapport du Laboratoire. C’est un doigt de femme !
•    Quel doigt ?
•    L’annulaire gauche…
•    C’est cela… C’était l’annulaire gauche qui manquait à la veuve…
•    Le couple avait des enfants ?
•    J’ai dit la veuve mais ils vivaient en concubinage et n’avaient pas d’enfant.
•    Lieutenant, il faudrait vous mettre en rapport avec l’Adjudant Denticoni. On ne sait jamais. Nous sommes peut-être à un doigt de la solution…
•    Madame le Juge ! Vous, alors !…
•    Quoi !
•    A un doigt de la solution ! Vous aimez l’humour noir !…
•    Je ne mets aucun humour dans mon travail et surtout pas du noir. Ma formule n’était pas intentionnelle. A posteriori, elle ne me fait même pas rire…
Quésaco se mordit la langue, juste châtiment infligé à ce petit muscle visqueux qui avait encore manqué l’occasion de rester dans sa boîte. Un instant, il avait oublié que Madame Babeth Millieri était allergique à toute familiarité, une façon de préserver l’indépendance de la Justice. Tout était dit et Quésaco n’ayant plus rien à dire, la conversation téléphonique fut close.
La langue douloureuse, Quésaco appela l’adjudant Denticoni qui ne fit aucun difficulté pour relater l’affaire Ida Renerel dans le secret espoir de s’en débarrasser par un dessaisissement au profit de la police bastiaise. Bien sûr, il passa sous silence la piste d’une revenante mais insista lourdement sur la merde d’artiste, en soulignant qu’il n’avait suivi aucune formation en matière de trafic d’œuvre d’art… Il allait presque oublier l’identification du nommé Jean-Victor Moro, élément pourtant essentiel de son enquête..
•    Ah ! Il y a cependant un autre élément important : le laboratoire a identifié un nommé Jean-Victor Moro mais cela sert à rien puisqu’il vient de se faire buter…
•    Tu en as parlé au juge ?
•    Pas encore !
•    Tu ne pouvais pas commencer par là ! Si je t’appelle, c’est que je travaille sur cet homicide…
•    Donc ! Toi, tu as un cadavre alors que je n’ai qu’un doigt. Qu’est-ce que je fais de mon dossier?
•    Pour le moment tu poursuis ton enquête et on se tient au courant…
•    Je vais aviser Mme MILLIERI.
•    C’est la première chose à faire… C’est toi qui possèdes tous les éléments et il serait normal que tu revendiques toute l’affaire. Ce serait dommages car, en coopérant, on devrait arriver à quelque chose…
Quésaco était un malin. Denticoni l’avait compris et devait se résigner encore pour un temps à chercher la femme, alors qu’il était déjà marié. Il réprima rapidement une pensée pour Joséphine : si cette dernière n’avait pas eu d’annulaire gauche, il aurait fait l’économie d’une alliance qui était vite devenu le prix d’une corde au cou.
Pour l’heure, bien que " mari marri ", l’adjudant devait s’estimer heureux que, avec doigtée, son collègue de la police nationale n’ait pas montré l’intention de lui fourguer l’assassinat de Jean-Victor Moro.

Dans la soirée, la juge Millieri chassa ses soucis en se replongeant dans " Le peintre des batailles ". Le dernier roman d'Arturo Perez-Reverte était une terrible réflexion sur les guerres, la peinture, la photographie. Il enflammait aussi l'imagination de la magistrate: Babeth Millieri se serait bien vue , au pied d'une tour pisane, compagne silencieuse d'un Faulques, revenu de tout, retiré dans l'un de ses îlots magnifiques de l'archipel toscan. Amoureuse, maîtresse, amante, elle le rendrait à la vie, son photographe blessé à mort. Elle serait sa renaissance.
A minuit passé, la jeune femme relut plusieurs fois le passage où Olvido s'adresse à son amant (pages 175 et 176):
"Alors, s'il te plaît, donne moi ce qui manque dans ce monde qui était le mien"...
Puis encore plus loin:
"C'est pour ça que je t'aime, en ce moment. Tu es ma façon de dire: finies les photos de mode, finie la collection de printemps à Milan, à la poubelle Giorgio Morandi qui a passé la moitié de sa vie à représenter des natures mortes avec des bouteilles, à la poubelle Warhol et ses boîtes de soupe, aux chiottes la merde d'artiste qui se vend en paquets-cadeaux dans les enchères pour millionnaires de Claymore. Bientôt je n'aurai plus besoin de toi, Faulques, mais je te resterai toujours reconnaissante pour tes guerres"...
La juge Millieri s'endormit en rêvant: elle embarquait sur le voilier du séduisant Arturo Perez-Reverte. L'écrivain, tombé fou amoureux de la magistrate, l'emmenait, loin, entre le ciel et la mer.
Pendant que Babeth Millieri, lectrice imaginative, rêvait d’amour et voguait avec le photographe des batailles, devenu romancier qui ne dormait plus à cause des images qui le hantaient… que faisait la police ?
Informé par l’Adjudant Denticoni, Quésaco avait rapidement acquis la conviction qu’il lui fallait cuisiner Léa Renerdi, la compagne de feu Jean-Victor Moro, sur l’amputation de son annulaire gauche. Il l’avait convoqué pour le lendemain, sans attendre son identification à partir des analyses biologique du doigt retrouvé sur une plage.
Dans son appartement bastiais, Quesaco n’avait pu trouver le sommeil qu’en ingurgitant un somnifère. Il était insomniaque car il pensait trop. Dans ses monologues nocturnes, il lui arrivait même de s’interroger sur la raison pour laquelle l’homme aime torturer et tuer… " Son intelligence, supposait-il. Voilà qui est intéressant. La cruauté objective, élémentaire, ne serait pas cruauté. La véritable implique un calcul. Une intelligence… Voyez les orques. Pourquoi les orques ?… Comment ces prédateurs marins au cerveau évolué, qui opéraient au sein d’un milieu social complexe en communiquant entre eux par des sons sophistiqués, s’approchaient des plages pour capturer de jeunes phoques, qu’ils se renvoyaient ensuite à coup de queue de l’un à l’autre, en jouant avec eux comme si c’étaient des ballons, les laissant s’échapper jusqu’au bord de la plage pour les rattraper ensuite, et comment ils continuaient ainsi par pur plaisir jusqu’au moment où, fatigués du jeu, ils abandonnaient leur malheureuse proie, disloquée, ou la dévoraient s’ils avaient faim. "

Au matin, son réveil tardif avait obligé Quésaco à négliger sa toilette et surtout empêché de retrouver ses lunettes de vue dans son capharnaüm de célibataire divorcé. Mal rasé, le cheveux rebelle, les nippes fripées, il fit une halte à la pharmacie Ricci-Lucciani, place Saint Nicolas pour acheter une paire de loupe en dépannage. Acharnement du sort, la seule qui correspondait à sa vue était une monture rose pour presbyte féminine. Dans le ridicule, qui peut le plus peut le moins. Il pouvait le plus et les acheta donc, préférant y voir même si on le regarderait de travers. Il longea ensuite les quais, en commençant par celui du Fango où Jean-Victor Moro avait été abattu. Au niveau du quai du port, alors qu’un voilier emportait un couple vers une île lointaine, il bifurqua à gauche pour s’engouffrer dans le pâté de maisons et ressortir dans la rue Luce de Casabianca où se trouve le commissariat de police.
Malgré toutes les vicissitudes de cette matinée pourtant radieuse, il était à l’heure et arriva, sous les regards moqueurs de ses collègues, en même temps que sa convoquée qui le toisa avec mépris. Il la conduisit lui-même directement dans son bureau où il enfila ses lunettes roses mettant en valeur ses pupilles noires, tout en expliquant à sa vis-à-vis les raisons d’une monture rose inadaptée au cheval pur-sang de la police nationale qu’il était. Léa Renerdi était avertie : elle avait affaire à un policier viril qui ne lui promettait pas un avenir immédiat tout en rose. Il le lui signifia en lui notifiant sa mise en garde à vue dans l’information judiciaire suivie contre X… du chef d’assassinat. Elle ne réclama ni avocat, ni médecin et l’interrogatoire pouvait rapidement débuter…

© Cepa Miveco et Mico Vepace - Corsicapolar - Mars 2007 (Version 5.5 chronologique  et intégralement correcte à ce jour) La livraison est assurée chaque fois que de besoin afin de faciliter la lecture des commentaires plus ou moins délirants qui traduisent le caractère fantasque de leur auteur. La fidélité des livraisons par rapport aux originaux mis en ligne en temps réel est scrupuleusement contrôlée. Toutes réclamations concernant ces livraisons doivent être adressées au secrétariat de la rédaction du blog Corsicapolar. Celui-ci n'assure cependant aucun SAV, ni dépannage en cas  d'incompréhension ou de confusion du lecteur. Les scripteurs de la saison tiennent à remercier tous ceux qui ont eu le courage et la patience de les lire jusqu'ici.



Commentaires

Ceccaldi

"All the world's a stage,
And all the men and women merely players:
They have their exits and their entrances…"

Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs; ils ont leurs entrées et leurs sorties … Léa Renerdi, actrice tragique, avait expliqué son doigt coupé mais, plutôt que d’en dire plus, elle aurait elle-même coupé sa langue.

Il faut rendre à Cesar ce qui appartient à Cesar Montalier : ce dernier avait tout fait pour la faire parler. Notre fin limier subodorait que sa suspecte connaissait les tenants et les aboutissants du meurtre de son compagnon mais il comprit qu’elle ne répondrait plus à ses questions. Elle avait même refusé de dire le nom de son nouvel amant… Et c’était certainement là qu’il fallait s’orienter.
La garde à vue n’avait servi qu’à l’identification de la propriétaire du doigt coupé puis à celle du coupeur jaloux et sadique. Celui-ci était mort et l’action publique s’arrêtait là. Le tribunal des hommes ne juge pas les morts, car aucune peine terrestre ne leur est applicable. Il reste, pour les croyants, le jugement de Dieu et , in fine, la peur du jugement dernier qui fera le bilan de l’humanité.
Jean-Victor Moro était, à cet égard, une vie aggravant le passif collectif mais, si sa barbarie restait inexcusable, d’autres pourraient être, à grande échelle, responsables de la banqueroute humaine… à moins que nous nous activions à plus de générosité et de solidarité.
En pensant à la justice divine, Quésaco se consolait de la justice des hommes. Il croyait aussi à la justice immanente. Lorsqu’il désespérait de la nature humaine, notre Cesar relativisait inconsciemment des actes qui finalement étaient individuels. Il venait de résoudre un petit mystère et, pour un doigt coupé, Jean-Victor Moro avait reçu la mort. Cela dépassait la loi du talion mais ne le choquait pas.
Depuis plusieurs mois, la presse relatait qu’un nouveau génocide se perpétrait en Afrique. Au Darfour, un peuple était exterminé par les armes et la faim, alors qu’une partie des grandes puissances s’en tenait à des déclarations de principes tandis que l’autre se rendait complice des génocidaires pour des raisons stratégiques et économiques. De quoi décourager un flic et relativiser le fait divers qu’était la mort d’un petit voyou…

Après la remise en liberté de Léa Renerdi, sur les instructions de la juge d’instruction informée des résultats des auditions, Quésaco appela Dentriconi. Ce dernier fut heureux d’apprendre que la partie de l’enquête à sa charge avait trouvé sa solution judiciaire; il pourrait ainsi retourner à ce qu’il considérait comme une noble tâche : la présence sur la voie publique. Il s’organisa un circuit de patrouille solitaire passant par différentes fontaines à vin blanc. Aviné, il se retrouva, sans savoir comment, sur la plage où avait débuté l’affaire. Il s’allongea sur le sable, près de la cabine téléphonique. Alors que son esprit sombrait dans un profond sommeil, un flash le réveilla, puis un autre…et un autre ! Ebloui, il lui sembla distinguer la silhouette d’une femme en robe longue qui s’enfonçait dans la mer. Une tempête s’était levée. Denticoni prit ses jambes à son cou pour aller chercher du secours…

Sur la plage, il n’avait pas vu un homme en train de photographier une tornade qui se formait entre l'île d'Elbe et le Cap Corse a une distance d'environ 25 km du Cap Corse et 15 Km de l'île d'Elbe. C’était le 4 mai dernier et nous savons qu’il s’agit du photographe Thierry Venturini. Il serait également l’auteur des deux photographies mises sous scellés au début de l’enquête. Nous ne pouvons que lui conseiller de contacter l’Adjudant chef Denticoni qui, par sa faute, a déclenché une opération de grande envergure pour sauver de la noyade une tornade… à moins que cette tornade ait quelque chose à voir avec Ida Renerel ! Combien la Corse compte-t-elle de tornades?…
O, merveille !
Combien de belles créatures vois-je ici réunies !
Que l'humanité est admirable ! O splendide Nouveau Monde
Qui compte de pareils habitants ! "

Dans son bureau, Babeth Millieri relisait Shakespeare. Elle n’était pas le juge au ventre arrondi, garni d'un bon chapon, l'œil sévère, la barbe taillée d'une forme grave. Elle n’abondait pas en vieilles sentences, en maximes vulgaires. Ce n’était pas son rôle. Elle jouera Miranda.

L’auteur de La Tempête c’était bien sûr Prospéro, il avait seul autorité, c’est-à-dire que lui seul dispose du droit d’agir…

Ceccaldi

Lea Renerdi avait passé deux heures dans les geôles du commissariat. Son entrevue avec Maître Coppiu avait duré une demi-heure conformément à la loi.
Si court soit-il, ce temps de honte avait entamé sa résistance déjà mise à l’épreuve par les événements dramatiques qui s’étaient succédés et imposés à elle. Bien sûr, le silence était de rigueur et elle n’avait rien à espérer en déballant son histoire, mais avait-elle un autre choix ? Même si ce flic la bluffait, tôt ou tard il aurait suffisamment d’éléments pour la forcer à dire la vérité. De victime, elle se retrouverait complice, voire coupable.

Reconduite devant Quésaco, elle prit le parti de raconter les raisons pour lesquelles Jean-Victor avait sectionné son annulaire gauche…
- Depuis plusieurs mois, notre couple était devenu un enfer. J’avais fait savoir à Vicky que je voulais le quitter et il l’a très mal pris. Lorsque je lui ai annoncé que j’avais une autre liaison amoureuse, il est devenu comme fou et il ne me lâchait plus d’une semelle. Il m’obligeait à le suivre dans ses parties de pèche et je ne le supportais plus. C’est sur la plage qu’il m’a frappée et a coupé l’annulaire de ma main gauche pour que personne ne me passe l’alliance.
- C’est vous qui avez appelé la gendarmerie?
- Non !
- Il y avait quelqu’un d’autre sur la plage?
- Je n’ai vu personne…
- Pourquoi n’avez-vous pas déposé une plainte ?
- Cela ne se fait pas chez nous…
- Votre entourage a préféré régler le problème autrement, n’est-ce pas ?
- Je vous ai tout dit et je n’ai rien à ajouter.
- Moi, j’ai d’autres questions à vous poser sur l’assassinat de votre «vicky ». J’y viendrai comme César en Gaule où il a prononcé ses paroles historiques : Veni, Vidi, Vici. C’est l’heure de déjeuner. Je vais vous faire raccompagner dans les geôles où vous recevrez un plateau-repas…

Quesaco était assez fier de cette référence historique à César qui était aussi son prénom faisant de lui un conquérant dans des batailles de mots selon les règles de la guerre procédurale. Dans un premier temps, il disposait de vingt-quatre heures pour vaincre les résistances de sa gardée à vue qui cependant n’était pas gauloise.

Ceccaldi

Après avoir appelé Maître Coppiu, Quésaco ne lâcha pas le bigophone, se permettant un petit appel personnel. Il gardait un secret dans sa vie : depuis plusieurs mois, il entretenait une liaison amoureuse avec une bergère à qui il consacrait une partie de son temps libre.

Dès qu’il le pouvait, il la rejoignait comme un bandit prend le maquis, avec des ruses de Sioux. La belle ( homophonie involontaire avec le verbe bêler ) chevrière était l’explication de sa connaissance de la langue corse.

Au début, il était venu dans l’île pour prendre son galon de capitaine de police et terminer sa carrière à Marseille. Dans la vie, il avait compris que l’on ne peut pas tout planifier. Lui qui croyait ne plus s’amouracher vivait une passion pour une femme corse qui le dévorait au point de changer son identité.

Progressivement César Montalier devenait corse et il l’avait compris le jour où, remplissant un procès verbal, il avait fait une inversion involontaire sur le clavier de son ordinateur : Montalier était devenu Montaleri ! Au lieu de corriger l’erreur rapidement, il s’arrêta sur la faute et une pensée lui traversa l’esprit, en même temps qu’un sourire illuminait son faciès de sanglier : finalement " Quésaco Montaleri " sonnait bien en Corse et, à la retraite, lorsqu’il écrirait des romans policiers, il prendrait ce pseudo.

Avec sa bergère, il avait tout appris sur l’élevage des chèvres et des brebis mais aussi un florilège d’expressions corses qui lui avaient fait découvrir que la galéjade n’était pas que marseillaise. Depuis lors, il ne ratait pas une occasion d’en placer une, avec une sorte de délectation intérieure toujours renouvelée.
Il en était au point de se convaincre que, Marseille étant la ville la plus peuplée de Corses, il avait peut-être hérité d’un " i " insulaire et que l’erreur de clavier avait été commise sous l’influence occulte de quelque ancêtre corse fantomatique qui l’avait reconnu. Il s’était juré de faire des recherches généalogiques pour identifier le fantôme corse dans sa famille. Il savait qu’il ne le ferait jamais car les légendes, pour rester belles, n’ont pas besoin d’être vérifiées à la lumière de la réalité.

Ceccaldi

Quésaco, installé derrière son ordinateur, prit le temps d’un long silence pesant dans l’atmosphère tendue qui régnait dans son bureau : une mise en condition qu’il pensait éprouvante pour les nerfs de Léa Rénerdi, assise sur le rebord de sa chaise comme prête à bondir. Cette attente n’eut pas l’effet escompté car elle prit le parti de s’installer à ghjacara techja, comme une chienne repue. Toutefois, la lenteur que le flic mettait à débuter l’interrogatoire établissait la première règle du jeu : il était le maître du temps. La deuxième était de faire croire qu’il avait des atouts dans le dossier. Un peu comme au poker, il ne dévoilait pas son jeu et appliquait la stratégie des échecs en avançant ses pions prudemment.

- Bon ! Avant que je ne vous pose des questions embarrassantes, je vous laisse la possibilité de faire preuve de bonne foi en m’expliquant comment vous avez perdu l’annulaire gauche.
- Accidentellement lors d’une partie de pêche en mer avec…
- Stop ! Vous allez me resservir la version de votre défunt compagnon. C’est vrai que vous avez perdu votre doigt lors d’une partie de pèche mais ce n’était ni en mer ni accidentellement. Si vous ne dites pas la vérité, je vais être obligé de vous représenter cette extrémité manquante de votre main…
- Que ce soit en mer ou pas, c’était accidentel et je ne comprends pas d’être traitée en coupable alors que je suis une victime…
- Je déteste les victimes quand elles respectent les bourreaux. C’est Jean-Paul Sartre qui l’a écrit.
- Mon bourreau, aujourd’hui, c’est vous avec tout le respect que je vous dois !
- Belle répartie ! Un peu masochiste en la terminant par un homophone de " doigt ". Je constate que, n’étant pas votre bourreau d’hier, je suis encore en vie. Comment pouvez-vous croire qu’aucun rapprochement ne serait fait entre l’amputation de votre doigt et l’assassinat de Jean-Victor Moro ?
- Vous pouvez faire les rapprochements que vous voulez. Mon doigt est un accident et je pense que l’assassinat de Jean-Victor est politique…
- Vous diriez cela à un cheval de bois, il vous rirait au nez. Jean-Victor est un petit malfrat, un tout petit. Il n’a jamais été intéressé par la politique et il n’était même pas inscrit sur les listes électorales…
- C’était un clandestin. Il a même été arrêté par les gendarmes qui l’ont interrogé dans une affaire de plastiquage…
- En ce qui me concerne, il y a longtemps que j’ai quitté la gendarmerie de Tafoni. Je vais même vous faire une confidence, je n’ai jamais été gendarme ni à Tafoni qui n'existe pas ni ailleurs. Je ne vois pas des autonomistes partout… Jean-Victor a été entendu parce qu’il a un casier judiciaire. Ensuite il est devenu un indic des gendarmes.
- Il a peut-être été tué pour ça !
- Jamais de la vie ! Aux gendarmes, il n’a donné que des tuyaux percés et, de toute façon, tout le monde se méfiait de lui. Même sa famille ne lui confiait aucun secret.
- Après tout, c’est à vous de faire l’enquête. Moi, pour ce que j’en dis…
- Mais l’enquête, c’est ce que je suis en train de faire, Madame. Et croyez-moi, elle a avancé l’enquête. Vous y êtes en plein dedans et vous avez choisi de prendre un chemin qui vous mène tout droit à un cul de basse fosse.
- Vous m’avez bien dit que je pouvais demander un avocat ?
- Je vous l’ai dit.
- Alors, maintenant j’en veux un…
- Cusi si! Cum’ella vi pare è piace ! Parfaitement ! Comme bon vous semble ! Vous avez un nom ou vous voulez un commis d’office ?
- Je veux Maître Coppiu !
- Si vous pensez choisir un grand avocat, je vous préviens que " metru coppiu " (double mètre) ne mesure qu’un mètre cinquante…. En attendant grandeur et décadence, vous allez rejoindre les geôles et nous reprendrons notre conversation plus tard. Je vais appeler le pidochju rifattu, ce parvenu du Barreau de Bastia.

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