Le décor comme personnage
Une lecture de Nimu par Jean-Claude Loueilh

Critiquer n'est pas une tâche facile par Ugo Pandolfi

Meteolucmondolonidrfrance3corseLa télé corse parle polar. C'est bien. L'animateur est déçu par le seul roman qu'il retient. C'est dommage. Le chroniqueur éreinte l'auteur du polar. C'est son choix et sa liberté. L'expert de 12 h 15 se lance dans la définition du polar insulaire pour le réduire à une méchante caricature, alors l'affaire se corse. L'auteur de la Vendetta de Sherlock Holmes relève l'affront de ces clichés désolants. La polémique est ouverte...

Ugopandolfidrcorsicapolareu
Ugo Pandolfi: C'est mon avis et je le partage

Un polar corse au menu de ma lecture hebdomadaire
...Ainsi commence, au singulier, la critique consacrée par Luc Mondoloni le 19 février dernier dans l'émission Meziornu de France 3 Corse au roman de Jean-Pierre Orsi, La chèvre de Coti-Chiavari. La suite n'est qu'un gratuit et méchant éreintage. Ce critique littéraire  que les téléspectateurs corses ont plutôt l'habitude de voir aux heures des bulletins de Météo-France, assassine  ce polar en direct et récidive son mauvais coup par l'écrit sur le site internet de la chaîne régionale de service public. Il persiste et signe. C'est son choix. Il est tout aussi singulier que la lecture hebdomadaire de son auteur. Mais bon, c'est la liberté du critique, même si ceux dont c'est le métier de faire la pluie et le beau temps de l'édition ont pour saine habitude de lire plus d'un livre par semaine.
Nul, ici, ne saurait contester aux critiques la liberté de mordre, bien au contraire !
Les livres et tous ceux qui les font, auteurs, éditeurs, libraires et lecteurs, souffrent, quand  les médias, la presse régionale en général, la télévision en particulier, ne remplissent pas leur mission d'information, d'investigations et de critiques. Les livres et  les auteurs sont comme tous les citoyens: ils ne supportent ni les silences, ni les complaisances.
Il est par contre choquant, grotesque même, d'apprendre par ce critique  au singulier la définition même du polar corse. Elle est non plurielle, uniforme. Le genre est figé. Il a ses régles. Elles sont édictées (sic). C'est l'animateur de la télévision régionale qui l'affirme. Point final. Bref, circulez, il n'y a rien à lire. Le critique de France 3 Corse  ne doute de rien et asséne son arrogante expertise en concluant: décidément, ce Jean-Pierre Orsi fait tout pour nous fâcher...
Hélas pour ce critique qui devrait lire un peu plus, c'est bien là le talent de notre ami Jean Pierre Orsi. Oui, ses écrits peuvent fâcher. C'est une qualité. Celle justement qu'apprécient ses trés nombreux lecteurs. Ses écrits, par contre, ne font pas tâche dans le paysage, eux ! 

Commentaires

Elisabeth

Qu'entendez-vous, ratsoni grogneur mais pas irascible, par un effet "émoustilé" ?
Au risque de vous peiner, l'expression "critique autoproclamé" ne m'émoustille pas plus qu'elle ne m'émoustile.
Je me suis déjà assez longuement exprimée sur les réflexions qu'elle m'inspirait.
Par ailleurs, pourquoi trouver heureux de n'avoir pas parlé de "journalistes honorifiques" ? Pourquoi vous en priver ? Si cela peut vous procurer un quelconque plaisir… Vous inciter à la gaieté. Vous émoustiller, en somme.
Cela dit, si vous le faites, ne nous privez pas, de votre côté, du plaisir de connaître vos nom et qualités. Car je me refuse à croire qu'outre celle de n'être pas irascible, vous n'ayez pas d'autre qualité… Comme celle qui consiste à se montrer pleinement explicite et à signer ses propos, par exemple… Chose que font même les "critiques autoproclamés" et les "journalistes honorifiques", c'est vous dire s'il s'agit là de bien petites qualités…

ratsoni grogneur mais pas irascible

Je constate que l'expression "critique autoproclamé" a produit son effet, émoustilé sans doute.
Heureusement que je n'ai pas parlé des "journalistes honorifiques"...

Elisabeth

Cher cochon sauvage,

Que Pandolfi puisse être méchant en soulignant que le chroniqueur de France 3 a, à l'occasion, d'autres lectures que celles des bulletins de Météo France ne me dérange nullement.
D'autant que ledit chroniqueur tend obligeamment et l'échine et le bâton pour se faire battre en soulignant lui-même qu'il s'agit là de sa lecture hebdomadaire. Reste à savoir ce qu'il entend par là… Je sais, la tendance lourde ici est d'estimer qu'il n'entend pas grand-chose, surtout en matière de littérature. Mais, s'il n'en demeure pas moins que sa formule constituait une magnifique brèche dans laquelle l'ami Ugo aurait bien eu tort de ne pas s'engouffrer, on peut toutefois envisager la possibilité que Luc Mondoloni ait voulu dire par là qu'il s'agissait de la lecture hebdomadaire qui donne lieu à une chronique sur France 3. Et non pas que c'est sa seule lecture de la semaine. Qu'en savons-nous après tout ?
Par ailleurs, j'ai bien noté que sa définition du polar corse manquait singulièrement de finesse (c'était ma minute d'euphémisme, voilà, c'est fini…).
Mais en fait, ce qui motivait mon intervention est surtout le sentiment d'une vision singulièrement idéalisée des chroniqueurs littéraires. Idéalisée et même dangereusement naïve, suis-je tentée d'ajouter.
Quelqu'un a employé l'expression de "critique autoproclamé"… Vous me parlez à votre tour d'une nécessaire distinction entre un chroniqueur de livres et un présentateur météo.
Mais pourquoi ne pourrait-on être et l'un et l'autre ? Quelles compétences, quels diplômes, quelle formation spécifiques font de vous un critique littéraire ? Faut-il, par exemple, être soi-même auteur, et de préférence appartenir à la caste de ces beaux charolais régulièrement primés aux comices agricolo-littéraires ? Faut-il être docteur ès lettres ?
Il me semble que la première condition requise est de lire, de lire beaucoup, et d'aimer lire, parfois jusqu'à la boulimie. Ce qui suppose de faire des choix, et de les faire vite, pour continuer à satisfaire au mieux cette fringale. On mord dans tout ce qui se présente puis, si cette première bouchée est agréable, on dévore. En revanche, si elle ne l'est pas, pourquoi s'infliger une lecture indigeste ? Alors qu'il y a tant et tant de mets exquis à découvrir et qu'on n'a qu'une vie ? Et parfois, la saveur de certaines bouchées vous semble si fade, si écœurante, ou si infecte que vous ne pouvez vous empêcher de le faire savoir. Ce n'est bien entendu que pure subjectivité. Ce qui peut sembler délicieux à l'un sera jugé immonde par l'autre. Sans même parler du fait que les circonstances peuvent influer sur votre appréciation. Mais il n'empêche. Sur le moment, vous êtes en colère : ce livre, vous l'avez choisi, dans le fatras des ouvrages reçus en service-presse ou sur une table de librairie ; et pour l'emporter chez vous, en vous promettant de passer un moment de bonheur avec lui, vous avez peut-être renoncé à acheter un autre ouvrage. Et dès les premières pages, il vous laisse sur votre faim, vous débecte peut-être, même, vous faisant vous lamenter sur les autres livres que vous avez négligés pour lui. Y'a de quoi l'avoir mauvaise, ce me semble ! Et ne pas pouvoir garder sa rogne pour soi ! Vouloir à tout prix cracher sa valda, sa bile, son venin.
Selon moi, rien ne s'oppose à ce qu'un chroniqueur météo, un livreur de pizza, soit un lecteur à la fois gourmand et gourmet. Dès lors, je vois mal pourquoi son état de chroniqueur météo ou de livreur de pizza serait un obstacle fondamental au fait qu'il soit, aussi, critique littéraire. Il n'est ni plus ni moins qualifié pour ce faire que ne l'est celui qui n'a pas d'autre emploi que celui de chroniqueur. Et qui est donc censé faire profession de lire. Mais qui, dans bien des cas, se borne, comme le bon toutou ayant appris le caniveau, à faire où on lui dit de faire. Au point d'avoir perdu tout penchant curieux, folâtre. Et a le nez plus volontiers fourré dans les gamelles que lui passent obligeamment les chargés de com' de Galliplon et Granoël que dans les bouquins.
Il ne faut certes pas généraliser, entonner le fameux air du "tous pourris". Il m'a été donné de connaître des chroniqueurs littéraires qui aiment pasionnément lire, n'ont pas même un regard pour le dossier de presse qui accompagne l'ouvrage et n'ont que peu d'intérêt pour l'envergure -et la surface financière- de l'éditeur.
J'en connais même qui, par conscience professionnelle, terminent bravement leur assiettée, quand bien même ils ont, dès la première bouchée, décrété qu'ils venaient de tomber sur un infâme rata. Stoïques, ils ingurgitent. Comment s'étonner ensuite qu'ils éprouvent le besoin irrépressible de vomir leur hargne ?
J'en sais, en revanche, qui se contentent de paraphraser habilement le topo préparé par quelque attaché(e) de presse qui lui (ou elle)-même n'a pas lu l'ouvrage en question. Après quoi, ils se plongent avec délectation dans la lecture d'ouvrages dont ils ne parleront jamais, soit que leurs auteurs soient morts depuis des lustres, soit qu'ils ne leur aient pas été chaleureusement recommandés… Il se peut même qu'ils finissent par lire, un jour, le roman qu'ils ont chroniqué quelques mois auparavant… Dernièrement, j'ai eu entre les mains un roman, accompagné d'un dossier de presse. J'ai lu l'un et l'autre. Ce qui m'a permis de constater que la personne chargée du dossier de presse n'avait pas lu ce roman. Dont j'ai ensuite lu une critique, œuvre d'un de ceux que vous considérez très certainement comme un vrai chroniqueur, et pas comme un pauvre hère tout juste bon à ânonner le temps qu'il fera (peut-être) demain. Ce qui m'a permis de constater que ce chroniqueur avait lu avidement, sans en laisser choir une miette… le dossier de presse. Et l'avait régurgité tout rond. En y ajoutant deux ou trois feuilles de laurier, histoire d'apporter tout de même une touche personnelle.
De même, Alphonse Boudard racontait qu'un de ses livres, "Les Matadors", avait eu un jour les honneurs d'une critique dithyrambique, dans un journal connu, sous la plume d'un chroniqueur littéraire tout aussi connu. Un flot de louanges, à dire vrai aussi vagues qu'enthousiastes : des tirades lyriques sur la puissance, la vigueur du style, des pluies de roses sur l'incroyable force d'évocation de Boudard, des nuées d'encens (le smog ? tiens fume ! comme aurait dit le regretté San-A, car il est bien mort, quoique l'on s'efforce de nous faire croire le contraire) pour célébrer la formidable galerie de personnages campés -magistralement, cela va de soi- par le brave Alphonse. Lequel était sur le point de rougir de confusion devant tant d'éloges lorsque son regard tomba sur une petite phrase disant à peu de choses près qu'il s'agissait là du plus beau roman jamais écrit sur le monde la tauromachie… Las ! "Les Matadors", que l'on connaît mieux aujourd'hui sous le titre "Bleubite" n'avait pas plus à voir avec la corrida qu'avec la choucroute.
Aussi, ô sauvage mais pas méchant suidé, je continue à penser que les critiques autoproclamés ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Et qu'un Monsieur Météo n'est pas nécessairement un lecteur plus malhonnête et moins qualifié pour s'exprimer en matière de lecture que ne peuvent l'être certains chroniqueurs qui, à la vérité, visent bien plus à se regarder écrire comme d'autres s'écoutent parler qu'à faire partager un plaisir qu'ils n'ont du reste pas connu.
S'agissant de votre question sur la crédibilité qu'aurait un présentateur météo dont le bulletin se limiterait à l'annonce des orages, permettez-moi de vous demander en retour s'il vous paraitrait plus pro en n'annonçant que les jours de soleil ? Cela dit, même s'il était amputé, que ce soit des jours de pluie ou des jours de soleil,le bulletin en question nous permettrait, par déduction, de savoir à quoi nous en tenir.
En revanche, outre que la météo est une science (qui peine à être exacte, c'est un fait) ce qui n'est pas le cas d'une chronique littéraire où le subjectif et l'affect priment, la lecture d'une page de louanges ou d'une page de massacre en règle ne saurait en rien nous dire si les ouvrages dont il est question vous nous procurer du bonheur ou remplacer avantageusement la rhubarbe et le séné dont nous n'avons nul besoin du reste -du moins je vous le souhaite.
Tout comme vous, je préfère de très loin parler de livres qui m'ont plu que de ceux qui me sont littéralement tombés des mains… Mais je n'en comprends pas moins la sombre délectation que l'on peut éprouver à règler ses comptes avec le bouquin qui vous a déçu et vous a distrait un temps trop précieux parce compté : tiens ! ça c'est pour le James Lee Burke auquel j'ai renoncé pour toi ! et ça pour le Ledesma que j'ai prêté et jamais revu et que j'aurais pu racheter au lieu de claquer mes ronds pour toi ! On est d'autant plus en colère, et d'autant plus décidé à se venger qu'on s'en veut : manquer de flair à ce point, est-ce permis ? faut-il être bête ! Et l'on se prend à vouloir éviter la même déconvenue à d'autres. Louable intention… Comme l'est celle de faire l'éloge des livres aimés, de vouloir les faire découvrir à d'autres.
Il y a pourtant tout autant de chances de faire des déçus en recommandant un livre qui nous a plu que de tuer dans l'œuf de belles rencontres en flinguant un bouquin qui, s'il nous a déplu, en aurait peut-être comblé d'autres.
Dès lors qu'ils sont publiés, nos écrits ne nous appartiennent plus vraiment. N'importe qui est libre de les dénigrer ou les encenser, y compris en ne les ayant pas lus, d'y voir des choses qui n'y sont pas, de vous prêter des pensées et des intentions qui jamais ne furent les vôtres. Ou encore d'en tirer des généralités qui -bel exploit- combinent le creux et la platitude à propos d'un genre littéraire. Que ce n'importe qui soit chroniqueur appointé ou critique à la petite semaine. Qu'il soit sincère ou qu'il obéisse à quelque sordide coquetterie.

Cochon sauvage mais pas méchant

Sur, qu'elle a raison Elisabeth ! Même le désanuseur de porcs (métier dangereux s'il en est) a le droit de dire ce qu'il pense et de sauter des pages. L'essentiel c'est de lire et de dire. Mais dire, oui ! Médire ? Non. Pandolfi est sans doute méchant de souligner un peu lourdement que le chroniqueur de France 3 Corse à d'autres lectures que les bulletins météo. Pour autant, il ne lui reproche pas ses critiques, mais sa charge grossière qui fait l'impasse sur la réelle diversité des auteurs de polars corses. Cette polémique pose au moins une bonne question. Quand on a la chance de savoir lire et le pouvoir de s'exprimer, faut-il en profiter pour ne dire que du mal de ce que l'on n'aime pas ou bien, au contraire, user de ces avantages pour faire partager les choses que l'on aime ? Je préfére personnellement le deuxième scénario. Et c'est peut être là la différence que les média devraient faire entre un chroniqueur de livres et un présentateur de la météo. Que vaudrait ce dernier si dans les bulletins de Météo France, il ne retenait que l'annonce de la pluie en oubliant systématiquement les jours de beau temps ?

Ceccaldi

Les dix droits imprescriptibles du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.

Elisabeth

Pourquoi un présentateur météo n'aurait-il pas le droit de donner son avis sur un ouvrage qu'il a lu ? En quoi le fait d'être présentateur, plombier-zingueur, femme au foyer, livreur de pizza ou désanuseur de porc devrait-il être disqualifiant et vous ôter le droit d'exprimer un avis ? Pour qui et pour quoi écrit-on ? Pour le critique qui, à partir de la quatrième de couverture et d'une vague lecture en diagonale de votre prose, va, en fonction de son humeur du moment, d'un transit plus ou moins pénible ou des aléas de sa vie privée, choisir de vous tresser des couronnes ou de vous assassiner ?
Que je sache, on écrit pour être lu.
Et être lu si possible du plus grand nombre. Et cela suppose d'accepter le risque de déplaire à beaucoup, au présentateur météo comme au plombier zingueur. Et d'avoir à se trouver confronté à la critique, d'où qu'elle vienne, quelle que soit la raison sociale de celui qui la formule.
Les critiques faites à J-P Orsi seraient-elles donc plus supportables si elles émanaient d'Angelo Rinaldi ? En quoi celui qui est stipendié pour déverser sa bile ou prodiguer ses louanges est-il moins con que le type lambda qui a lu votre bouquin avec ni plus ni moins d'attention que lui ? Et qui, pour sa part, n'a pas l'insigne privilège de purger sa bile tout en justifiant ses gages ?
En quoi, aussi, serait-il moins bon critique que le localier du quotidien unique qui lui, soyez-en certain, n'a lu que le titre de votre œuvre, et encore, d'un derrière distrait, parfois, mais ne va pas moins se faire un devoir d'en écrire le plus grand bien. Parce qu'il est là pour ça, que c'est la grande servitude (sans splendeur aucune) du sacro-saint "journalisme de proximité". Et qu'il en fera de même, le lendemain, avec les mêmes superlatifs, pour parler des ouvrages au canevas représentant la cueillette des olives en Basse-Provence, confectionnés par quelques dames patronesses perclues d'arthrose mais pleines de bonne volonté à défaut de talent, et mis en vente à la kermesse au profit des lépreux de Djakarta.
Faut-il passer un permis de lecture ? Qui vous ouvrira à son tour le droit de passer une licence "ès critique" ? Exige-t-on, à l'entrée des librairies et des bibliothèques, que l'on présentes ses certificats et ses lettres patentes ? Demandez-vous au mec qui se pointe à votre séance de dédicace qu'il justifie d'un bac + 4 avant d'acheter votre bouquin et d'attendre son tour pour recueillir votre autographe ? Sans doute pas. Bien heureux qu'il y ait du monde, non ?
Pourquoi, alors, se mettre à piauler dès lors qu'un présentateur météo (que je n'ai pas plus l'heur que le malheur de connaître, à propos) entre un anticyclone des Açores et une dépression sur le golfe de Gênes, cède à la tentation de faire comme tout le monde, que ce soit sur le petit écran ou sur un blog, et de donner son avis ? Il n'est ni plus ni moins oiseux que celui d'un Ardisson, d'un Rinaldi ou de ma concierge.
Ce n'est qu'un avis, un propos tout ce qu'il y a de plus subjectif. Comme l'est tout sentiment. Car c'est de cela qu'il s'agit. Une lecture, c'est une rencontre. Qui peut déboucher sur une belle histoire d'amour comme sur un pitoyable fiasco. Tant de facteurs entrent en ligne de compte… Mais ce qui est certain pour moi, c'est que l'argument "êtes-vous bien sûr d'avoir tout lu attentivement et jusqu'au bout" n'est pas complètement recevable. Comme Pennac, je reconnais au lecteur le droit de sauter des lignes, voire des pages, et même de décréter au bout de vingt lignes que "non, décidément non".
Et c'est bien compréhensible.Alors qu'un premier rendez-vous a suffi pour constater que la personne qui vous fait face, malgré un physique avenant, tient des propos qui vous gonflent, parle en mangeant la bouche pleine, a la libido d'une huître mazoutée et a une haleine à tuer les mouches, iriez-vous jusqu'à persister ? Au point de la présenter à votre famille, l'épouser, lui faire trois mômes ? Pour, au bout de quinze ans de vie commune, conclure que "non, décidément, non, je ne l'ai jamais aimée" ? J'en doute. Ou bien il est grand temps que vous consultiez.
Certes, à moins d'être doté ou affligé d'une solide composante maso, on n'écrit pas dans le secret espoir d'avoir à subir des critiques telles que celle formulée par le senor météo local. Mais elles font partie de de ce qu'il est convenu d'appeler les "risques du métier". Il faut accepter pleinement leur éventualité, la possibilité d'être maltraité de façon injuste ou à tout le moins purement subjective par quelqu'un qui, soit par conviction soit par désir d'être caustique à peu de frais, use de l'occasion qui lui est donnée de vous tailler des croupières et d'acquérir au passage le galon qu'on octroie aujourd'hui si facilement aux pitres cruels. On a les légions d'honneur que l'on peut. Surtout dans les républiques bananières. Le seul moyen de se prémunir de tels coups, c'est de ne pas prétendre à l'édition. Après tout, de même qu'il y a des chanteurs de salle de bains, on peut être écrivain de salle de bains. Ce qui, soyons bien clairs, ne signifie nullement que vous êtes un écrivain de chiottes. Mais simplement que, si grand que puisse être votre talent, vous ne vous sentez pas la force d'affronter la possibilité de déplaire, fût-ce à quelques crétins.
Aussi, même si je rejoins Ugo Pandolfi lorsqu'il s'agace à juste titre d'une définition du polar corse faite avec une tronçonneuse dont la chaîne serait de surcroît rouillée, et si je me sens tout à fait solidaire de J-P Orsi, dont je salue au passage la réaction, je n'ai pour ma part aucune envie de pousser des cris indignés et teintés d'un vague mépris parce qu'un mec qui présente la météo a eu l'outrecuidance de s'essayer à la critique. Il n'est pas plus "critique autoproclamé" que ne le sont certains fonctionnaires de la vacharderie en prime time ou les millions de blogueurs qui sont des empires de presse à eux tout seuls, et donnent leur avis "éclairé" sur tout et n'importe quoi, y compris sur les avis des autres, en général dans un français plus que chancelant. On ne choisit pas ses lecteurs.

olivier Collard

Je n'ai pas vu l'émission car ça fait un bail que j'ai plombé la télé, mais les échos qui sont rapportés ici ne me surprennent pas. Dans un média où la critique littéraire est cobnfiée à Ardisson, et où les animateurs les plus en vue (à l'instar de Arthur) sont connus pour leur personnalité attachante et leur bienveillance, rien d'étonnant à ce qu'un présentateur autoproclamé critique littéraire sur une chaîne régionale use de la taillade. Pour imiter ses pairs en s'imaginant être arrivé ?

pierre-paul

On sait bien qu’en Corse, il faut être polyvalent pour travailler. C’est pour cela que je ne serai pas méchant avec le critique littéraire de France 3 Corse, Luc Mondoloni…
J’ai le souvenir de la critique du livre de Fred Vargas « Sous les vents de Neptune », dont le lecteur que je suis, avait noté que le journaliste n’avait pas dépassé la page 7 (ce livre est devenu un film). Tout cela pour en venir où, me direz-vous ?
Un critique littéraire, c’est quoi au juste ? Quelqu’un que l’on entend dire : j’ai aimé, je n’ai pas aimé ?
C’est ce qui a cours en tout cas actuellement dans les médias, tant les critiques sont éloignés de l’écriture.
La question se pose de savoir en lisant Luc Mondoloni, pourquoi dit-il « je n’ai pas aimé »…
Je n’ai pas la réponse, mais la confusion de sa critique interpelle.
Que deviennent les critiques littéraires ?
De petites promotions entre amis, comme l’expliquent si bien Raphaëlle-Anne Leyris, Thibault Tassin de Montaigu et David Verhaeghe. Centre de formation des journalistes, février 2002
http://www.acrimed.org/article851.html
Le Jeudi 4 octobre 2001, l’émission littéraire "Campus" sur France 2, animée par Guillaume Durand, reçoit entre autres Edwy Plenel pour son livre Secrets de jeunesse, racontant son passé de militant trostskiste. L’auteur, également directeur de la rédaction du Monde, est brièvement interrogé, au cours de l’entretien, par Josyane Savigneau, chef du service culture et rédactrice en chef du supplément Le Monde des livres.
Aucun des deux intervenants, pas plus que Guillaume Durand, ne juge bon de rappeler clairement le lien unissant Josyane Savigneau à Edwy Plenel, son patron, à l’exception d’un clin d’œil de l’interviewé : " Dans la rédaction du Monde, Josyane le sait, il y a d’anciens lambertistes (sous-groupe trotskiste, NDLR). " C’est pourtant bien le même homme qui déclara à des étudiants du CFJ au début de l’année que tous les articles traitant d’ouvrages écrits par des journalistes du Monde devaient, dans un souci de déontologie et d’indépendance, être rédigés par des collaborateurs extérieurs à la rédaction.
Un tel cas pose la question de la promotion dans un journal, ou une émission radiophonique ou télévisuelle, de livres écrits par des collaborateurs. A-t-on le droit, déontologiquement parlant, de chroniquer l’ouvrage de son voisin de bureau ? La pratique est répandue. Où se trouve la limite entre copinage et nécessité du travail journalistique ? Le changement de média peut-il modifier les règles fixées par les rédactions ? Serge Halimi, dans Les nouveaux chiens de garde, stigmatise cette pratique très française :
" Aux États-Unis, certains quotidiens " interdisent formellement " à leur rédaction en chef de confier la critique d’un livre à quiconque connaît l’auteur, ou a lui même écrit un ouvrage dont l’auteur aurait précédemment rendu compte, ou entretient des liens étroits avec une personne souvent citée dans le livre en question ".
« Contrairement aux critiques d'autrefois, conformistes et inféodés au pouvoir, le critique moderne se reconnaît à son caractère contestataire. Il n'aime rien tant que l'artiste insurgé, séditieux, bref : rebelle. L'artiste, de son côté, tient beaucoup à ce qu'on le considère comme un insoumis. Le spectacle de la rébellion dans le domaine des arts et des lettres est propre à impressionner les plus blasés. [...] Nous vivons, enfin !, la révolution permanente et générale. » « Vive la littérature rebelle » Le Monde diplomatique.
http://artslivres.com/ShowArticle.php?Id=1061
L’excellent Frédéric Taddéï invite Pierre Jourde (La littérature sans estomac) lors de son émission nocturne de FR3. Enfin une bonne soirée, où les critiques invités parlent de la critique… de leurs difficultés, des pressions qu’ils subissent, mais aussi de confrères incapables, mauvais professionnels…
Pierre Jourde nous explique que « le débat littéraire est trop souvent faussé par les amalgames et la confusion. Il faut distinguer deux choses : l'exercice d'une activité professionnelle et la marchandisation. » il ajoute : « J'ai précisément écrit cet ouvrage parce que j'étais las qu'on ne cesse de parler autour des textes et non pas des textes. S'il a quelque chose de nouveau, c'est peut-être cela.
http://www.fluctuat.net/livres/interview/jourde.htm
Pour terminer, même s’il y en a encore beaucoup à dire et comme nous sommes sur un site de spécialistes de Polar, je citerai Paul Auster dans Léviathan :
« Tout le monde est critique littéraire, de nos jours. Si on n'aime pas un livre, on menace l'auteur. Il y a une certaine logique dans cette façon de voir. Faire payer ce salaud pour ce qu'il vous a infligé. »…

L'Acellu

« Né dans un milieu où on lisait peu, ne goûtant guère cette activité et n’ayant de toute manière pas le temps de m’y consacrer, je me suis fréquemment retrouvé, suite à ces concours de circonstances dont la vie est coutumière, dans des situations délicates où j’étais contraint de m’exprimer à propos de livres que je n’avais pas lus.
Enseignant la littérature à l’université, je ne peux en effet échapper à l’obligation de commenter des livres que, la plupart du temps, je n’ai pas ouverts. Il est vrai que c’est aussi le cas de la majorité des étudiants qui m’écoutent, mais il suffit qu’un seul ait eu l’occasion de lire le texte dont je parle pour que mon cours en soit affecté et que je risque à tout moment de me trouver dans l’embarras.
Par ailleurs, je suis appelé régulièrement à rendre compte de publications dans le cadre de mes livres et de mes articles qui, pour l’essentiel, portent sur ceux des autres. Exercice encore plus difficile, puisque, au contraire des interventions orales qui peuvent sans conséquence donner lieu à des imprécisions, les commentaires écrits laissent des traces et peuvent être vérifiés.
En raison de ces situations devenues pour moi familières, j’ai le sentiment d’être assez bien placé, sinon pour délivrer un véritable enseignement, du moins pour communiquer une expérience approfondie de non-lecteur et engager une réflexion sur ce sujet tabou, réflexion qui demeure souvent impossible en raison du nombre d’interdits qu’elle doit enfreindre ».

Non ! Il ne s’agit pas d’une réponse de Luc Mondoloni mais des premières lignes d’un livre très sérieux écrit par Pierre BAYARD et que nous lui conseillons comme lecture hebdomadaire.

Titre: Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?

Collection « Paradoxe », 198 p. 2007 15 €
Présentation : « L'étude des différentes manières de ne pas lire un livre, des situations délicates où l'on se retrouve quand on doit en parler et des moyens à mettre en œuvre pour se sortir d'affaire montre que, contrairement aux idées reçues, il est tout à fait possible d'avoir un échange passionnant à propos d'un livre que l'on n'a pas lu, y compris, et peut-être surtout, avec quelqu'un qui ne l'a pas lu non plus ».

Jean-Pierre Orsi

Cher Luc Mondoloni,
vous m’avez consacré une critique dans le cadre de l’émission Meziornu, le 19 février 2007. Je tiens à en vous remercier.
Cette critique était consacrée à « la chèvre de Coti-Chiavari ». Contrairement à ce que vous pourriez croire, je la trouve intéressante. J’avoue que c’est la première fois depuis la parution de l’ouvrage (première édition en 2004) qu’on ose enfin sortir du littérairement correct et dire tout le mal qu’on peut penser d’un livre. Je pense toutefois que vous avez eu sans doute une lecture rapide du bouquin.
Trois exemples.
Les fameuses digressions dont j’use et abuse et tant décriées dans votre commentaire. Je pense et je ne suis pas le seul, qu’elles sont nécessaires au risque d’ennuyer rapidement le lecteur. Le livre ne s’adresse pas qu’aux seuls Corses.
Quant aux règles auxquelles doivent obéir le polar, je serais plus nuancé que vous. La littérature constitue encore un espace de liberté et ne doit aucunement rentrer dans un cadre rigide, au risque de sombrer dans ce qu’on appelle la pensée unique. Pensée qui a tellement fait de ravages il n’y a pas si longtemps.
Troisième chose, on nous reproche l’absence de référence au pénitencier de Coti-Chiavari. En lisant l’intégralité du roman on peut constater de nombreuses allusions au pénitencier. Sans entrer dans le détail : date de création, nombre de détenus, rapport entre nombre de détenus et
décès pour cause de phtisie, incarcération de Petru Pencu, un des protagonistes malheureux de l’histoire, etc.
Pour conclure et sans rancune de ma part, je vous suggère de lire la suite des tribulations du commissaire Batti Agostini et de ses équipiers, en l’occurrence « Sous le regard de Napoléon » et « la nuit de San Matteo ». Au passage, je tiens à signaler que votre critique a - paraît-il - dopé la vente des mes bouquins qui ont atteint à ce jour le niveau honorable de 7.000 exemplaires.
Encore un mot. Corsicapolar, association regroupant des auteurs et amis du polar méditerranéen, organise un déjeuner débat le 4 mars 2007, « chez Mico » à Portigliolo (Coti-Chiavari). Vous y êtes cordialement invité, ainsi que l’équipe de Meziornu. Pour des raisons financières nous ne pourrons pas vous prendre en charge. Par contre on pourra ensemble se taper un bon apéro.

Vos prestations météo sont excellentes.
Cordialement.

Jean-Pierre Orsi.

Marseille le 25 février 2007

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