Rencontres à Marseille les 27 et 28 janvier
Les copains d'abord

Une spécificité corse ?

Pierucci_couv_traite Un Polar, qu'est-ce que c'estMarie-Héléne Ferrari livre sa réflexion. Pour l'auteure des aventures du Commissaire Pierucci, c'est d'abord  une question, un homme qui cherche.

Pieruccidrmhferrari Autour de cette définition simple, se pose tout le problème du labyrinthe dans lequel évolue l'enquêteur, c'est à dire à la fois le référent local, et la nature de la quête. En Corse, ce labyrinthe va générer un trouble double, car il renvoie deux fois au silence. Silence d'une société dans laquelle ce qu'on voit, n'est qu'un leurre, et silence d'une finalité  conclusive rarement atteinte; victoire à la Pyrrhus, où les "méchants" ne sont pas toujours punis.
D'où la difficulté de l'auteur, poussé à fictionnnaliser d'avantage peut-être qu'ailleurs un récit, où personne ne doit se reconnaitre et qui se veut pourtant écriture spéculaire.
Même problématique que celle qu'à rencontré Camillieri dans une Sicile qui n'est pas sans poser des problèmes un peu similaires. C'est la difficulté du juste dosage entre la vrai et le vraisemblable.

Autre interrogation, l'écriture.
Oeilpieruccidrmhferrari En quelques années le roman policier a conquis dans le coeur du public une place qui se confirme, par la grâce de la qualité du style de quelques auteurs, comme Mankell, Vargas, Camillieri, qui l'ont fait émerger dans la littérature à part entière. Que choisir, entre le roman énigme à la Agatha Christie, sorte de "Sudoku" littéraire, et le roman nostalgique des années 50 avec petites gouapes et commissaires alcooliques?
La Corse a choisi ses spécificités et ses héros récurrents puisés à tous horizons, et adaptés au sol local.
Pierucci fait partie de cette nouvelle génération, d'hommes sans réponse, mais qui ne se lasse pas de questionnner, une humanité qui le renvoie à ses démons. Univers d'où la poésie n'est pas absente, où on croise des étincelles d'or dans le regard glauque du crime.
Mode, le polar, non certainement pas !
Besoin, réalité, miroir tendu, un peu de tout cela, et un peu plus...

Commentaires

Jean-Paul Ceccaldi

Le noir et le rouge, une alliance Stendhalienne… noirceur de la nature humaine et de la mort, rouge de la passion et du sang. La référence au noir, pour le polar, est communément admise mais, pour ma part, chaque auteur a le choix et peut faire celui du rouge à condition de mettre un cadavre dans son intrigue. Le rouge est la couleur du sang mais il a, comme le noir, ses tonalités et son ambivalence. En ce qui concerne l’exigence linguistique, on peut la trouver dans le noir, celui de l’élégance et du raffinement notamment. Lorsque l’on parle de liberté, il n’est pas question de renoncer à quoi que ce soit et cette exigence se retrouve chez de nombreux auteurs féminins ou non. Le noir offre une liberté d’écriture ( et d’expression) à condition de ne pas l’enfermer dans des règles structurelles ou idéologiques, de ne pas créer une religion avec ses chapelles bien gardées, voire pire une secte. Les exigences ( qu’elles soient de forme ou de fond ) ne doivent pas être inscrites dans une table de la loi. Des lectures que j’ai pu faire, le polar insulaire m’apparaît très diversifié tout en pouvant se définir comme polar corse, c’est-à-dire passeur d’une culture qu’elle soit populaire ou non. L’exigence linguistique ne me semble pas spécifique au polar mais concerne la littérature et plus généralement toute écriture.

Marie-Hélène

Je plagierai Hégel avec modestie en disant qu'il n'y a pas de Vérité, mais des vérités dans des concepts que seule la dialectique sera à même de mettre à jour. Le Noir. Concept très moderne, cette alliance Jean-Pierre avec la douleur et la partie sombre de cette absence de couleur. En effet, pour le poète de la Renaissance, c'est la couleur de la fidélité et de la constance, pour mémoire, la Jarretière blanche de Marot, qui donne une définition de cette opposition en s'affiliant pour sa part à Ferme Amour, dont la jarretière est noire. Le Diable n'a que trois siècle à cette époque, c'est un jeune homme qui n'a pas encore revêtu ses sombres attributs. Pour ma part, j'ai tendance à voir le policier dans le rouge, le sang, et le le noir me renvoie moins à la partie sombre de l'individu qu'à l'austérité de la catabase de tout bon enquêteur, quand il s'abandonne à la quête.
Je m'inscris en faux, pardonnez-le moi, pour l'inscription du polar corse dans une absence d'exigence linguistique, car je pense précisément que c'est la de façon générale, sa fragilité. Hausser la langue et définir des exigences, permet à la reflexion ontologique qui sous tend le genre, de parvenir à sortir d'une caverne qui l'a tendu enfermé depuis trop longtemps. Etre méticuleux, rigoureux et poétique, lui donne un souffle nouveau, et un public différent. C'est largement confirmé par la réception de Vargas, dont l'exigence n'est pas à démontrer.Un peu bridée sur le premier de la série, j'ai pris le parti d'une exigence linguistique beaucoup plus élevée et d'une solide érudition littéraire dans le tome deux et surtout le tome trois. Mon ambition et de franchir le tabou du polar vite lu vite jeté. J'avoue honteusement avoir une vie parenthétique, voir schizophrene, tant Pierucci fait partie de ma vie et tant il me permet la formulation la plus exacte possible des problématiques quotidiennes.
Je confesse encore que j'apprécie infiniment cet espace d'échange et de discussion, et remercie ceux qui en sont les initiateurs

Jean-Paul Ceccaldi

Marie-Hélène Ferrari, merci d’avoir ouvert le dialogue avec le portrait finement croqué du commissaire Pierucci qui m’apparaît familier… Le polar ? Le roman noir ? Pour moi, c’est de la terminologie d’un même genre " Le noir " avec toute la symbolique de la couleur qui ouvre de nombreux horizons. En première définition, c’est la couleur la plus obscure, la plus privée de lumière. Elle tend vers les ténèbres et on l’associe à la nuit, aux enfers, à la mélancolie, au deuil, au désespoir, mais aussi au mystère, à l’inconnu. Dans son ouvrage " Le noir " ( parue en 2006), Gérard-Georges Lemaire, historien et critique d’art, nous décrit l’extraordinaire fortune culturelle et symbolique du noir en Occident , de l’Antiquité à nos jours. Pour l’auteur , l’histoire du noir se tient toujours dans un paradoxe : d’un côté la nuit, la mort… de l’autre une certaine lumière, un luxe , une élégance… pour aboutir au « siècle du noir », le 20ème où " c’est surtout dans le domaine de l’art abstrait que le noir va jouer un rôle clef, des œuvres de Malevitch et de Rottchenko à Soulages ". Le noir, couleur néfaste ? C’est vrai dans la théologie et dans la philosophie. Dans les croyances populaires, ce n’est jamais bon signe : " jeter un regard noir, être sur la liste noir, être le mouton noir… De nos jours, depuis la banalisation de la couleur, il s’est créé une esthétique du noir et blanc dans la photographie, le cinéma, comme dans la mode vestimentaire ou la publicité. Pour Soulages le noir serait l’expression suprême de la lumière. En littérature, le noir renvoie à des genres bien particuliers : le romantisme noir en Angleterre et en Allemagne à la fin du XVIIIème siècle, puis le roman noir, qui désignent des intrigues policières ou un suspense dans un récit dramatique, pessimiste, tragique. Chez les auteurs, comme dans son histoire, le noir est plus complexe et nuancé, ce qui explique les innombrables sous-genres : flic ou voyou, espionnage, suspense , policier, hard-boiled, historique, régional … jusqu’à créer le genre " inclassable ". Pour moi, le genre noir contient tous les ingrédients de la symbolique de la couleur : le mystère, l’inconnu ( ce qui est caché ), l’occulte, la menace, la révolte ( l’anarchie), l’autorité, la puissance, la dignité, le pouvoir, l’austérité, le négatif, le néfaste, la tristesse, le désespoir, la peur… le mal, la mort et même jusqu’à l’élégance, la sobriété, le raffinement. Dans l’Egypte antique, j’aime bien aussi la symbolique positive du mot " kem " dans la langue des Pharaons. Tiré du noir, il signifie " mener à bien, s’élever à, accomplir, payer, compléter, servir à " , mais aussi " être noir ". Il signifie aussi " complet, parfait, obligation, devoir ".
Qui sont les auteurs de polars, les polardeux ? Daeninckx parle d’arpenteur du réel. Pour autant, la réalité doit-elle devenir sacro-sainte, au point de renoncer à tout lyrisme, à toute émotion ? Ce genre épris de liberté doit-il accepter des barreaux posés par les caciques du genre. En Corse, le polar est sans consigne littéraire avec, me semble-t-il, une spécificité identitaire culturelle qui, sans renier les héritages littéraires, s’affirme à travers des auteurs résolument contemporains. Certains ont décidé de former une communauté, un club ( appelons cela comme l’on veut) Era tempu !.. Ils pourront faire entendre leurs voix. Ils donnent de la Corse noire, la couleur de « l’expression suprême de la lumière » sur une réalité faite de raison et de passion, méconnue sur le continent où les préjugés dominent. En Corse, le noir est un symbole fort avec ses paradoxes, sa réalité et ses chimères. Comme partout, la littérature y a besoin du Noir pour explorer les confins de notre humanité.

Ugo Pandolfi

Bravo et merci Marie-Héléne pour ton article et tes dessins ! Le blog Corsicapolar a vocation d'être en quelque sorte le café du village où désormais auteurs et lecteurs de polars peuvent se rencontrer, échanger, partager.Merci d'inaugurer cette nouvelle rubrique.Avec Jean Paul Ceccaldi à Marseille, Jean Pierre Orsi à Coti-Chiavari, Jean Pierre Santini à Barretali et Marie Helene Ferrari à Bonifacio, le village global des amoureux du polar insulaire s'aggrandit. Ce n'est qu'un début...Et, privilége virtuel, le café de la place est ouvert en permanence. Amicizia et bienvenue à tous.

Jean-Paul Ceccaldi

Selon Camilieri, en Sicile , les temps changent: "Avant, quand il y avait un crime dans leur rue, les gens fermaient la fenêtre ; aujourd'hui, ils téléphonent à la police, même si c'est anonymement.» a-t-il dit. Il a par ailleurs écrit des poèmes et, à ce propos a déclaré: "Que celui qui n'en a pas écrit me jette la première pierre"... Le polar est ancré dans la réalité avec une bonne dose de fiction... Cela semble être aussi le cas de la Corse où raison et passion font bon ménage. J'aime bien la référence implicite à Socrate... Amitiés.

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