LES PLATS QUI TUENT

Recettes mortelles: des auteurs méditerranéens livrent les secrets de leurs plats préférés au profit d'une action pour l'accessibilité.

Un nouveau projet d'action en faveur de l'accessibilité

Imaginé par Elisabeth Milleliri, Elena Piacentini, Michel Jacquet, Eric Patris et Ugo Pandolfi lors  des rencontres du 3 eme festival du polar corse et méditerranéen en juillet 2009, Les plats qui tuent est un ouvrage rassemblant des recettes de cuisine sélectionnées par des auteurs de romans (noirs ou blancs) du bassin méditerranéen.

Ce blog initié et administré  par www.corsicapolar.eu est pour l'instant public mais non référencé. Il est destiné à la préfiguration et à la mise en œuvre de ce travail à long terme. Les auteurs  de littérature noire ou blanche intéressés par ce projet peuvent d'ores et déjà faire parvenir leurs recettes par un simple courriel à cette adresse

32762010d5accdc6@typepad.com

en indiquant impérativement dans l'objet du message  le titre de la recette suivi de "par + prénom  + nom" ( exemple: Le ventre à la menthe par Jean-Paul Ceccaldi).

Les auteurs peuvent écrire dans la langue de leur choix.

La forme et le style du texte fournissant les recettes sont libres.

Les auteurs s'engagent à ne pas plagier des recettes existantes et à toujours mentionner leurs sources éventuelles.

Les droits d'auteurs de cet ouvrage appartiendront exclusivement à une association œuvrant pour l'accessibilité.

Onze catégories de recettes seront indéxées:

Préliminaires (apéro-hors d'oeuvres, amuses bouches, khemia, anti pasti)

Soupes

Pizzas, pains et fougasses

Pâtes, riz, polenta

Œufs et fromages

Légumes

Viandes, volailles et gibiers

Poissons et fruits de la mer

Douceurs (pâtisseries, desserts, boissons)

Fruits et confitures

Sans gluten, c'est possible aussi

Un "cadavre exquis" inédit est offert en fin d'ouvrage en guise de "pousse au crime"

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L'onguent de chat par Michel Moretti

Y a des plats qui tuent plus ou moins vite, d'autres guérissent... plus ou moins.
Contre la goutte froide, on peut se préparer de l'onguent de chat efficace en l'espace d'un jour dit l'auteur Constantin l'Africain d'accord avec Gilbert l'Anglais.
"On le fait ainsi : prendre un chat gras écorché, retirer les os, le broyer fortement, le placer dans le ventre d'une oie grasse, ajouter une demi-livre de graisse salée, une once de poivre, sénecé,euphorbe, suc de scammonée, pyrèthre, rue absinthe, ail, graisse d'ours, deux onces de cire, faire rôtir, réserver ce qui est distillé, appliquer."
"On peut aussi farcir un chaton de quelques jours d'herbes et de graisse de chat..."

Au XIIIème siècle on aimait se référer à la tradition et aux valeurs sûres.


in Une histoire du chat: de l'Antiquité à nos jours de Laurence Bobis (Points Seuil)
 

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Le Mojito du Flashman par Peter Amfav

Si vous allez à Mont-Coke, et  que par désœuvrement, vos pas vous conduisent dans la vieille ville, vous trouverez peut-être l’impasse du 4 septembre, un trou entre deux façades d’immeubles bourgeois, une venelle qui court sur quelques mètres à peine, dans l’ombre des bâtiments et aboutit devant la porte vitrée d’un petit hangar insalubre. La glace est sale de millions de doigts graisseux, et derrière, le rideau de perles multicolores en plastique a pâli. Une enseigne lumineuse qui ne s’allume plus, avec des lettres gothiques et prétentieuses qui n’ont jamais été dépoussiérées, annonce The Flashman. Une poubelle jaune vif portant le même nom est placée à côté de la porte vitrée, histoire de confirmer l’information.

John sévit ici toute la journée, et donc l’heure d’arrivée n’est pas innocente. Personnellement, je vous conseille de venir avant 18h30, quand le gars est encore capable de contrôler ses actions. Après, Mister John sera bien là, mais seules ses mains agiront. Il sera incapable de comprendre votre commande, et tout aussi incapable de l’honorer parfaitement. Par contre, même ivre mort, John sait toujours se faire payer.  

Donc arrivez avant 18h00, et tout se passera bien. Au Flashman, on boit à l’anglaise, c’est-à-dire que les greluches et les connards ne se mélangent jamais, ils ont chacun leur espace, le comptoir pour les mecs, les banquettes dévastées pour les meufs. Choisissez votre camp, et commandez un Mojito.

Le Mojito du Flashman n’a rien à voir avec ces pisse-vinaigres dans lesquels on a laissé tremper du tilleul et autres débris végétaux divers. Les ingrédients sont essentiels, et ils doivent être choisis avec rigueur, comme on dit chez les SM : les citrons verts, à la peau grumeleuse et brillante, la cassonade de Provence, dans son emballage étanche, l’eau de Seltz, à ne pas confondre avec un misérable sous-produit limonadier, la menthe. La menthe fraîche est achetée chaque jour, et placée dans le frigo, au casier légume, dans un film plastique. On la sort deux heures avant le service du soir, et on détache chaque feuille une à une. On jette les tiges. Chaque feuille doit être épanouie, verte et duveteuse. Aucune tache, aucune flétrissure. Des objets de respect et de perfection.

A Cuba, on dit que le vieil Hemingway s’est fait sauter le caisson, parce qu’on lui avait servi un Mojito avec de la vieille menthe hachée sauvagement. Déconnez pas avec la menthe. 

Les feuilles de menthe chéries sont placées dans un grand verre ballon, placées et non pas serrées. Elles sont là pour respirer, en attendant qu’on les utilise. Les feuilles de menthe se prélassent dans un grand verre ballon dans lequel vous piocherez au cours de la soirée.

Bon, maintenant laissez agir Mister John.

Un, dans un verre suffisamment grand pour contenir votre grande gueule, John jette plusieurs couches de feuilles de menthe, jusqu’à la moitié de la hauteur du verre environ. Il saupoudre le tout de cassonade, deux à trois cuillères à soupe. Il presse au-dessus deux petits citrons verts, aussi acides que l’âme de la dernière femme de votre vie. A l’aide d’un pilon en bois, John malaxe et triture et mélange tout cela.

Il laisse agir une vingtaine de secondes, le temps de sortir un kilo de glaçons. Il doit y avoir des glaçons jusqu’à l’embouchure de votre verre. Quand tout est rempli, une dose de Rhum, du bon, du dynamité, jusqu’à la moitié du verre, l’autre moitié est composée d’eau de Seltz. Un jet dru et positif. Dynamique. Vous mettez la dernière touche à l’ambroisie des Dieux.

Vous remuez le tout pour créer un mélange plus ou moins homogène. Vous buvez.

Hasta la Vittoria, Siempre, Commandante….

 

Petits conseils

1)     Ne jamais aller dans un bar où l’on prononce Mojito en insistant sur le ji, comme dans Jumanji ou gingivite.

2)     Inversement, ne jamais aller dans un bar où l’on postillonne, comme si on avait la jota coincée dans la gorge.

3)     Demander à voir les feuilles de menthe se prélassant dans un grand verre ballon.

4)     Ne sucez pas les glaçons.

5)   Enfin à la demande générale, la recette du Mojito emergency. Des potes débarquent chez vous à l’improviste, ils veulent manger des pâtes à la carbonara, mais vous n’avez plus de lardons et ça fait deux ans que la boîte d’œufs se désespère dans votre grand frigo désert. Jetez-vous donc dans le Mojito d’urgence. Ingrédients : paic citron, alcool ménager et ficus benjamina : forcez sur l’alcool ménager et servez glacé.

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La bastella inarhittate, façon Francine par Jean-Paul Ceccaldi

Corpu tichju, anima consula ! Ventre repu, âme béate !

Inspirée du pain des morts, la Bastella  est une sorte de chausson, généralement carré, de 12 à 15 cm de côté, contenant certains légumes cuits. En corse il y a  les bastelle aux blettes «inarhittate», aux oignons « incivulate », à la courge « inzucatte ».

L'origine du  "pain des morts" (bastella di i morti) est racontée dans la légende suivante: Un soir du 2 novembre, un homme, passant à cheval près de la sépulture commune (l'arca) (1) d'un village, entendit les voix des défunts de sa famille. Ils se plaignaient de n'avoir eu que très peu comme repas: une corbeille de châtaignes, une gourde de vin, un croûton de pain noir... Arrivé à destination, le cavalier jura que chaque année, à cette date, il ne manquerait pas de donner aux pauvres et à chaque famille du village une belle fougace (scaccia). Ainsi, morts et vivants seraient  rassasiés. (extrait de "L'almanach de la mémoire et des coutumes" de Claire TIEVANT et Lucie DESIDERI, Albin Michel, 1986)

Peut-être avez-vous déjà goûté les bastelle aux blettes du marché d’Ajaccio ou bien dans un de ces villages des cantons des Deux Sorru et des Deux Sevi où les habitants en connaissent la recette, tout particulièrement à Vico, Evisa et Piana. C’est de la pâte à pain  fourrée  de feuilles de blettes et de brocciu.  

La bastella à la blette façon Francine est celle de ma mère, avec son petit  secret : les olives noires. On peut faire les bastelle individuelles mais aussi une grande bastella ronde.

Tout d’abord Francine fait  sa pâte à pain avec des gestes dont elle a le secret et ensuite elle glisse sa touche personnelle  dans la recette l’huile d’olive et les olives noires dénoyautées.

C’est une recette qui se mérite comme le pain.  Manger du pain est une récompense car il est le résultat d’un long travail. Comme la Corse, il a même sa préhistoire. Des restes fossilisés de blé sauvage ont été découverts sur un site de GALILÉE (Israël) vers 19000 avant J.-C.. Sa collecte débute vers 12500 av J.-C.  Facile à conserver, le blé a alors été récolté à l'aide de silex taillés puis broyé pour obtenir de la farine et fabriquer du pain. Vers 10000 avant J.-C. apparaissent des formes de blé cultivées et sélectionnées avec des grains plus grossiers. 6000 avant J-C le blé est importé dans la vallée du Nil en Égypte, puis vers 5000 avant J-C, la culture du blé se répand en Europe. Le pain serait apparu vers 7000 ans avant J.C.

 

            « Le bled ( blé) pour le pain blanc sera grossièrement moulu. Puisqu'il s'agit ici plus de délicatesse que d'espargne, le meunier fera ainsi, de ne briser beaucoup le bled, à ce que facilement par se dépouiller, se séparant de la farine. En cet endroit, il se seroit à propos de parler des moulins à moudre les bleds... » Ceci avait déjà expliqué en son temps  Olivier de Serres  dans son ouvrage « Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs »

            « Chi vo aghjite tanto granu

              Quantu petre in San’Ampianu… »

 

« Puissiez-vous avoir autant de blé qu’il y a de pierres à San’Appianu… » Pour vraiment mériter son pain, il vous faudrait partir du germe de blé et des semis. Chaque épi porte au moins 45, parfois 50 et même jusqu'à 60 grains. Sa taille est d'environ 6 mm.

Calculez combien de grains il vous faudrait récolter pour avoir 500 grammes de farine tendre ( ou froment), avant de monter à l’assaut des moulins à blé qui  « ne sont pas des géants mais des moulins à vent, et ce qui vous paraît être leurs bras, ce sont leurs ailes qui tournent par le vent, qui à leur tour font tourner la meule du moulin », comme Sancho Pansa essayait de le faire comprendre à Don Quichotte.

Le travail du meunier consiste, tout en conservant le germe, à détacher l'amande farineuse du son en broyant le grain. C'est ainsi que l'on obtient la farine. Après avoir nettoyé les grains et procédé à leur  légère humidification  pour faciliter la séparation du son, une série d'opérations successives vont progressivement transformer ce grain en farine: Le broyage, le sassage, le claquage et le convertissage.

Pour 100 kg de blé, la quantité moyenne de farine que l'on cherche le plus souvent à obtenir est de 75 kg. Il y a 2 % de perte et les 23 kg restants forment les "issues" (produits de la mouture du blé autre que la farine). Le taux d'extraction, c'est-à-dire la quantité de farine produite est de 75 %. Mais le travail sur les grains écrasés peut-être continué en vue d'obtenir un taux d'extraction de 92 à 96 %.

Les semoules sont ensuite classées et  envoyées, catégorie par catégorie, dans une nouvelle série d'appareils à cylindre dont les rouleaux  sont lisses et permettent d'obtenir des particules de plus en plus fines.

Les noces de froment symbolisent les trois ans de mariage dans le folklore français. On ne va pas attendre trois ans pour que vous ayez appris à cultiver le blé en quantité suffisante pour avoir vos 500 grammes.

Laissez tomber pour le moment l’idée de cultiver du blé dans votre salle de bain ou sur votre terrasse. Et préparez la farce.

La blette, ou bette ou encore poirée, est une plante herbacée annuelle de la famille des Chénopodiacées, cultivée comme plante potagère pour ses feuilles ou pour ses côtes (ou cardes), consommées comme légume. Si on vous parle d’une poire blette, ce n’est pas le résultat d’une greffe entre le fruit et la blette mais dans ce cas il s’agit de l’adjectif « blet, féminin blette » signifiant que la poire est très mure, non pourrie, avec généralement une perte de saveur et de consistance; certains fruits, comme le kaki 'Muscat', ne se consomment que blets. C’est pareil pour les légumes qui peuvent être blets sans croisés avec la blette.

Prenez deux bottes de blette, enlever les morceaux abîmés mais garder des morceaux de côtes ( ou cardes = parties blanches), laver bien les feuilles comme pour la salade, mettez les à cuire dans l’eau et sous couvert pendant quelques minutes. Egoutter bien pour que les feuilles devenues molles  gardent le moins d’eau possible.

Le brocciu  un fromage à base de lait de brebis ou de lait de chèvre à pâte fraîche, d'un poids variant de 250 g à 3 kg. Le brocciu est fabriqué à partir de petit lait (lactosérum) auquel on ajoute du lait entier dans une proportion variant de 25 à 35 % et du sel. Le petit-lait est recueilli lors de la fabrication du fromage qui est issu de lait caillé avec de la présure. Après ajout de lait entier aux proportions ci-dessus et de sel, il est chauffé. Le produit en résultant est récupéré avec une écumoire puis est versé dans des paniers en osier ou des faisselles en plastique…

On ne va pas vous proposer aussi d’élever des chèvres et des brebis, de les traire et de fabriquer  le brocciu. Acheter votre brocciu frais AOC Corse de 250 grammes (ou bien utiliser de la brousse de vache si vous le souhaitez mais le brocciu est meilleur) et votre paquet de farine Francine.

            Allons donc directement au paquet de farine acheté et aux ingrédients de la première étape : le pain.

  • 500 g de Farine pour pain maison Francine
  • 300 g d'eau
  • 1 culière .à café et demi de sel
  • En machine à pain : 1 sachet de Levure Boulangère Spéciale pains Francine
  • A la main : 2 sachets de Levure Boulangère Spéciale pains Francine

J’insiste sur le choix de la farine et de la levure Francine en hommage à la propriétaire de la recette que je vous livre.

Si vous disposez d’une  machine à pain :

Je verse les ingrédients dans l'ordre suivant : l'eau froide, le sel, 500g de farine spéciale pain Francine et 1 sachet de levure boulangère Francine et je programme sur pain blanc.

Mettons la main à la pâte :

Dans un saladier, je mélange la farine Francine et le sel. Je fais un puits et y ajoute la levure et l'eau tiède. Je pétris avec une cuillère en bois ou au robot afin d'obtenir une pâte souple. Je recouvre et laisse reposer 30 min. au chaud.

Le pétrissage à la main :

- Le frasage : il faut bien mélanger la farine, l'eau, le sel et l'agent de fermentation (levain ou levure) pendant environ 5 mn.

- découper des morceaux de pâte par étranglement et les projeter sur la table pendant 5 mn puis laisser un repos de 5 mn.

- L’étirage et le soufflage : prendre la pâte ou un morceau selon la quantité désirée , l’étirer verticalement et la replier sur elle-même afin d’emprisonner un maximum d’air- faire se mouvement pendant 5 mn puis laisser au repos 5 mn.

Actuellement, le ferment vivant le plus utilisé en boulangerie est la levure de fabrication industrielle (conservée à 4°C) qui doit être délayée dans l'eau tiède avant d'être incorporée à la pâte en début de pétrissage à la dose moyenne de 2% du poids de la farine.

Les levures sont des champignons ascomycètes. L'espèce la plus utilisée en industrie agro-alimentaire est Saccharomyces cerevisiae (étymologiquement : champignon à sucre de cervoise, la bière des Gaulois), utilisée notamment en panification d'ou son nom courant de "levure du boulanger". En présence d'oxygène, Saccharomyces cerevisiae produit son énergie par respiration (sucre + oxygène ---> eau + gaz carbonique). En absence d'oxygène, elle la produit par fermentation alcoolique (sucre ---> alcool éthylique + gaz carbonique).

Durant la levée, la levure se multiplie abondamment par bourgeonnement en consommant les sucres contenus dans la pâte à pain. L'aération donc l'apport en dioxygène étant insuffisant, elle produit son énergie par fermentation donc avec dégagement de CO2. Le gaz carbonique produit est mis à contribution : il dilate la pâte en créant de multiples alvéoles et lui donne ses propriétés moelleuses. S'il était à l'air libre, il s'échapperait, mais il est prisonnier du gluten qui rend la pâte bien élastique et sert à le retenir. C'est pour cela que la quantité de gluten, produit spécifique de la farine de blé, est déterminante pour son aptitude à la panification

 

Sur un plan de travail fariné, je pétris la pâte à la main, puis je la façonne pour obtenir une belle boule.

 

Pour le pétrissage, je coupe ma boule de pâte en deux morceaux dont un légèrement plus petit que l’autre car il va être aplati comme une pâte à pizza et placé dans le fond de plat à tarte en remontant sur les bords. L’autre morceau sera la couverture sur laquelle le fond de pâte viendra se coller pour fermer la bastella.

 

L'élasticité est due à la structure en réseau des protéines spécifiques de la farine de blé qui, au cours du pétrissage, donnent des ponts disulfures S-S intermoléculaires.

 

Je dépose le pâton sur une plaque de cuisson huilée ( ou farinée)  et recouvre d'un saladier. Je laisse lever au chaud 40 min maximum (température de la maison chauffée)

 

Je préchauffe le four à 240°C (Th.8) pendant 10 mn.. Alcool et gaz carbonique sont évaporés par la cuisson.

 

Pendant que le four préchauffe et que la pâte lève, je prépare la farce :

-         Feuilles de blette cuites et égouttées, coupées en morceaux

-         Un brocciu coupé en morceaux

-         Des olives noires dénoyautées et coupées en deux (une quinzaine)

-         2 cuillères d’huile d’olive

-         Sel et poivre ( à votre convenance mais pas trop car u tropu stroppia, le trop estropie)

 

Je mélange tous les ingrédients avec l’huile d’olive dans un plat creux  de façon à bien répartir les morceaux. Je touille sans an faire une bouillie.

 

            Je reviens à ma pâte à pain. J’aplatis les deux morceaux pour en faire de feuille en forme de pâte à pizza. Je mets le plus grand sur la plaque du four huilée ou farinée ;  j’ajoute la farce dessus et je recouvre avec l’autre morceau de pâte. Je fais revenir le bord de la pâte du dessous sur celui de celle du dessus en le collant avec un peu d’eau. Je badigeonne légèrement le dessus de la bastella avec de l’huile d’olive.

 

Je fais cuire à mi-hauteur du four avec un ramequin d'eau pendant 35  minutes environ  jusqu'à ce que la croûte soit bien dorée. Je vérifie en soulevant délicatement la bastella que la pâte du dessous est bien cuite.( Je couvre le dessus avec un papier alu et je laisse cuire encore une dizaine de minutes par le dessous si le dessous de la bastella n’est pas assez cuit).

 

La bastella cuite, je fais des parts triangulaires  comme pour les tartes. On peut aussi faire des bastelle individuelles mais c’est plus long (en coupant la pâte aplatie en carrés de tailles à votre convenance mais généralement de 12 à 15 cm de côté. Ensuite, on ferme chaque bastelle individuelle par pliage).

 

Bastella expresse : avec deux pâtes à pizza achetées et de la blette surgelée si vous en trouvez.

 

Dans le cas où il vous avez préparé la bastella à l’avance, la mettre au réfrigérateur et passer au four  préchauffé à 220° une dizaine de minutes avant dégustation.

            Il existe une variante sans légume appelée Cocciula, pâte pétrie du fromage frais et garnie de brocciu à l’intérieur de la feuille (de pâte) repliée à la manière d’une enveloppe.

***

            Vi salutu cu u fiascu è cu l’imbutu !  Je vous salue avec le tonnelet de vin et l’entonnoir !

 

            « Chi vo aghjite tantu vinu

               Quantu cotule in San Gavinu… »

 

            Que vous ayez autant de vin qu’il y a de galets à San Gavinu… Pour le vin accompagnant la bastella di biétula, je vous propose un rosé frais Fiumicicole pour ceux qui «  un stupanu micca sempre ind’u bicchejere » ( ne crachent pas toujours dans le verre). Le Domaine Fiumicicoli est situé près du Spin'a Cavalu, pont génois du XIIIème siècle, en bordure de la route qui rallie les célèbres aiguilles de Bavella en passant par l'Alta Rocca, route de Lévie, en dessous de Sartène.

 

            « Chi vo aghite tanti scudi

               Quantu sassi ci hé in Muteri… »

 

            Que vous ayez autant d’écus qu’il y a de rochers à Muteri… Toutefois la bastella ne vous reviendra pas cher et peut être partagée entre huit personnes pour  une entrée de repas, ou douze pour être offerte en spuntinu ( apéritif dinatoire) avec d’autres amuse-gueule.

 

Menu éventuel d’automne

 

-         Bastella à la blette

-         Figadellu grillé sur canapé

-         Fromage de chèvre avec de la confiture d’olive

-         Salade de fruits  de saison : Poire, pomme, kiwi, raisin blanc et noir ( jus de citron, sucre vanillé et épices à pain d’épices ). Vous pouvez y ajouter des arbouses.

-         Vin : rosé Fiumicicole

 

 

 

Note : San’Appianu, San Gavinu et Muteri sont des hameaux corses de l’Alisgiani, région du célèbre  Grossu Minutu. Les quelques vers reproduits y sont chantés le 31 décembre dans un rituel par des jeunes gens qui vont de maison en maison pour qu’on leur donne « a pace » symbolisé par l’omoplate du cochon qu’on vient de tuer. Dans le Niolu, les bergers lisaient l’avenir dans l’omoplate de l’agneau appelé aussi « a pace ». Pour cela ils présentaient la face de l’omoplate au soleil et interprétaient les bosses et les creux. Ces indications sont données par Roccu Multedo auteurs d’ouvrages sur le folklore magique de la Corse et le mazzerisme.

 

 

 

 

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Le couscous aux amandes par Petr’Anto Scolca

Avant toute chose,  choisissez bien la cuisinière. Il faut qu’elle soit imposante, sans prétendre pour autant à la géanterie : de proportions amples et altières, elle doit cependant culminer, babouches comprises, à deux centimètres maximum au-dessus de votre crâne.

La peau doit être blanche, tirant sur la farine, ferme et cependant moelleuse, les volumes se mouvoir avec harmonie selon une logique des sphères terrestres. Les cheveux seront noirs, longs, et portés en chignon, bien haut pour dévoiler une nuque grasse et arrondie, soulignée de poils follets.

Bien, la semoule vient d’Algérie et sera malaxée à même la table de formica dès le matin, en cercles concentriques réguliers. Elle sera humidifiée et pétrie de beurre rance, à raison d’un bon morceau par kilo de semoule. On la laissera reposer, avant de recommencer l’opération une ou deux fois dans la matinée.

NB : Il s’agit toutefois de libérer la table pour onze heures, parce que sinon, où est-ce que vous poserez votre verre de café du matin ?

Les légumes sont bouillis à la vapeur, avec les graines de pois-chiche que l’on aura laissé tremper toute la nuit dans une timbale d’eau froide. Les viandes sont cuites dans le jus des légumes, avec de fines herbes et des épices diverses et variées (évitez toutefois le clou de girofle ou la banane séchée, assez décevants). Pour les merguez, princesses du plat, un sort aristocratique leur est réservé, et elles seront grillées à part, sur une pierrade de préférence.

Bon, une fois que tout est terminé, la cuisinière vous sert dans la salle à manger, c’est plus classe et vous pouvez allumer la télé sur un programme intellectuel comme le juste prix. Le couscous ne supporte pas en effet une discussion esthétique de haut niveau : c’est un plat particulièrement salissant, si l’on ne surveille pas les ingrédients dans l’assiette. Plusieurs auteurs incriminent le vin de Boulaouane comme responsable de ces inconvénients textiles, mais pour ma part, je n’en crois rien. D’ailleurs, je me méfie de tous ces prétendus cuisiniers qui veulent écrire des livres.

Une fois la semoule déposée, un cratère au milieu rempli de jus de viande, on dispose les légumes avant d’arroser abondamment le tout avec le bouillon des légumes et les pois-chiches. Sur ce territoire dévasté par de succulentes inondations, vous jetterez généreusement l’aide humanitaire symbolisée ici par les diverses viandes, dont un mouton bien gras, un pilon de poulet safrané et autres morceaux parfumés et fondants. La merguez se met directement à la bouche, comme si vous fumiez un Monte-Cristo, histoire de donner de la chaleur à vos paroles.

En effet, après avoir touillé longuement la merguez dans l’harissa, vous mordez dans la chair grillée et odorante ; tandis que votre visage devient rouge vif et que vous luttez pour ne pas pleurer, saisissez fermement le poignet dodu et droit de la cuisinière.

« Où sont les amandes ? »  Demandez-vous alors d’un ton serein autant qu’impérieux. Cette partie est essentielle, et il convient de trouver tout de suite le juste ton. On a déjà vu des recettes rater lors de ce moment fatidique. Pour les débutants, je conseille une séance d’entraînement devant leur miroir de salle de bains, et non pas devant celui de leur hall d’entrée d’immeuble. Le couscous              aux amandes est une recette exigeante.

Donc, la question posée trois ou quatre foi (essayez une progression sonore, c’est parfois un argument supplémentaire), et vous n’avez aucune réponse. Sinon un vague trémolo, un mouvement d’essuie-glace des mains (Tenez toujours le poignet droit, hein !), enfin, bref rien de bien sérieux.

Alors là, animé d’un juste courroux, mais tout en restant maître de vous-même, une sorte de gentleman furieux si vous voulez, vous saisissez la badine[1] que vous aviez astucieusement laissée à côté de votre assiette, vous courbez l’impudente sur la table, popotin vers le haut, et vous la corrigez.

Servez brûlant.



[1] L’école de Constantinople, qui est plus formaliste, propose pour sa part de s’en tenir à l’accessoire ad hoc par excellence, le plat de la main. Du point de vue sensation, c’est évidemment bien plus écologique, et l’on prend davantage conscience des éléments naturels. L’on perd cependant en raffinement intellectuel, alors que c’est l’élément primordial de la recette, et je conseille cette méthode aux débutants et aux sanguins.

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La confiture d’olives par Jean-Paul Ceccaldi

J’avais revêtu ma tenue de brousse pour surveiller les oliveraies des oléiculteurs dont les oliviers avaient déjà fait l’année précédente l’objet d’attaques par la mouche olive qui pond ses œufs dans la pulpe du fruit ainsi gâté. La plus grande partie de la récolte avait été  perdue et  la  production d’huile d’olive s’en était trouvée affectée.

 

Il faut dire que l’huile d’olive de Sainte Lucie de Tallano était particulièrement connue pour sa pureté et, deux ans plus tôt,  avait gagné l’olive d’or, prix distinguant la meilleure huile européenne, ce qui avait dû créer des jalousies dans tout le bassin méditerranéen chez tous ceux qui prétendaient détenir l’excellence. Certains avaient même fait courir le bruit que l’huile d’olive de Sainte Lucie de Tallano était bonifiée par leur propre huile pour baisser le taux d’acidité.

 

J’avais été dépêché par les huiles du ministère de l’Intérieur actionnées par celles de l’Agriculture qui avaient été informées d’une attaque imminente de la mouche olive. L’alerte avait été donnée après l’arrivée d’un Crétois, d’un Italien et d’un Espagnol dans le village, suspects possibles.

 

En me désignant pour cette mission, mon chef de service me glissa une olive en m’éloignant de la capitale où je venais d’arrêter un de ses amis politiques noyauté par des cols blancs. Je devais passer quelques jours à Sainte Lucie de Tallano sans devoir y prendre racine comme ces oliviers si profondément enfoncés dans la terre corse. Seul  l’adjudant de gendarmerie Olivier Olivieri connaissait mes fonctions et l’objet de ma mission. Il faut dire que  l’olivaison et  la « festa di l’oliu novu » n’étaient pas loin.

  

Ce jour-là, je pistai le Crétois qui se promenait à travers les oliviers et qui avait disparu de mon champ de vision sans que je ne pusse retrouver sa trace. Je n’avais pas pris le temps de passer par les WC et je me trouvais obligé de changer l’eau de mes olives contre le  tronc d’un olivier sculpté par l'âge sous sa toison de feuilles argentées… Mon esprit s’évada alors dans l'Odyssée d'Homère où le pieu avec lequel Ulysse crève l'œil du cyclope Polyphème est taillé dans un olivier, symbole de sagesse et de force, puis vers le lit conjugal de Pénélope, symbole de patience et de fidélité… Mal m’en prit ! Des détonations rompirent le silence jusque là uniquement troublé par le ruissellement de mon urine sur l’écorce. Des olives me sifflèrent aux oreilles au moment où je compris que l’on me tirait dessus…

 

Je ne sais toujours pas pourquoi mais la première pensée qui me vint à l’esprit fut des vers de Joachim Du Bellay…

Quand la fureur, qui bat les grands coupeaux,
Hors de mon cœur l'Olive arrachera,
Avec le chien le loup se couchera…

Je me couchai sur la terre brune, sans prendre le temps de fermer mon magasin, le nez au raz du sol face à une olive chue sur laquelle une mouche me regarda comme si j’étais un puceron.

 

C’est la voix de l’adjudant Olivieri qui me sortit d’affaire avant qu’un tir sur moi ne fît mouche.

-         Anto ! Arrête de tirer ! C’est l’adjudant-chef Leloup de la gendarmerie nationale !

-         Adjudant-chef ou pas, il pisse sur l’écorce de mon olivier. C’est comme s’il me pissait dessus.

-         Arrête-toi Anto ! Il n’est pas d’ici et Olivier, c’est moi. Tu vas ranger ton flingue ou bien je vais être obligé de te loger une olive entre les deux yeux.

-         Vi salutu cu u fisacu è cu l’imbutu ! A dopu ! lança le prénommé Anto avant de disparaître.

L’adjudant Olivieri vint m’aider à me relever…

-         Rien de cassé ? me demanda-t-il, un peu inquiet.

-         Non rien ! Il va falloir arrêter ce fou furieux…

-         Si ça se trouve, il a simplement tiré en l’air.

-         Vous me prenez pour un con ?

-         Je suis confit en excuses…

 

L’adjudant Olivieri n’eut pas le temps de poursuivre sa phrase car nous entendîmes un appel de détresse qui venait de derrière un taillis. Nous nous approchâmes de l’endroit où mon Crétois était allongé visiblement blessé par une des balles qui ne m’avaient pas atteint. Il nous regarda avec l’angoisse visible sur son visage creusé par la douleur. A côté de lui, je remarquai une boîte  que je ramassai…

-         Ne l’ouvrez pas ! me dit l’homme qui parlait notre langue.

J’approchai la boîte de mon oreille en la secouant. J’entendis comme un bourdonnement…

-         Qu’y a-t-il à l’intérieur ?

-         Des mouches, me répondit-il.

 

C’est ainsi que l’affaire de la mouche olive fut résolue. En haut lieu, on décida qu’il ne fallait pas faire de vague sur l’huile d’olive. Le coupable crétois se remit de sa blessure et fut expulsé sans demander son reste. Il expliqua qu’il n’avait pas supporté que son huile d’olive ne remportât pas l’olive d’or et que, lorsqu’un crétin de ses collègues oléiculteurs crétois lui avait affirmé que celle de Ste Lucie de Tallano était coupée avec la sienne, il avait décidé de ruiner tous les oléiculteurs corses et leur AOC.

 

A Sainte Lucie de Tallano, cette année-là,  je fus l’invité d’honneur de la festa di l'oliu novu et je reçus mon poids en olives. De retour à Paris avec mes 90 kilogrammes d’olive, je ne savais pas quoi en faire et c’est mon amie Oliva qui me donna la solution : la confiture d’olive.

 

500g olives, 1 citron (le zeste + le jus du 1/2 citron),  1 c à café de fenouils écrasés, 250ml eau + vin blanc (1/3 eau + 2/3 de vin blanc) 250g de sucre, 1c à soupe de pastis.

Blanchir 3 fois les olives dénoyautées, les hacher, ajouter le jus et zeste de citron, le fenouil, le pastis, le sucre, faire cuire 30 à 40 minutes.

 

Oliva, qui pour un pot paye de sa personne,   a précisé que cette confiture devait se manger très fraîche avec du fromage très relevé. Moi je vous conseille un bon fromage de chèvre corse.

 

En ce qui concerne les noyaux des olives, ils peuvent avoir plusieurs utilisations :

-           La piscine municipale de Cazorla est la première d'Espagne à être chauffée à l'aide de noyaux d'olives.

-           Si vous avez des reflux gastriques et une hernie hiatale, utilisez un  vieux remède africain : prendre 2 ou 3 noyaux d'olives, enlever les pointes qui risquent de blesser l'estomac, ....et les avaler.

-           Fabriquer de la poudre de noyaux d’olive qui est un exfoliant végétal se révélant très efficace pour nettoyer la peau en profondeur tout en la lissant.

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Les pieds et paquets à la marseillaise par Michel Jacquet

La journée avait été difficile, très difficile. Notre meilleur indic s’était fait allumer, la bande à Hugo continuait à écumer la région, le Paulo était introuvable, le Pierrot nous donnait toujours du fil à retordre et, cerise sur le gâteau, le Doumé, que nous avions pris en filature, nous avait glissé entre les doigts. Le chef n’avait pas aimé du tout, il était entré dans une colère si noire que les murs de l’Evêché en tremblent encore.  

- J’en ai vu des cons dans ma vie, des incapables aussi, des bons à rien certainement mais des trous du cul de votre espèce c’est inimaginable. Ce service pue. Je vais mettre un coup de karcher à toute cette merde. 

Il ne faisait pas semblant l’ancien, il était vert de rage. Les têtes allaient certainement commencer à tomber. Je savais que la mienne ne resterait pas longtemps sur mes épaules. J’avais grandement participé au « succès » de l’équipe. Depuis le coup des corses, je n’étais plus en odeur de sainteté dans la grande maison et il fallait absolument que je sauve mes couilles, si je ne voulais pas me les faire bouffer. Et c’est là que me vint une idée de génie.

Comme tous les hommes, le chef avait une faiblesse, et de taille : la table ! Et surtout les pieds et paquets à la marseillaise !  Il adorait ça. Aussitôt, je pris mon téléphone pour appeler ma belle mère.

- Huguette, il me faut absolument des pieds et paquets pour demain. Ca urge !

- Mais mon petit Michel, je ne suis pas sur Marseille en ce moment alors je vais faire une chose, je vais te donner « ma » recette et tu te débouilles.

Décidément, rien n’allait comme je voulais et j’étais plutôt contrarié de son absence. Faut dire que les pieds et paquets n’étaient pas une mince affaire, mais elle m’avait très vite rassuré.

- C’est très simple à faire, c’est un plat long à préparer mais qui ne demande pas à être un chef de cuisine non plus. Il ne faut pas le compliquer en y rajoutant des ingrédients qui me semblent inutiles. Je ne mets jamais de lardon. Il y en a qui le font, moi pas, je trouve que ça les rend acides.

Je n’avais pas le choix.

- Allez, note pitchoun !

 Il te faudra pour 4 personnes :

- 3 tripes de mouton,
- 4 pieds de mouton,

- de la fraise de veau
- 3 gousses d’ail,
- 2 oignons,
- une belle botte de persil,

- sel, poivre,

- de la noix de muscade,
- 1 boite de tomates au jus,
- une bouteille de vin blanc,
- et un verre de cognac.

            Tout d’abord tu laves tes tripes de mouton puis tu les coupes en carrés de 6cm de coté en faisant une petite incision à l’un des coins. Plus les paquets sont petits plus ils sont gouteux. Mais c’est plus long. L’idéal c’est six par personnes. Tu n’oublies pas de laver la fraise aussi.

Une fois tous ces petits carrés disposés devant toi tu prépares un mélange ail persil que tu passes au mixeur. Il faut que ce soit haché très fin. Tu sales et tu poivres.

Après tu enfermes bien le tout en refermant les petits carrés et en faisant passer la moitié par la petite incision.  

Tu t’occupes ensuite des pieds de moutons, et il ne faut pas oublier de les blanchir.

La préparation est terminée. Il faut passer à la cuisson. Et là il te faut une marmite en terre cuite. C’est le secret des pieds et paquets.

Tu mets un fond d’huile d’olive, tes oignons coupés fins que tu auras fait revenir,

            Au fond de cette marmite tu disposes les paquets d’abord. Et là tu mets de la fraisette. C’est comme ça que ma grand-mère l’appelait, en fait la fraisette c’est de la fraise de veau, une membrane qui entoure l'intestin grêle du veau, que tu auras coupé en carrés de deux centimètres. Ensuite tu mets les pieds. Puis, tu vides ta bouteille de vin blanc. Et n’oublie pas le verre de cognac et la noix de muscade que tu râpes. A partir de ce moment là tu laisses faire. Tu couvres, tu mets à cuire à feu très très doux, de préférence sur une plaque électrique pendant 10 à 12 heures.

            Avant de passer à table tu fais encore une fois réchauffer à feu doux, tu sais que les pieds et paquets plus c’est réchauffé meilleur c’est ; et tu sers avec des pommes de terre bouillies.

Allez zou, bon appétit mon petit et régale-toi bien ! 

            C’est vrai que ça n’a pas été si compliqué à faire, un peu long à préparer certes, mais le résultat est exceptionnel. Sur le coup j’ai été fier de moi. C’est comme ça que je me suis mis à la cuisine et aux pieds et paquets. Et c’est comme surtout ça que j’ai continué à bosser à la Crim. Ca ne tient vraiment pas à grand-chose une carrière de flic, juste à quelques conseils culinaires de sa belle mère.  

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Le lapin en civet de mon arrière grand-mère Marie Miquelis par Ugo Pandolfi

Un beau lapin au départ, de 2 kilos, coupé en morceaux et dont on a gardé le sang.

Prendre 120 grammes de lard de poitrine maigre coupé en morceaux (dés moyens) et 15 petits oignons

Faire revenir dans un sautoir, à l'huile d'olive, sur feu doux, le lard et les oignons.

Aussitôt bien dorés, les retirer et mettre les morceaux de lapin, sauf le foie.

Faire bien revenir, puis égoutter l'excès de graisse.

Versez dessus 1/2 décilitre de Cognac et 20 grammes de farine. Remuez. Mouillez de 3 décilitres d'eau chaude, 1/2 litre de bon vin rouge, un bouquet garni, une gousse d'ail. Poivrez et ajoutez un peu de sel si nécessaire.

Laissez mijoter une heure, puis ajoutez les oignons, le lard, 30 grammes d'échalottes, 20 grammes de persil haché et le foie.

Laissez encore cuire à feu doux une demi heure.

Dégraissez la sauce, battre le sang en ajoutant un peu de sauce du civet, puis versez dans le sautoir.

Vérifiez l'assaisonnement qui doit être relevé.

Ma grand-mère Rose qui a recopié cette recette, précisait: servir sur un plat chaud. Mais, sa mère, mon arrière-grand Marie, servait son civet en mettant tout simplement le sautoir sur la table. Marie a passé sa vie à nourrir poules et lapins, à faire de l'herbe, à ramasser les fleurs de jasmin, à soigner les oliviers avec son mari Maurice. Lui, il faisait le pain, l'huile, tailler sa vigne, un peu de chasse et fabriquer une affreuse piquette qu'il appelait son vin.

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Pizza, mon plat préféré par Claude Ferrieux

Samedi pizza ! À l’instar de ce texte de la prosa d’arte fuyant la censure fasciste, dont j’ai oublié l’auteur, qui proclamait allègrement : « Sabato trippa ! » Avec cette nuance que pour moi il s’agit d’un choix à l’écart de toute contrainte.

La veine policière.

Je pense à la Renaissance italienne. Le poison, arme au service du cynisme politique, dont finit par être victime César Borgia lui-même. Destin partagé malencontreusement à une époque précédente (mais c’était une fiction), par un homme du petit peuple décrit par Boccace. Il sera victime de la sauge empoisonnée par la bave d’un crapaud.

Il est facile d’imaginer un scénario criminel à partir d’un plat qui comporte des champignons. Mais loin de moi l’envie d’en faire l’apologie. D’autant que la pizza est un plat qui se partage et consomme en groupe, et, une fois cuites, comment reconnaître les portions comestibles ? Dangereux pour l’apprenti sorcier.

Convivialité.

La pizza est symbole de soleil méditerranéen et véhicule des valeurs telles que chaleur humaine, traditionnelle hospitalité.

C’est mon plat préféré. Attention ! Ça se prononce : pîtsa. Pitzâ, me coupe l’appétit. À la rigueur j’accepte le : pîtze marseillais.

Idem pour la mozzarella. Elle figure en option chez le pizzaiole à côté de chez moi. Une HÉRÉSIE ! Tandem indissociable : tomate-mozzarella. Presque un pléonasme. Qui dit pizza, dit tomate-mozzarella. J’insiste. C’est comme : Corse-Île de Beauté. Axiome consacré par les incessants : « Votre île est belle ».

Ma préparation artisanale.

Je confectionne moi-même la pâte à l’aide d’un modeste four à pain électrique. J’obéis à la prescription : 1 tasse d’eau, 1 cuiller à soupe d’huile d’olive, 2 cuillers à soupe de sucre, 1 cuiller à café de sel, 2 tasses ¾ de farine à pain blanche forte, 1 cuiller à café de levure à action rapide. Pétrissage : 1 h 30.

Le plus délicat : étaler la pâte.

Je reste béat d’admiration au spectacle des pizzaioli qui pétrissent entre leurs mains, font tourner le disque de pâte au bout de leur index. Le tourbillon de leurs palettes en bois ou métalliques devant le feu du four donne le vertige.

Laborieusement. Et pour un résultat inégal, j’étale de mon mieux. Mais peu importe, le goût est le même.

L’important : une fois le coulis de tomate étendu, saupoudrer abondamment d’origan. Ensuite garnir de mozzarella. Un premier goût sera acidulé ou printanier : câpres, filets d’anchois, artichauts, champignons, brocoli, selon les préférences.

Sur une seconde pâte, on répartira jambon braisé et champignons. Parfois une demi-figue fraîche se mariera heureusement à un jambon cru.

Enfin sur la troisième, on étalera jambon et fromages. Outre la mozzarella, des fromages à goût fort seront les bienvenus. On a ça en Corse, pas vrai ?

Historique.

Je ne vais pas entrer dans les querelles pour savoir si l’origine napolitaine de la pizza découla  d’un apport oriental ou maghrébin. C’était une nourriture de famille pauvre. Une pâte épaisse et quelques ingrédients. J’ai vu en Sicile jusqu’à 2 cm d’épaisseur. De quoi sfamare la marmaille.  On sortait de table plus que rassasié. Et quel délice que la garniture !

Peu à peu on a vu la multiplication des ingrédients. Jusqu’à la caricature américaine. « On ne mange pas, on bouffe », dirait un chroniqueur en vogue sur les médias.

Non, la pizza quattro gusti, c’est autre chose. Chaque saveur est séparée. Une bouchée à l’artichaut, suivie d’un morceau de pâte sans rien ou presque titille votre palais. Que choisir pour la prochaine ? Plutôt solide vers l’extérieur ou bien garnie et douce vers le centre du cercle ? Et comme la suivante au jambon parfumé sera délectable !

L’époque moderne.

Auparavant, la pâte s’affinait au fil de la remontée vers le nord de la Méditerranée, le vin qui l’accompagnait devenait léger. Maintenant tout est brouillé. Le vin du Jura est fort en alcool, celui de Sicile a un goût de clairette. De même pour la pizza.

Si la pizzâ française a vraiment tendance à devenir pîtsa, parfois en Italie on ne trouve plus son compte.

 Pizza, pizzetta industrielles. Speedy pizz’ (prononcer schpidipitse), avec four réglé selon un calcul mathématique précis, vous amène par scooter votre carton tiède à domicile.

L’été dernier, ma dernière pizza toscane m’est apparue bien terne.

Ménagères (au fait comment dit-on au masculin ?), à vos fourneaux !

 

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Du pain, simplement du pain par Ugo Pandolfi

L'essentiel est de le faire griller. Puis un léger frottis vaginail. Plus si affinités. Un filet d'huile d'olive enfin. Y a plus qu'à mordre dedans. Allium sativum est un excitant.

Une variante plus raffinée mais toute aussi simple: écrasez sur le pain grillé et aillé une tomate bien mûre avec quelques feuilles de basilic frais. Là, faut attendre que le pain s'imprègne.

Pour  retrouver une haleine susceptible d'aller au bal, c'est à vous de voir!

Les auteurs  intéressés par ce projet peuvent d'ores et déjà faire parvenir leurs recettes par un simple courriel à cette adresse

32762010d5accdc6@typepad.com

en indiquant impérativement dans l'objet du message  le titre de la recette suivi de "par + prénom  + nom" ( exemple: Le ventre à la menthe par Jean-Paul Ceccaldi).

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La Mandragore par Claude Ferrieux

Voici une potion qui, déjà mêlée à la liqueur de cédrat, une fois allongée d'un doigt d'Orezza, constituera un apéritif pour le moins original. Je mentirais si j’osais prétendre que l’idée ne provient pas d’une réminiscence machiavélienne. La seule œuvre pétillante et joyeuse du grand penseur politique. Ambiance légère où la décoction aphrodisiaque piégera la non plus vertueuse Lucrèce qui délaisse un vieux mari pour céder à un jeune Apollon.

Première difficulté : se procurer la plante. On la dit typiquement méditerranéenne, mais rare. Peut-être faudra-t-il voguer jusqu’en Sicile où elle est encore répandue. Puis revenir.

L’occasion de re-parcourir l’itinéraire magique par lequel naguère je découvris la Corse. Palerme-Cagliari, remontée jusqu’en Gallura, Santa-Teresa-Bonifacio, plaine orientale. Me voici au pied de l’échine du Cap Corse, pioches et pics dans le coffre du véhicule, gravissant la route étroite et sinueuse qui croise des oliviers séculaires face à un couvent. Plus haut dans la montagne l’horizon se restreint à un lambeau oriental et marin. Je dois descendre le long d’un sentier parmi les arbousiers, inhalant les effluves du maquis. Parfois une branche de ronce barre le chemin, je la tranche d’un  coup de serpe. J’arrive enfin à une ancienne terrasse envahie par la végétation. La faucille va me permettre de dégager un espace. Puis il faut retourner la terre avec les dents longues de ma pioche (a zappa). Fatigué, mains rougies d’ampoules naissantes, je m’arrête et observe autour de moi.

Depuis quand ces terrasses sont-elles abandonnées ? 50, 100 ans ? Peut-être plus. Pourtant la main de l’homme est omniprésente. Les murs en pierres sèches empilées retenant la terre n’ont pas bougé. J’admire l’ingéniosité des marches faites de blocs saillants. Immuables. J’éprouve une émotion, moi, l’étranger*,  à faire renaître cette terre. Je la cultive. Elle est maintenant mienne. Je pense à mes courageux prédécesseurs, à ce qu’est le peuple corse, à ce qu’il fut, que je partage maintenant. Je lève les yeux, vois le massif en pente vers la mer. Je me retourne. Le profil de la crête se détache sur un ciel de plus en plus orangé. Je suis seul. Et heureux.

*(quand j’emploie ce terme, en fait je pense à l’italien, forestiero, furesteru, chì vene da « fora », celui qui vient de l’extérieur, d’une autre région)

La récolte.

Les semaines ont passé. Il a fallu désherber, protéger les jeunes pousses contre les merles, les rongeurs. Puiser dans un bassin recueillant les eaux de ruissellement. Verser délicatement sur la cloche du grillage. Enfin, le moment tant attendu est arrivé. Je remue la terre et extirpe la plante dont la racine a forme presque humaine.

La potion.

Je suis redescendu à Miomo. La plante est là, posée devant moi sur ma table de cuisine. Toute propre et belle.

Dois-je faire macérer lourdement les feuilles de la mandragore pour composer un breuvage toxique ? L’être de beauté que je courtise et qui se refuse, l’ingérera à son insu. Elle vacillera, s’effondrera, disparaîtra à jamais au fond des abymes tyrrhéniens. Je serai vengé. Mais triste et encore plus seul.

L’instant d’égarement passé, je décide de m’en remettre aux vertus des petits fruits de ma plante. Je les mettrai à bouillir, les réduirai en un extrait qui sera filtré puis mêlé à une délicieuse liqueur de cédrat.

Et là, je suis fin prêt pour tout reprendre à zéro.

Le philtre.

Je rembobine mon histoire. Je retraverse la mer. Mon égérie m’ouvre l’émail brillant de ses falaises en un large sourire. J’en profite pour lui offrir ma potion magique. Elle l’accepte. L’effet est immédiat. Elle m’accueille en son giron, me laisse espérer qu’elle se donnera toute à moi. Elle écoute les mots que je susurre à son oreille, dans mon baragouin franco-italien, me laisse dans l’illusion de parler sa langue.

Nous nous aimons. Pour l’éternité.

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