La vendetta de Sherlock Holmes

Prologue - Février 2004

« Je me suis efforcé, dans les pages qui suivent, d’apporter mon témoignage d’une façon concise et en homme pratique »

John Fothergill West

  The mystery of Cloomber

 

 

Prologue

 

 

Avant de fournir au lecteur quelques précisions essentielles à la compréhension de l’incroyable manuscrit qui forme la matière même de ce livre, je dois faire miennes les paroles de l’éditeur de presse Horace Parker lors de sa rencontre avec Sherlock Holmes dans l’affaire des Six Napoléons : « Toute ma vie j’ai publié des informations sur autrui.  Et maintenant qu’il m’arrive à moi-même une aventure vraiment nouvelle, je suis si abasourdi et embarrassé que je ne sais plus accoler deux mots ».

Tel est exactement mon problème.  Comme Horace Parker, je suis journaliste.  C’est mon métier.  Et de même que cet éminent publiciste, les évènements dont je dois rendre compte, les faits qu’il me faut rapporter me concernent directement.  J’éprouve du coup la plus grande des difficultés à mettre un semblant d’ordre dans mes idées. 

Aussi ce prologue pourra-t-il paraître bien maladroit, mal écrit, confus, imparfait.  En réalité, je me contente simplement d’y consigner mon témoignage concernant la singulière découverte de pièces manuscrites.  Je me suis pourtant efforcé de le faire de façon concise et en homme pratique, sans omettre aucun détail, mais sans parvenir toutefois à maîtriser une certaine émotion. 

Sans doute aurais-je dû laisser à d’autres, la responsabilité de présenter ces documents et les circonstances de leur découverte.  Des auteurs qualifiés, des holmésiens reconnus,  ou bien encore des savants comparatistes, spécialistes de la fin du XIXe siècle, auraient apporté au lecteur de pertinents éclairages sur les textes inédits qui constituent la présente édition.

Ce choix était difficile.  Pour moi, il fut impossible.

D’abord et sans nul doute par vanité.  S’il est vrai qu’un compilateur ne saurait prétendre à un quelconque gloire littéraire, il y a tout de même de l’immodestie à vouloir se réserver la primeur de la découverte d’un manuscrit.  C’est une façon bien sournoise - il faut l’avouer sans honte- d’être aussi, d’une certaine manière, en position d’auteur.  La tentation était trop forte de m’inscrire, ne serait-ce qu’un instant, dans la lignée prestigieuse des scripteurs dévoués au maître de Baker Street, le détective Sherlock Holmes..

Une seconde raison, plus noble, a fait que je n’ai pu me résoudre à laisser à d’autres le privilège de cette aventure éditoriale : aussi éloigné soit-il, le lien de parenté qui me lie à l’auteur de ces écrits inédits m’impose une sorte d’obligation morale et comme un devoir de mémoire envers leur auteur, mon arrière grand oncle, l’ingénieur Ugo Pandolfi (1852-1927). Le lecteur comprendra.

 

Tout commence sur la Côte d’Azur, à Cannes, en 1999. Quelques objets, un étui à violon, deux curieuses pierres et un livre poussiéreux retinrent immédiatement mon attention lorsque, cette année là, mon père, déjà malade, me demanda d’ouvrir devant lui une malle de voyage en parfait état et dont le cuir, visiblement, avait toujours été entretenu avec un soin maniaque.  La plaque du fabricant elle-même -un rectangle d’aluminium riveté- était comme neuve et indiquait « malles transatlantic JPL Paris ».  Le laiton de chacune des deux serrures brillait comme au premier jour et les mots « déposé » et « sûreté » qui y étaient gravés étaient parfaitement lisibles.

La précision des souvenirs que je garde de ce moment, tient au fait qu’ils restent liés dans ma mémoire aux derniers et rares échanges que j’eus avec mon père avant sa disparition.

J’ignorais alors à quel point la maladie et la souffrance de ceux que l’on aime pouvent nous faire désirer leur mort comme une délivrance.  J’ignorais aussi qu’un étui à violon et un vieux manuel de géologie allaient transformer mon existence et me faire découvrir une incroyable aventure.

 

L’étui à violon était vide. Il  contenait seulement  une clé  liée à une étiquette de carton jauni sur laquelle le mot « Serra » avait été tracé à l’encre de Chine. La malle contenait plusieurs livres et deux magazines. Trois de ces publications concernaient les enquêtes de Sherlock Holmes. Le plus mal conservé de ces imprimés était un exemplaire du Strand Magazine de juillet 1891, qui contenait une aventure de Sherlock Holmes intitulée A scandal in Bohemia .

J’appris plus tard par les contacts que j’allais établir avec plusieurs spécialistes français et étrangers de l’holmésologie qu’il s’agissait là du premier volet des aventures du célèbre détective publiées par le Strand Magazine à Londres et à New York.

 

Il y avait aussi un exemplaire du Lippincott’s Magazine, imprimé à Philadelphie en février 1890  et contenant The Sign of the Four,  de même qu’une version française de ce roman (sans nom de traducteur) éditée en 1896 sous le titre La marque des quatre dans « la bibliothèque des meilleurs romans étrangers », chez Hachette.

 

Le deuxième livre contenu dans la malle transatlantique, n’avait aucun rapport avec les aventures de l’enquêteur londonien.  Il s’agissait d’une sorte de manuel et de guide datant de la fin du XIX e siècle, et consacré  aux richesses minières  de Corse et à leur exploitation.  Richesses géologiques et minières de l’île de Corse  était le titre exact de ce vieil ouvrage tout jauni par le temps.

Mais c’est le nom de son auteur qui devait s’inscrire durablement dans ma mémoire : celui de l’ingénieur et géologue Ugo Pandolfi.  Il s’agissait d’un de mes ancêtres dont j’ignorais tout.  Plus attaché que moi à la généalogie  familiale, mon père m’expliqua alors que cet Ugo était son grand-oncle paternel, autrement dit le frère de mon arrière grand père. Il n’en savait d’ailleurs guère plus sur cet ancêtre géologue, excepté le fait qu’il était mort en Corse, où il avait passé l’essentiel de son existence.  Toutefois, il ajouta qu’il avait entendu dire que le grand-oncle Ugo avait le privilège de reposer dans la terre de son jardin, quelque part dans l’île de Beauté.  Ce n’était pas le cas de mon arrière grand père qui, à la suite du décès de ses parents, alors qu’il venait à peine de naître, fut adopté par une famille qui l’éleva en Toscane.  Il n’apprit que très tardivement, lors de la guerre de 1914, l’existence de son propre frère.

 

Je prêtai peu d’attention alors à ces maigres informations, et cela d’autant moins que je ressentais avant tout,  à cet instant précis, que les mots de mon père concernant la dernière demeure de notre lointain parent corse, avaient quelque chose de bien plus personnel. Nous savions déjà à cette époque que son cancer irait vite en besogne.  Ses médecins avaient été honnêtes. Les analyses de moelle écartaient toute espérance ; mon père vivait ses derniers mois. Chaque jour écoulé était comme la dernière page d’un livre dont on craint d’achever la lecture, en sachant d’avance quelle tristesse, quel grand vide lui succéderont.

 

 

La malle contenait également trois exemplaires de l’étrange nouvelle de Guy de Maupassant, Le Horla. J’appris par la suite qu’il s’agissait en fait d’éditions originales des différentes versions que l’écrivain publia de son vivant.  Ce petit trésor de bibliophile comprenait un numéro de Gil Blas, daté du 26 octobre 1886, contenant la première version de la nouvelle, la première édition du Horla, publiée, à Paris, par l’éditeur Paul Ollendorff, en 1887 ainsi que, chez le même éditeur, la vingt-septième édition, publiée en 1893.

 

Enfin, un cinquième et dernier livre se trouvait dans la malle.  A la différence des autres, celui-ci était conservé à part et soigneusement enveloppé dans un linge.  Cet ouvrage, dont l’auteur n’était autre que Cesare Lombroso, s’intitulait : L’homme criminel, Etude anthropologique et psychiatrique. Il s’agissait du premier tome de la deuxième édition française, publiée à Paris par l’éditeur Félix Alcan en 1895.  Paru dans la « bibliothèque de philosophie contemporaine » du célèbre libraire du boulevard Saint Germain, le livre contenait, en avant propos, une lettre d’ Hippolyte Taine du 12 avril 1887 et une préface rédigée par l’auteur.

Deux pierres fort curieuses, également protégées par un linge, venaient s’ajouter à cette littérature passablement hétéroclite. L’une, grise et blanche, était brute et prise dans une gangue de granit.  L’autre, qui présentait des teintes différentes, montrait une surface polie et était accompagnée d’une minuscule étiquette sur laquelle on distinguait à peine les mots « diorite australienne ».

 

Tels étaient les seuls trésors de cette malle.  Ils suivirent, à la mort de mon père, les meubles de sa modeste maison de Cannes que je fis acheminer en Haute Corse, où j’étais installé depuis plus d’une dizaine d’années.

La malle trouva une place dans ma maison du Cap corse, où elle occupe depuis une fonction particulièrement utile, puisqu’elle me permet d’y ranger couettes et  couvertures quand mes chats ou l’hiver ne me les réclament pas.

Les différents ouvrages qu’elle contenait s’accommodèrent du désordre de ma bibliothèque.  Seul l’ouvrage de Cesare Lombroso dont le titre avait éveillé ma curiosité, fut rangé à part sur l’étagère où j’empile les livres que je n’ai pas le temps de lire, mais auxquels je me promets  régulièrement  de consacrer mes loisirs à venir. 

L’étui à violon, qui ne contenait rien d’autre qu’une vieille clé et son étiquette manuscrite, alla rejoindre dans un recoin de mon garage toute une collection d’objets disparates.

Quant aux deux pierres, des diorites orbiculaires en réalité, elles me servent depuis de presse-papier.

 

Une année passa.

En juin 2001, au retour d’une de ces régates amicales qui m’avait, une nouvelle fois, procuré le plaisir de traverser le canal de Corse de Bastia à Viareggio et retour, je pris quelques jours de congés afin de retourner à Cannes.  J’avais rendez vous   chez un notaire pour clore la succession de mon père. Cette formalité me réserva une surprise. Sans le savoir, mon père était le dernier propriétaire d’un bien situé dans un village corse, dont l’existence fut révélée lors de l’examen successoral auprès des chambres notariales. Ainsi, à ma très grande surprise, héritais-je d’une maison de village, sise en Corse du sud, sur la commune de Serra di Scopamene.

De retour sur l’île, je mis à profit quelques jours de vacances qui me restaient pour me rendre dans ce village, où la liste des Pandolfi occupait une belle place dans l’annuaire téléphonique.  Il ne faisait guère de doute que l’auteur des Richesses géologiques et minières de l’île de Corse avait dû voir le jour dans cette région.

C’est à l’entrée de cette commune, en dépassant le panneau indicateur, que le nom de Serra retint mon attention.

Je l’avais déjà vu quelque part.  Il me fallut de longues minutes pour rassembler mes souvenirs, puis la mémoire me revint:  l’étiquette, la clé, le mot Serra tracé à l’encre, tout cela était dans l’étui à violon de la malle.  En regrettant de ne pas avoir fait plutôt le rapprochement avec mon surprenant héritage, je me rendis chez le notaire du village avec lequel j’avais pris  rendez vous. Fort aimablement, après m’avoir expliqué qu’il s’agissait d’une ruine en fort mauvais état qui menaçait les maisons voisines, il se proposa de me conduire sur place.  Le notaire n’avait pas menti : s’élevant sur deux étages, les murs de la façade semblaient depuis longtemps sur le point de s’effondrer, et seule la végétation qui avait pris possession de la bâtisse, empêchait que tout ne s’écroule.  C’était fort dommage, car la vue et l’ensoleillement à cet endroit étaient tout à fait remarquables.

 

Six mois plus tard, suivant les conseils d’un ami entrepreneur installé en Corse du sud, je décidais d’engager la rénovation de ma ruine de Serra.  Quelques semaines après le début des travaux, je reçus un appel de mon ami maçon.  Il disait que ses deux ouvriers marocains avaient trouvé, au niveau de la cave, dans les fondations de la veille bâtisse, une sorte de coffre en métal.  Il l’avait aussitôt mis de côté pour moi et souhaitait que je vienne sur place y jeter un coup d’oeil.

Le week-end suivant, je me rendis donc à Tiuccia, dans les environs d’Ajaccio, où habitait mon artisan.  Il me présenta le coffret métallique, et nous passâmes un long moment à tenter, en vain, de l’ouvrir.  Il s’agissait d’un cylindre  long d’une soixantaine de centimètres et d’un diamètre n’excédant pas trente centimètres, avec une serrure étroite à l’une de ses extrémités. Ce tube avait sans doute été autrefois inséré dans la maçonnerie d’un mur. Nous le secouâmes à plusieurs reprises afin de savoir s’il contenait quelque chose, puis, toujours vainement, nous essayâmes de l’ouvrir avec un crochet.  Déçu, mon ami entrepreneur me conseilla de faire appel aux services d’un serrurier.  Je le lui promis et pris congé de lui en emportant ma singulière trouvaille sous le bras.

Ce n’est qu’une fois au volant de ma voiture que l’image de la clé contenue dans l’étui à violon de la vieille malle traversa mon esprit comme une subite révélation.  Et si cette clé était la bonne ?  Tout excité à cette idée, curieux de savoir enfin ce que recélait ce vieux coffret de sûreté et certain pour le moins d’y trouver quelques bijoux anciens ou une petite collection de pièces d’or, j’arrivai chez moi, au Cap corse, sans ressentir la fatigue de cette longue traversée de l’île.

Je déposai le coffre sur mon bureau, puis je me rendis  dans mon garage chercher l’étui à violon.  Je trouvai la petite clé étiquetée de forme plate qu’il contenait et la nettoyai avec l’un des ces produits en aérosol qui servent à dégripper les métaux.  Enfin, de retour auprès de mon précieux coffre, j’introduisis la clé en lui faisant faire un tour. La serrure fonctionna ; le coffre s’ouvrit.

 

Nous étions en février, plus précisément dans la nuit du dimanche 10 février 2002.

La découverte que je fis cette nuit là du journal de l’ingénieur Ugo Pandolfi ne bouleversa pas seulement ma vie :  elle allait également ébranler toutes les certitudes acquises depuis le début du XXe siècle par la somme considérable de travaux scientifiques menés sur le corpus complet des aventures du détective Sherlock Holmes écrites par Arthur Conan Doyle.

L’holmésologie, cette discipline rigoureuse, initiée, dès 1912, par l’universitaire Ronald Knox et postulant le caractère historique et authentiquement biographique de ces aventures, venait de trouver en Corse une preuve matérielle irrécusable. Cette preuve était, là, sous mes yeux, entre mes mains : quatre carnets datés respectivement des années 1889, 1893, 1894 et 1895.

La découverte de ce journal manuscrit est tout aussi capitale pour les études et les sociétés holmésiennes d’Amérique, d’Europe et d’Asie que le serait, pour les éxégètes des deux Testaments, la mise à jour, au sommet du Monte Cinto, d’un débris de bois appartenant à l’arche de Noé ou à la croix de Jésus

Conscient de l’importance de ces carnets et de la responsabilité dont je me voyais investi, j’entrepris  avant tout chose  leur patiente  transcription sur un support informatique par simple traitement de texte.  Ce travail élémentaire allait me permettre d’engager, à l’aide de croisements avec des banques de données spécialisées, une longue étude des liens que ces écrits pouvaient avoir avec l’œuvre et la correspondance de Guy de Maupassant, d’une part, et le « canon » des aventures de Sherlock Holmes, d’autre part.

 

Au fur et à mesure de mes recherches, pour lesquelles j’eus la chance de pouvoir correspondre avec divers holmésologues français et étrangers, ainsi qu’avec l’une des meilleures et des plus aimables spécialistes de l’œuvre de Maupassant, l’importance des documents en ma possession se confirma.

 

Soucieux de protéger les précieux carnets, tout en souhaitant disposer d’une copie numérique de l’original sur laquelle les chercheurs pourraient travailler, je commis, faute de moyens, la plus terrible et la plus irrémédiable des erreurs.

Au tout début du mois d’avril 2002, je confiai les quatre carnets à l’un de mes proches amis, afin qu’il puisse les scanner et en établir une copie numérique de bonne qualité.  Fonctionnaire au Trésor Public de Bastia, celui-ci disposait du matériel informatique nécessaire à cette opération.  Par sécurité, il déposa le 5 avril le manuscrit de Ugo Pandolfi dans l’une des armoires métalliques de son bureau soigneusement fermé à clé.  Dans la nuit du 5 au 6 avril, une charge explosive de forte puissance détruisit la quasi-totalité de la Trésorerie.  Cet attentat, comme plusieurs dizaines d’autres cette année là, ne fut jamais revendiqué.

 

La preuve matérielle de l’existence de Sherlock Holmes et de son incroyable aventure corse venait de disparaître à jamais dans le sinistre.  On ne retrouva rien des précieux carnets.  Seule demeure, après ce funeste drame, la transcription que j’avais faite de leur incroyable contenu.  C’est alors qu’il me fallut, sans preuves, convaincre un éditeur de révéler au monde la face cachée du plus grand détective de tous les temps.

La tâche est accomplie.

Est-il besoin de souligner, au nom de mon ancêtre, Ugo Pandolfi, et à l’instar du grand holmésologue William S. Baring Gould, qu’aucun personnage de ce livre n’est imaginaire ?  Son auteur serait cependant fort heureux de connaître ceux qui prétendent l’être.

 

Jean Pandolfi-Crozier

Février 2004

Frescolaccio, Corse

08:44 dans Paratexte | Lien permanent | Commentaires (0)

Exergues

On a retrouvé un trop grand nombre de manuscrits inédits du Dr John Watson, ces dernières années (généralement « dans une malle en fer-blanc cabossée ayant beaucoup voyagé », quelque part sous les voûtes de la Banque Cox & Company à Charing Cross), pour que le lectorat, pourtant patient, n’accueille pas la découverte d’une énième histoire de Sherlock Holmes avec suspicion, sinon purement et simplement, avec incrédulité.

Jamyang Norbu

Le Mandala de Sherlock Holmes  Prologue

En bon londonien, habitué aux brouillards et à des pluies consistantes, Holmes détestait le climat méditerranéen, avec son soleil qui brûlait les arbres…

Giorgio Celli

Come fu ucciso Umberto Eco

Lorsqu'un père a été tué par un autre, s'il laisse des enfants au berceau, la mère leur fait sucer avec le lait le désir de la vengeance, elle conserve même, quand elle peut l'avoir, la chemise ensanglantée.

Goury de Champgrand

Histoire de l’Isle de Corse 1749

Et voici, messieurs, pour finir, un fragment de journal qui m'est tombé sous la main et qui vient de Rio de Janeiro. Je lis : "Une sorte d'épidémie de folie semble sévir depuis quelques temps dans la province de San-Paulo. Les habitants de plusieurs villages se sont sauvés abandonnant leurs terres et leurs maisons et se prétendant poursuivis et mangés par des vampires invisibles qui se nourrissent de leur souffle pendant leur sommeil et qui ne boiraient, en outre, que de l'eau, et quelquefois du lait !"

Guy de Maupassant

Le Horla

J’avais passé en France les trois années qui avaient suivi mon duel avec Moriarty, et si, effectivement, j’étudiai à Montpellier les dérivés du goudron de houille, il fallut la crédulité foncière de mon ami pour croire que j’y avais mis six mois alors que le tour de la question avait été bouclé en moins d’une semaine. La vérité, c’est que je m’étais offert un retour aux sources.

René Reouven

Histoires secrètes de Sherlock Holmes

Je me suis efforcé, dans les pages qui suivent, d’apporter mon témoignage d’une façon concise et en homme pratique

John Fothergill West

The mystery of Cloomber

23:18 dans Paratexte | Lien permanent | Commentaires (0)

Couverture et pages de garde de la première édition (2004)

Vendetta_couv Les aventures du grand détective en Corse

Texte intégral des carnets de Ugo Pandolfi

 Ingénieur et géologue- Ancien élève de l’Ecole des Mines - Membre de la Société Géologique et Minière de France - Membre correspondant de la Royal Geological Society, Londres

Edition établie et présentée par Jean Pandolfi-Crozier


© little big man, 2004 - 12, rue Rougemont, 75009 Paris - ISBN: 2 915557 53 5

20:17 dans Paratexte | Lien permanent | Commentaires (0)

Glossaire

Les mots ou expressions en langue corse utilisés par Ugo Pandolfi tels qu’ils apparaissent écrits dans son journal, figurent en premier.  Ils sont parfois suivis du même mot tel qu’il s’écrit de nos jours suivant les normes établies par l’Atlas linguistique de l’île, l’Université de Corse et les plus récents travaux des ethnolinguistes.  La source la plus complète et la plus facilement accessible sur la langue corse est la base de données INFCOR.  Celle-ci est disponible directement sur Internet à l’adresse http://www.infcor.net 

Acqua in bocca : L’eau dans la bouche.  Cette expression, particulière à la région du Niolu, signifie que l’on est incapable de parler puisque l’on a de l’eau dans la bouche.  L’expression acqua in bocca est une invitation au silence comme l’expression zittu plus fréquemment employée.

Ba be :  Ca va bien.  Cette expression, plus particulière à la région bastiaise, est généralement interrogative.  Sous sa forme affirmative et quand elle ne fait pas échos à la forme interrogative, elle équivaut à un bonjour ou un salut.

Babu ou Babbu : père, papa.  Pascal Paoli est considéré comme le babbu de la Nation corse : Pasquale Paoli fù babbu di a Patria.  Pour le grand-père, la langue corse fournit plusieurs mots synonymes :  babbone, missiavu, caccaru ou encore babbucaru.


Bastia :  bastion ou fortification protégeant des habitations.  Les mots    furtezza ou bastione sont synonymes.

Bulagna ou Bulana : Joue de porc fumée. Pour indiquer la partie latérale du museau d’un animal, les mots guancia, maschia, bulagna, buccella, bucceddu, maragna ou encore gutachjia sont synonymes.



Brociu ou Brocciu ou Brucciu : Brousse, fromage blanc ou caillebotte.  A base de petit lait et de lait entier de chèvre ou de brebis, cette spécialité fromagère se mange frais ou sec.  Le brocciu est l’un des ingrédients de nombreuses spécialités culinaires corses sucrées ou salées.


Castagniccia : Châtaigneraie.  Ce mot désigne un endroit planté de châtaigniers (castagni) comme son synonyme castagnetu.  Avec une majuscule, Castagniccia est le nom d’une région de la Corse connue pour la richesse de ses châtaigneraies.

Dragulinu ou Tragulinu : Colporteur ou marchand ambulant.

Fiadone ou Fiadonu ou  Fiaronu ou  Fialone : gâteau fait de brocciu, sucre et œufs.  Ceux qui, comme Sherlock Holmes, apprécient le travail des abeilles, peuvent remplacer le sucre par du miel.  Pastizzu est donné comme un synonyme par les spécialistes universitaires de la langue corse.  Cependant de nombreuses vieilles et talentueuses cuisinières affirment qu’il s’agit de deux recettes différentes.

Figatelli ou (au singulier) Ficatellu ou Fegatellu ou  Fiatellu ou  Featellu:  Saucisse à base de foie de porc que l’on mange généralement grillée.

Ghjagaru  ou Jacaru ou  Ghiacaru: Chien.  Le chien se dit cane dans le nord de la Corse.

Libecciu : Libeccio en français, vent de sud-ouest fréquent à Bastia et dans le cap corse.  Les coups de Libeccio qui peuvent dépasser les 190 Km/heure à la pointe du cap corse, suivent généralement les périodes de fort Mistral.  Ce vent génère très souvent de superbes nuages de forme lenticulaires en altitude.

Madonna : Madone, la Vierge.

Mal’occhio ou Malocchiu ou  Malochju : Mauvais œil ou mauvais sort que l'on fait jeter ou que l’on jette soit même sur quelqu'un à qui l'on veut du mal.  Le mauvais œil est un pouvoir du regard d’une personne ou d’un animal qui peut frapper aussi bien une personne ou un animal, ainsi que l’imagine le vieux berger rencontré dans la plaine d’Oletta par Sherlock Holmes et ses compagnons.  De nombreux synonymes existent : innuchjatura, innuchjà, malefiziu ou magia.

Mazzeri ou (au singulier)   Mazzeru :  sorcier, sorcière, vampire.  Les mazzeri, selon certaines superstitions, se rassemblent, une fois l’an.  A l’occasion de ce rassemblement (cuncolta), ils se battent entre eux.  Celui-ci a lieu dans la nuit du 31 juillet au 1er août.  Plusieurs synonymes existent :  lanceri, culpatori, acciaccatori, stregu, stre ou encore stregone.

Pace e salute  ou Pace è salute ou Paci è saluta : Paix et santé.  Formule traditionnelle pour les vœux de la nouvelle année.  Salute, tout seul, se dit généralement après un éternuement.

Panizzi : Bouillie de farine de pois chiches coupée en tranches une fois refroidie et passée à la friture.

Panzetta : Poitrine de porc fumée.

Passegiata : Lieu de passage ou promenade que l'on emprunte volontiers et régulièrement pour se montrer.

Patria : Patrie.  La langue corse connaît pour ce mot divers synonymes : cità, regione, paese, statu, casa, zona ou  terra.

Pietra occhiata ou Petra occhiata ou Petra uchjata : La pierre qui regarde ou le caillou qui fait une œillade.  Nom populaire donné à la diorite orbiculaire.  Pour la pierre, de nombreux synonymes existent au mot petra : roccia, sassu, massa ou scogliu.

Principali : Personnes importantes ou  notables disposant d’une autorité.

Prizuttu ou Prisuttu ou  Presuttu : Jambon de porc ou de sanglier, salé et fumé.  Coscia est un synonyme.

Pulenta ou Pulenda ou Polenda : Polenta.  Bouillie de farine.  Elle peut être à base de farine de châtaignes ou de farine de maïs.  Quand il s’agit de polenta de maïs, le mot est pulendina.

Rimbeccu ou Rumbeccu : Reproche public contre celui qui ne relève pas une injure ou un affront.  Rinfacciata est un synonyme.

Sgio ou Signoru : Monsieur.  Il s’agit d’un titre de révérence et de respect donné à des personnages importants, riches ou notables.  Le sgio désignait le seigneur ou maître, toujours un grand propriétaire terrien, pour lequel travaillaient les bergers et les paysans pauvres.

Storzapreti : Etouffe curé.  Il s’agit d’un plat fort apprécié dans la région de Bastia à base d’épinards ou de blettes, d’œufs et de brocciu.  En forme de petites boulettes cuites à l’eau, les storzapreti, nappées d’un fond de sauce de daube ou de ragoût, se servent après un court passage au four.


Tumbera ou Tombera : L’abattage des animaux pour la viande.  C’est obligatoirement une période de l’hiver où l’on tue le cochon, en décembre ou janvier.

Vendetta ou Vindetta :  La vengeance ou la vindicte privée contre l’auteur d’une offense ou d’un meurtre.  Cette poursuite destinée à châtier le coupable peut se transmettre à tous les parents de la victime.  Les mots  castigu et  punizione sont synonymes.

Ventru ou Ventre pienu ou Ventre di porcu:  Ventre ou tripe pleine.  Il s’agit de l’estomac de porc farci au sang et à la crépine de porc auxquels on ajoute de nombreuses herbes (blettes, menthe, oignons, céleri, bourrache et pissenlits).  C'est un plat traditionnel qui se mange à la Noël.  Ne pas confondre avec le ghialadicciu.  Cette autre spécialité, qui, elle, se mange, froide, est également confectionnée avec l'estomac de porc.  Mais la farce est composée uniquement de viande de porc à laquelle on ajoute un cœur, une langue et du foie.  Le mot ventre compte en langue corse de nombreux synonymes : corpu, panza, trippa, civa, tamba ou encore budicu.  Quant au boudin traditionnel, l’intestin rempli de sang, de graisse ou de cervelle de porc, il se dit en langue corse sanguinellu, sangui ou sanguettu.  Dans certaines régions de l’île, ce boudin est agrémenté de noix, de raisins secs, de morceaux de pommes ou encore de jus d’arbouses.

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Remerciements

A Sir Arthur Conan Doyle pour la création d’un personnage imaginaire qui n’en finit pas d’être une personne réelle,

A Guy de Maupassant dont l’œuvre et la vie sont une inépuisable et vivifiante source,

A René Réouven pour les mystérieuses pistes sur lesquelles il m’a ouvert les yeux, 

A Jamiang Norbu dont l’extraordinaire Mandala de Sherlock Holmes m’a donné l’envie de revisiter le grand hiatus,

A William S.Baring-Gould dont on ne dira jamais assez l’importance,

A Francis Lacassin pour tout,

A Claude Levi-Strauss pour les passionnantes histoires de lynx,

A Graham Greene pour ses descriptions du thé de l’après midi et le courage d’un J’accuse qui fut interdit,

A Stephen Wilson pour ses travaux sur la vendetta et le banditisme en Corse au dix-neuvième siècle,

A Ronald Nossintchouk pour ses décapantes enquêtes sur l’ego hypertrophié et les tensions névrotiques du locataire de Baker Street,

A Pierre Nordon pour l’ensemble de ses travaux,

A tous les membres de la Société Sherlock Holmes de France,

A tous les membres des sociétés holmésiennes d’Europe, d’Amérique et d’Asie,

A Thierry Selva pour les richesses du site http://maupassant.free.fr ,

A toutes les femmes d’en Corse qui s’expriment depuis longtemps contre toutes les formes de violences et pour l’état de droit dans cette île,

A Nicolas Giudici dont le Crépuscule des Corses reste l’un des meilleurs phares sur le clientélisme, l’identité et la vendetta,

A Jeanne Maestracci-Tomasini dont les romans historiques méritent au plus vite de trouver un éditeur,

A Jean-Pierre Giannelli qui a toujours la patience de m’initier à la voile et de m’apprendre la mer,

A Ernest Centofanti, un libraire authentique,

A Pierre-Paul Battesti sans qui cette aventure n’aurait jamais vu le jour,

A mon éditeur qui n’a pas douté un seul instant de l’authenticité de mes transcriptions,

A Paula Ceccaldi pour son humour, ses relectures et ses encouragements,

A Mireille Gouaux-Coutrix pour ses regards sur le siècle de Maupassant, 

A Jacqueline, Arlette, Madeleine, Nina, Annie et Janine qui m’ont harcelé sans relâche afin que je corrige mes erreurs,

A Jocelyne et Philippe, pour leur amour et leur soutien sans faille,

A nos chats, enfin, et à Virgule, le chien, pour l’hospitalité chaleureuse et presque sans réserve qu’ils nous accordent dans notre propre maison.

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Au sommet du panthéon holmésien (VSD)

  • Un extraordinaire récit illustré par Jean-Pierre Cagnat
  • Le texte original en français
  • Jean-Pierre Cagnat
  • Ugo Pandolfi
  • © Copyright pour la traduction 2010 via Cleo