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Entretiens avec Jean-Paul Ceccaldi

Quelles raisons vous font revenir vers la Corse où tous vos livres ont  été édités ?

A.Shleifer: Pourquoi la Corse ? Parce que j'ai découvert ce lieu magique en voyage de noce. Depuis j'y habite une grande partie de l'année entre deux voyages. Mon fils a épousé une petite corse....Donc que de merveilleuses raisons de venir y écrire et y peindre. Je suis très sensible aux senteurs de cette île ; je les ai cherchées partout ailleurs, en vain. Et puis il y a les amis, si importants... Taïwan a été une parenthèse qui a duré environ 18 mois. J'y étais invitée entre autres au village d'artistes de Taipei, la librairie française m'a réservée un accueil touchant (d'ailleurs la directrice et la propriétaire sont venues en vacances en Corse l'été 2006 car elles étaient impatientes de voir ce que je leur en avais dit et surtout écrit !).

Vous êtes artiste peintre et donc je m’autorise à penser que les couleurs ont de l’importance même dans vos romans. Alors , quels pigments de rouge ont teinté votre imagination dans votre dernier roman " Le Bar rouge " ?

A.Shleifer: Evidemment les couleurs sont un langage à part entière dans mes livres; Dans le Bar rouge j'ai sciemment voulu cette couleur "rouge". D'une part parce que le rouge est la couleur de la fête, du bonheur pour les chinois et d'autre part c'est la couleur de la passion. Une troisième raison : je parle d'un Rubens au début or ce qui caractérise la sensualité de ce maître c'est son fameux rouge qui rendait les lèvres de ses modèles si vivantes. Il la posait en touche sur la chair pour donner cette vie. Ce livre parle donc de vie, de passion et de découverte.

Votre ouvrage commence comme un thriller. Le trafic d’œuvre d’art apparaît comme un prétexte à une errance initiatique. L’art , comme le rouge, est présent dans tout le récit. Florence quitte une société européenne avec ses rapports freudiens et au bout de son voyage, vit une rencontre difficile avec une société chinoise ignorante de Freud, avec ses propres codes indéchiffrables. Avez-vous ressenti ce choc des cultures aussi intensément que le vit votre héroïne ?

A.Shleifer: L'art étant une quête permanente (des questions souvent aux réponses incertaines) qui nécessite de se mettre constamment en péril en abîme. Or le voyage vers une culture différente vous renvoie à vos propres questions, à une recherche de l'autre sans lunettes occultantes et sans à priori. En tentant de décoder l'autre on s'approche mieux de soi même.

Avez-vous de nouveaux projets artistiques ou littéraires, de nouvelles errances en perspectives ?

A.Shleifer:Actuellement je travaille à un nouvel ouvrage dans lequel pour la première fois il ne sera pas question d'art. Le voyage bien entendu sera également un personnage du livre. Après avoir travaillé et montré des toiles sur le thème des "ex voto", je vais décliner cette approche. J'ai un projet d'une exposition de photos sur le thème des traces, des fêlures et du passage.... J'attends actuellement la réponse : le lieu fait rêver.... Le Bar Rouge est un lieu très à la mode à Shanghaï. Les lieux décrits existent réellement.

Entretien publié dans le site Ile noire de Jean-Paul Ceccaldi

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