Prêchi-prêcha par Frade Adjaceo
Des médailles pour les enfants de Dieu et du simple
d’esprit! Une idée émise par la balise D’Arcos à faire circuler. Frade Adjaceo livre son opinion sur la distribution de médailles...
« Chaque médaille raconte sa propre histoire,
mais aussi celle de l’être humain qui l’a détenue ou qui la détient. L’art de
la médaille est cet art, posé dans l’objet, que, progressivement, le
médailliste va percevoir avec son âme. Il s’agit, d’abord, pour lui, de
regarder la médaille, afin d’y voir la maîtrise de l’espace, la profondeur de
la gravure, la qualité du dessin, le tracé des lignes. Puis, le médailliste en
opère une lecture du doigt et une lecture du cœur, pour, en premier, discerner
les différentes facettes de la médaille, car chacune donne une vision
supplémentaire d’un espace de pure intensité mentale. En s’attardant un peu sur
elles, le médailliste trouve qu’elles captent l’attention, en faisant vivre
tout un lot de sensations lumineuses, et qu’elles communiquent à la fois espace
et traces dans l’espace, en dévoilant tout un champ d’associations, toute une
superposition de sens. Il est alors à même d’en ressentir toutes les vertus. En
effet, la médaille est une perception accélérée de l’instant, qu’il faut lire
et relire, pour l’aimer. La médaille appartient à la totalité sensible, entre
intuition et attention et elle devient naturellement miroir de soi-même. Le
médailliste est maintenant prêt à comprendre l’art de la gravure. »
Tel est le lyrisme d’un marchand de médailles. Il faut le reconnaître : la médaille est un objet d’art inspiré même pour un ministre ! Et il ajoute :
« Son lyrisme ramassé, sa célébration d’un
charivari du vivant, sa complicité avec le temps permettent de fraterniser avec
l’effleurement de l’affleurement artistique, mais aussi de s’en retrouver les
dépositaires et les ambassadeurs, et, enfin, d’en apprécier, avec hédonisme,
(recherche du plaisir et de la satisfaction de vivre), toutes les énergies. La
médaille est de la sensibilité communicative, dont on ne peut se priver à une
époque parfois ressentie comme trop technologique.
La médaille grave dans les esprits… Et le
médailliste devient son graveur spirituel, en faisant passer nombre de ses
messages… La médaille est également espace pour rêver.
L’être humain, qui a constamment besoin de trouver
du sens et qui a besoin de relier les gens, les événements et les choses entre
eux, va être touché par les liens durables, qui s’inscrivent dans une médaille,
où la mémoire des dates importantes d’une vie reste éveillée. Dans le métal,
l’être humain peut soudain voir son immortalité. La médaille lui donne une
vision supplémentaire, tout en proposant une observation de la savante
simplicité de la mise en scène, effectuée par le graveur, que ce soit dans le
lieu le plus commun ou dans le lieu le plus exceptionnel. D’hospitalière, la
médaille devient expression de reconnaissance et une sensation de
reconnaissance.
La médaille met en image du silence, pour lui en
faire dire plus… »
Je m’arrête là mais l’auteur de ces extraits n’en
finit plus de conceptualiser la médaille… Prenons alors un fait historique de
la France profonde :
« Nous sommes le 2 mars 1505 et Louis XII entre
en grandes pompes dans la ville de Bourges. Pour immortaliser l'événement il
lui est offert une médaille d'or sur lequel se lisait un texte latin dont
Michel Bulteau donne la traduction suivante:
- Pan, gardien des brebis et guide suprême des
bergers,
Qui veille aussi sur nos attelages du terroir,
Reçois les troupeaux et les dons de tes bergers
Et les béliers de notre patrie, que nous t'offrons
Comme symboles ainsi que ces toisons qui dépassent
En éclat les pierreries, et qui sont les marques de
ta vie et de ta paix"
Pan, le Roi, le Christ et Dieu -
Etrange texte pour un roi de France! Certes,
certains auteurs y voient une allégorie au Christ suprême berger gardien et
protecteur de l'humanité...
Il est vrai encore que Bourges porte dans ses armes
"trois moutons d'argent accornés de sable", et qu'il serait rassurant
de faire un parallèle entre les brebis symbolisant le peuple élu et les moutons
illustrant le blason de Bourges.
Le plus insolite est de considérer que la dédicace
s'adresse à Pan, dieu de la nature par excellence dont l'aspect directement lié
aux cultes païens ne convient, en forme de parabole, ni au Christ, ni à Dieu...
et encore moins au roi Louis XII!
Une médaille entourée du secret
On ajoute encore que ce médaillon fut l'objet
d'attentions minutieuses concernant sa mise en œuvre. Il semblerait, à ce
propos, que la fusion de l'alliage, confié à Antoine Juste, fut d'une nature
aussi particulière que minutieuse. Mais, si l'histoire de ce médaillon est des
plus mystérieuse par son texte et son royal destinataire, il existe un détail
dont peu d'auteurs contemporains feront état: dans "regystr du
Magyster" de Paulain Gallanty (1569) il est question de la fonderie de
cette médaille et du luxe de précautions qui l'entourait étrangement. Cet écrit
stipule que la quantité de métal précieux fondu était prévu pour une autre
pièce de plus modestes dimensions.
Cette introduction concernant la "France
mystérieuse" pour démontrer que si ce travail d'orfèvre eut lieu à Bourges
pour fêter l'arrivée royale de Louis XII, et non ailleurs, il est possible que
ce soit pour des raisons précises et géographiques ponctuelles immuables ne
pouvant avoir lieu que dans ce secteur. Il est encore à considérer que ces
raisons pouvaient être d'ordre plus hermétique et drainer des éléments plus
secrets et sans doute dangereux pour le commun... Des armes qui parlent.
Les armes de la cité représentant les 3 moutons
semblaient être, selon René Alleau, bien différentes. Selon une tradition
ancienne le blason faisait état de l'image d'un âne assis sur un trône... on
retrouve effectivement dans l'ancien répertoire héraldique du 17e S. du
sommaire Knauff, provenant de la bibliothèque personnelle de Charles VI, les
armes dites parlantes de l'antique cité sous la forme d'un âne assis sur un
carré appuyé sur une sorte de buste identifié à Apollon. Or dans la mythologie,
si l'âne parfois symbolise le dieu Mars, on trouve Apollon affublant le roi
Midas d'oreilles d'âne pour avoir délaissé la musique de Delphes au profit de
celle de la flûte de Pan... que nous retrouvons sur la devise de la médaille
offerte à Louis XII! »
Aujourd’hui notre ministre de l’Education nationale
veut des médailles olympiques pour les bacheliers. Il veut faire d’un examen
une compétition tout en remettant au goût du jour la distribution de médailles…
Aux cancres, devrait être remise la vieille
médaille de Bourges avec un âne assis sur un trône. Il faudrait préparer très
tôt nos enfants aux médailles en commençant par les médailles en chocolat dès
le plus jeune âge. Ensuite il faudrait leur distribuer des médailles
religieuses, puis des médailles olympiques. Ainsi, dans la perspective de
guerres de religions, ils auront pris goût aux médailles et ,en tant de paix, à
la compétition. Bon ! vous me direz : il y a toujours un revers à la
médaille. C’est du mauvais esprit et péché. Pour cette mauvaise pensée, vous
réciterez un Ave et trois Pater, en égrenant
votre chapelet devant vos médailles saintes. Sinon vous serez affublés des
oreilles de l’âne pour avoir préféré la musique de Delphes à la flûte de Pan et
au pipeau ministériel.
Citations :
« Il s'est entraîné toute sa vie pour réaliser
son rêve: une médaille, le monté des couleurs et La Marseillaise. Il a réussi:
casque bleu tué à Sarajevo. » Paroles
de Patrick Sébastien
« Les champions de la liberté - Ont la médaille
pour tout collier. » Paroles de Charles de Leusse
« Des petites médailles d'écume blanche se détachent d'un bouillon et s'en vont à la dérive, au fil de l'eau. ... D'un coup de queue, une ablette court flairer une brindille de bois. » Paroles de Jules Renard
Retrouver Frade Adjaceo dans Homélie mélodie







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