Le lecteur intellectuel
est un voyageur des espaces à paradigme, c’est à dessein que
j’emploie ce mot hors contexte, étant donné que c’est prouvé, le
lecteur intellectuel est en extase devant les termes ignorés par le commun des
mortels. Il ne dit pas superflu mais superfétatoire, borborygme pour
gargouillis, apagogie pour raisonnement…
Chez lui on ignore la
télévision et tout ce qui serait visuel car susceptible de l’éloigner de
sa passion des mots.
Le lecteur intellectuel a fait de brillantes études universitaires et se croit toujours à la Sorbonne. Par exemple, dans les soirées, au lieu de discuter sur le coup de boule de Zidane, il fait le malin en narrant dans le détail la vie du théologien tautologique Hermann Echrikiam, auteur en 1871 d’un traité de la causalité de l’être/esprit dans le néant inconscient et il finit – quand tout le monde à table s’est endormi – par énoncer le contraire de la thèse avec laquelle il vient d’assommer ses convives sous prétexte que la nature de la vérité est précisément d’être le chemin vers celle-ci et non sa destination. Énervé de constater que personne n’a suivi ses circonvolutions théorétiques, il reprend son Audi A6 et pour se consoler démontre à sa septième femme (il a divorcé six fois) qu’Ernst Jünger a avait tort lors de son essai intitulé « Le nœud gordien » paru en 1953. Son épouse s’étant munie de boule Quiés, elle rêve à son amant, un grand rugbyman un peu niais qui lui fait le coup de l’entrée en mêlée à chaque rencontre non officielle dans un petit hôtel près du Parc des Princes.
Le lecteur intellectuel devient souvent auteur lui-même étant donné qu’il a constaté la lente dérive de la littérature vers la connerie la plus exacerbée, par exemple cette phrase stupide qui revient dans tous les écrits et que personne n’appréhende : « Mon père est maire de Mamère et mon frère est masseur ».
Lui seul s’enivre des espaces alexandrins, s’envole dans l’espace des phrases à quadruple sens caché et pond, après dix ans de recherche, un texte dans ce genre :
« Qui étions nous, toi et moi ? Nous cheminions à la fin du jour, ou d'un jour quelconque, au gré des rustauds détours de la forêt à l'accord dans le moelleux craquant des feuilles. Où demeurait la raison de nos êtres ? Et la raison de notre déambulation, qui de nous deux accédait au chemin, car en vérité nous ne savions si nous partions ou nous revenions ou si nous étions arrivés chez nous, ni quelles obligations ni quelles inclinaisons avions-nous quittés, nous n'aurions su le dire. Étrangers avançant entre ce que nous avions oublié et ce que nous ignorions, le but inexistant faisait de nous des écuyers pédestres de l'imaginaire écartelé…





Ma chère Claudia,
Pour que tu ne perdes pas le nord, si tu n'es point Cardinal, je te donne ma lecture du passage de l'article de Denis que tu cites. C'est à la tête qu'il faut frapper. L'allusion à Zinedine Zidane dit "Zizou" et au coup de boule qu'il a donné à un joueur italien, est faite pour mettre en évidence qu'il y a plusieurs façons de se prendre la tête... Celle de Zidane, on la prend en pleine figure si on l'insulte et en échange il écope d'un carton rouge. Par contre selon les propos de Denis, en tête à tête, un lecteur intello pourrait te prendre la tête lors d'un repas en te parlant de la vie d'un théologien et de son essai sur l'être et l'esprit écrit en 1871.
La question reste à savoir si tu préfères parler de la coupe du monde de foot-ball ou de l'être et l'esprit. Dans les deux cas, il n'y a pas de quoi faire la tête mais cela peut amener à la perdre... et si affinités, à l'affaire faite. Fast-footeur de merde, je peux te parler des deux.
Maintenant si Zidane se met à parler de ce théologien à Claudia Cardinale lors d'un repas aux chandelles, Denis pourrait bien se taper la tête contre les murs après avoir voulu n'en faire qu'à sa tête au risque qu'elle sonne creux.
A vouloir prouver qu'il vaut mieux avoir une tête bien faite qu'une tête bien pleine, on prend le risque de n'avoir plus rien dans la tête.
Carton rouge pour Denis!...
L'être et l'esprit sont consubtanciels et la terre est ronde comme un ballon de foot. Donner des coups de pied dans la terre ne fait que de la poussière. Je pense donc je suis. C'est la vie!...
Rédigé par: fast-footeur de merde | 05 septembre 2008 at 10:09
quel rapport avec zidane ?
Rédigé par: claudia | 05 septembre 2008 at 08:18
Avec cette réserve, Denis: mon plaisir de serial scripteur pour reprendre la belle formule de Jean-Paul Ceccaldi, mon choix dans l'écriture, est de mettre toute une série de clins d'œil dans des tiroirs. De les enfermer pour d'éventuels lecteurs. Et cela suppose d'attendre qu'un lecteur les découvre. Plus si affinités. Lorsque cela arrive, c'est du bonheur partagé et tant mieux si ce lecteur a fait son oeuvre. Intello n'est pas une tare contrairement à ce qu'une vieille idéologie ouvriériste, populiste, défend encore. Intellectuel, cultivé, c'est être riche. C'est avoir une chance de plus. La bonne question, à mon sens, n'est pas de maudire un tel privilège; mais plutôt de chercher à le partager avec le plus grand nombre d'humains possible, c'est à dire à démocratiser autant que faire se peut les chances de la culture.
Rédigé par: Ugo | 04 septembre 2008 at 10:55
Bravo Denis ! Tu as montré que tu pouvais le faire mais que seuls les pédants{es) utilisent le dictionnaire des mots rares et précieux pour écrire et contenter des lecteurs gallimardiens qui font de la lecture un outil d’élitisme quasi aristocratique.
Il faut éviter le charabia académique et universitaire pour thésards et faire taire les théoriciens en passant à la pratique: créer un code de l’écriture avec un comité de prévention et une police des polices de caractères.
Il faut limiter le nombre de mots employés et établir un champ lexical autorisé. Nous proposons qu’un terme simple choisi ne renvoie qu’à un seul autre terme par dénotation et que la métaphore soit interdite pour éviter la prolifération de termes par connotation qui favorise les réseaux lexicaux qui seront illicites. Un permis d'écriture à points apparaît nécessaire.
Pour les poids lourds de la littérature, je propose un contrôle permanent avec l’obligation de s’arrêter et de se reposer entre chaque chapitre.
En ce qui concerne les auteurs populaires, équivalents des transports en commun, les conditions d’écriture doivent être davantage règlementées car ils transportent dans la lecture de nombreux lecteurs dont ils ont la responsabilité. Les phrases devront être courtes, limitées à l’emploi d’un sujet d’un verbe et d’un complément et la distance parcourue ne doit pas dépasser les cent pages.
Le service « littérature » des renseignements généraux pourraient utiliser le logiciel SATO pour analyser des corpus d’auteur(e)s suspects, en commençant par ceux qui ont obtenu des prix littéraires. Les informations recueillies pourraient être la base d’un fichier des infractions textuelles. Nous connaissons un expert capable de mettre en place ce fichier en la personne d’un certain Antoine Desanti, dont notre ami Ugo Pandolfi a romancé les enquêtes dans son ouvrage « Du texte clos à la menace infinie ».
Ensuite, nous pourrons ouvrir à l’écriture des autoroutes culturels en contrôlant les chemins vicinaux de la langue française où d’aucuns voudraient encore musarder. En réduisant de façon progressive l’épaisseur du dictionnaire, nous arriverions en quelques années à une littérature dégraissée et totalement adaptée au monde moderne. Vivement la remise de prix littéraires à des auteurs pratiquant le nec plus ultra de l’écriture : le SMS.
Rédigé par: Ego collecteur | 04 septembre 2008 at 08:26