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Musique de singe ? par Denis Blémont-Cerli

Denis_pop_art_deux J’étais en quatrième et je haïssais la prof de musique. C’était l’adolescence et on se synchronisait tous sur les poussées de boutons d’acné. Pas moyen de s’en débarrasser, on avait même essayé le trichloréthylène sans résultat que de se donner un horrible mal de mal juste après les hallucinations. J’adorais ce trip hallucinations/musique. Moi c’était Jimmy Hendrix, les Beatles et Led Zeppelin.

 Denis_pop_art_deux_2 Les autres ils étaient variétés, Claude François, Mike Brandt, la daube quoi… Cela créa des dissonances entre nous, des discordances souvent fatales à nos amitiés. En plus question fille, j’avais des retards à l’allumage, à ce qu’il me semblait elles m’intéressaient moins que les autres. Par exemple, ils lorgnaient tous la grande Martine pendant le 60 mètres, juste histoire de voir ses nibards remonter et descendre en faisant flop-flop, un peu comme les flans dégueulasses qu’on nous servait à la cantine. Moi, c’était Justine parce qu’elle était douce, fine, avec un visage de Madone découvrant Jésus sur la croix. Et puis elle avait une façon de se lover dans son pull angora… Bien entendu, je n’ai jamais rien dit à Justine de mon penchant, tout juste avons-nous échangé quatre mots durant l’année scolaire.
Déjà à l’époque, j’étais un révolté intérieur, vous savez le genre de type qui garde tout pour lui dans son dedans, l’injustice du monde et l’acné qui vous empêche d’être remarqué par les filles à moins de porter la cagoule du klux klux kan 

Le 18 septembre 1970, Jimmy Hendrix fut retrouvé mort dans un hôtel de Londres. J’étais atterré et toute la journée j’entendais les morceaux « d’Electric Ladyland » tournaient en boucle dans mon cerveau. Il me semblait qu’une minute de silence ne serait pas de trop, j’en parlais à cette vieille bique de prof de musique qui éclata de rire en déclarant que c’était « de la musique pour les singes ».
La semaine suivante, je décorais les bureaux de sa classe de divers graffitis, « Beatles, Rolling Stones, Janis Joplin, the Who - my generation » et pour noyer les pistes je rajoutais quelques « Skoblar, Magnusson et OM »…
Ce n’était pas malin et une « habile » enquête administrative ne tarda pas à faire conclure à ma probable culpabilité. Le directeur me convoqua et me mit devant un choix fatal : ou j’avouais ou toute ma classe serait punie… J’avouais. Je fus exclu trois jours et mon père paya la casse sans me faire aucun reproche et sans me demander une explication.
Il était formidable mon père…
Pourquoi ressortir cette histoire de près de quarante ans en arrière ?
L’autre jour je subissais le rap de mon voisin. Je trouve cette musique d’une pauvreté désolante et, à part quelques morceaux anglo-saxons, le rap français et ses paroles me donnent envie de vomir. Alors, j’ai repensé à ma prof de musique…
Et si c’était moi le vieux con à présent ?

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Commentaires

sur l'album art of noise, the seduction of claude debussy, les morceaux rap sont metaforce et metaphore on the flood.
Pour le reste un des meilleurs disques jamais enregistrés, une merveille.

Pour ceux qui veulent écouter "The séduction de Claude Debussy" d'Art of Noise en MP3, aller à l'adresse:

http://www.musicline.de/de/product/5030094032620/953915

Un peu de rapadura après des écrits éristiques, je savoure le compliment et c'est avec force que je franchirai les parapets même si je dois, pour cela, varapper...

Ne cRoyez pas, mes chers amis que je me suis arrêté à Hendrix. Aujourdhui j'écoute GRANDADDY
MERCURY REV
GOLDFRAPP
COLDPLAY
EELS
TURIN BRAKES
REM
FLAMINGS LIPS
ET TOUJOURS LE DIEU VIVANT Neil Young
mais J'en oublie beaucoup....
les français ? AIR et the DO.
MERCI POUR VOS COMMENTAIRES, j'apprécie cet échange...... Et si vous voulez écouter DU VRAI RAP A TOMBER écoutez " The Seduction of Claude Debussy" de ART OF NOISE
Denis

Vos commentaires, cher Rapetout, ont la saveur du rapadura…

Bravo, Eric! Tu ferais un foutu rappeur!...
Merci, Elisabeth pour la bonne compagnie!...
Denis a trouvé des alliés râpeux mais de sacrés alliés!
C'est sûr qu'on a le droit d'aimer ou de détester ce que l'on veut et de le dire sans se rapetisser ou s'étriper avec une rapière pour des rappeurs ou des rhapsodes.

Le rap? Je m'en cogne. vous ne pouvez pas savoir à quel point. A condition de ne pas le faire dans un rayon de 20 mètres autour de moi, n'importe qui peut beugler des inepties revanchardes et ma foi fort convenues sur les gangs, la misère et les keufs, liste non-exhaustive mais à peine. N'importe qui peut tenter de faire passer la bande sonore d'une benne à ordures en plein broyage pour un grand moment musical, ou des plagiats éhontés de mélodies ou de lignes de basse pour des "hommages".
Là où ça coince, c'est quand on tente de me faire admettre que c'est novateur, que c'est l'expression d'une génération, et que ne pas aimer le rap, c'est faire la peuve de vieuxcon-isme, d'ostracisme, voire de racisme tout court. Quand on veut me prouver que le premier pelé venu est la réincarnation conjointe de Bourdieu et de James Brown parce qu'il a su aligner trois mots de plus de deux syllabes sur un morceau entendu 15 000 fois avant le sien. Que le deuxième pelé qui, lui, ne peut pas proférer trois mots de suite sans y glisser insultes ou jargon de banlieue, est éminemment respectable parce qu'il a su s'en sortir après avoir été dealer. Que le troisième pelé, lui, a carrément droit à la vénération parce qu'il ose appeler à l'émeute et au meurtre de tout ce qui n'est pas plus ou moins semblable à lui.
En quoi ces trois médiocres et tous leurs clones seraient-ils plus honorables que le chauffeur matutinal de la benne à ordures que j'évoquais plus haut?
Je m'en fous, de l'ascenseur social de ces gens. Je me contrebranle de leurs problèmes lexicaux et de leur misère musicale. Je conchie leurs appels au pogrom. Si j'étais vache -et pourquoi me retiendrais-je?- je dirais qu'ils sont, à l'échelle de l'industrie du disque, ce que beaucoup reprochent à la politique: entre frime, tapage, démagogie, ego surdimensionné, victimisation, tendance à stigmatiser les "autres", escroquerie à la nouveauté, éloge du fric et absence dramatique de substance, les points communs sont nombreux.
Chacun est libre de ses dégoûts… et ça fait bientôt trente ans que le rap est bien placé dans la liste des miens.

Hello Rapetout
On peut ne pas nier du fond dans certains raps et pour autant ne pas apprécier la forme musicale. Certains textes de rappeurs sont, c'est vrai, touchants, justes ou poétiques et même parfois les trois à la fois. Et il m'est déjà arrivé d'entendre à la radio un rap (curieusement, ce ne sont pas ceux avec lesquels on matraque sur les ondes) des choses qui m'ont plu au moins du point de vue du texte.
Quant à l'appellation de poésie urbaine, elle me nifle. Du moins, ce qui me nifle, c'est ce que certains veulent mettre dans cette appellation, en ayant l'air d'avoir découvert la machine à cintrer les bananes.
Rien de nouveau sous le soleil quoi qu'on en dise. On s'extasie aujourd'hui parce qu'un gamin à casquette fait un tag sur les murs de sa cité ou de sa cage d'escalier. Rhââ ! Génial ! New ! Inédit ! L'enfant désenchanté des villes devient artiste et utilise la paroi pour exprimer sa rage, sa haine, ses rêves, pour transcender son quotidien. Wah ! C'est bien. Mais en quoi est-il très différent du type qui, à Lascaux, narrait sa journée de chasse ou son fantasme d'un bon steak d'auroch sur les murs de sa grotte ? Apparemment, il y a belle lurette que l'homme a besoin de l'art pour dire ou réinventer sa vie et son univers, les disséquer, les critiquer, et belle lurette qu'il saisit pour ce faire tous les supports, toutes les occasions. Molière plantait ses tréteaux sur le pavé de Paris avant de jouer à la cour, et ici, nos chantres improvisaient sur les places publiques. C'est sûr, Jack Lang n'avait pas encore été inventé…
Le rap, le slam, le tag, le graf s'inscrivent selon moi bien plus dans une continuité qu'ils ne sont la marque d'une quelconque révolution. Dont vous ne faites pas état, pour votre part, du reste, mais dont d'autres font des tartines assez indigestes.
Ensuite, tout est question de goût, de sensibilité. Denis préfère Hendrix à NTM et je préfère Morrisson et Burnell à Diams (ou Diamz, je sais pas, je m'en fiche, je sais cela dit qu'elle a des accents de sincérité). Et nous sommes donc de vieux singes à qui l'on n'apprend pas les grimaces, en tout cas pas celles de la rock'n roll attitude… Quant aux trois singes qui se bouchent qui les oreilles, qui les yeux, qui la bouche, j'ai une vieille tendresse pour eux. Ils sont l'allégorie du "secret du bonheur". Cela étant, s'il m'est souvent arrivé de déplorer que les oreilles ne soient pas munies de paupières ou de lèvres permettant de se fermer à volonté à certains échos de la bêtise ambiante (ou du moins d'en atténuer la portée assourdissante) je ne suis pas certaine que le modèle que nous proposent ces trois singes soit aujourd'hui la voie de la sagesse. En ces temps d'indignation comme d'admiration très sélectives et bien convenues, il faut, je crois, bien au contraire, garder ouverts les yeux et les oreilles et ne pas perdre une occasion d'ouvrir sa g… lorsque ce que l'on voit ou entend nous heurte ou simplement nous "interpelle". C'est ce que fait Denis, c'est ce que vous faites. En sachant en outre faire une jolie part aux joutes amicales, sur de mode de l'humour, prouvant ainsi que l'essentiel n'est pas toujours être d'accord sur tout, du moment qu'on n'est pas d'accord entre gens de bonne foi et de bonne compagnie.
Et je vous en remercie.

Dire "Le rap me donne envie de vomir" est sans aucun doute un jugement de vieux singe comme celui des trois figurines qui se bouchent les yeux, les oreilles et la bouche. C'est un jugement excessif et, si tous les rappeurs ne sont pas bons, certains méritent d'être écoutés... Il y a Soprano à Marseille qui n'est pas loin de La Ciotat. Des rappeurs-slameurs produisent ce que l'on appelle la poésie urbaine qui pourrait t'étonner.
Finalement qu'est-ce que c'est la musique? Niezsche disait que "C'est aussi un bruit qui pense".
Alors, mon cher Denis, il ne faudrait pas déraper et devenir, avant l'âge, un vieux singe qui ne saurait faire que des grimaces.
Les rappeurs dénoncent souvent les mêmes injustices que toi... Il faut savoir aussi garder l'esprit Rock'n Roll. C'est sûr!...
En attendant, sur ce coup, je t'envoie rouler'bouler.

Vieux con, vieux con, comme tu y vas, Denis !
Tout au plus vieux singe… De ceux à qui on n'apprend pas à faire la grimace.
Tu n'aimes pas le rap -moi non plus du reste. Mais c'est une affaire de goût, pas de préjugé comme c'était vraisemblablement le cas pour ta prof. Aujourd'hui, le rock, et même le rap, ont droit de cité dans les salles de musique des établissements scolaires. Où qu'elle se trouve aujourd'hui, je gage que ta prof de musique doit faire des sauts carpés à cette idée…

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