Être seul avec
soi, dans l’intériorité de son être, c’est là, dans cette évidente banalité
coutumière, que nous sommes le mieux. Rien de nouveau me direz vous dans ce
truisme. Pourtant, apparemment il semble que plus personne n’ambitionne à cet
état d’usage, on verse là dans le travers contemporain le plus consensuel.
Vous les voyez
les gens ? Rien ne vous choque ?
Moi si. Avant
quand on était seul, on était seul. Maintenant on est seul même en groupe, le
solitaire entouré a son téléphone conglutiné à l’esgourde.
Il parle dans
un machin à un autre humain qu’il ignorerait s’il était à ses côtés pour
téléphoner à un autre qu’il ignorerait s’il était… etc.
L’autre jour
je croise quatre jeunes gens, trois filles et un garçon. Les nanas
téléphonaient et le garçon tapait frénétiquement un SMS, on aurait dit un gag
de la caméra cachée. On devrait changer l’appellation du portable, je propose
l’ASS : Abaissement du Seuil de Sociabilité… Déjà qu’on avait la
télévision pour nous flinguer le lien social, voilà TFI détrôné, ce n’est plus
le lauréat du lavage de cerveau, les portables sont bien plus infaillibles à l’annihilation
de notre psyché.
« Je
pense donc je me fuis », voilà notre nouveau paradigme par prescription
subliminale, notre posologie d’homme novateur. Voyez un peu les enfants
d’aujourd’hui, à part ceux que l’on a drogués sciemment, pas un ne tient en
place cinq secondes sans une nouveauté, une saloperie chinoise qui non
seulement a déjà pollué la moitié de Canton mais finira sa triste vie dans nos
décharges. Durée d’utilisation trois minutes, durée de désagrégation cinq mille
ans. C’est à croire que les enfants n’ont plus conscience d’être eux, c’est
pour cela qu’ils reproduisent le comportement des objets, surtout la boule de
flipper et le lapin Duracell imitant notre président. Vous allez me dire, on
est dans l’ordre des choses, la caravane passe, les enfants sont agités, les
chiens aboient, les Brésiliennes se font grossir les seins.
Sur terre, il
reste un seul dinosaure : ma petite personne. Je résiste, dans certains créneaux
je suis même au top de l’antimodernité, par exemple je déteste le portable,
j’en ai un puisque c’est obligatoire par la loi et que je suis un citoyen
respectable (en fait, j’ai surtout peur qu’on m’envoie en prison). Vous verriez
le barouf que je fais quand je dois recharger ce machin de mort !
L’autre jour
Pierre Paul Battesti, de passage à Marseille, me demande de lui faire un texto
pour convenir d’un rendez-vous. Figurez-vous que je n’ai pas osé lui dire qu’à
moins d’y passer la semaine, je ne savais pas faire ça. Vous me voyez pianoter
un clavier aussi microscopique pour y consigner un zibouiboui d'un autochtone du
neuf trois, genre : « G la N, kestu fou, NRV, lou p rdv, c K ta ! » ?













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