Au puzzle, il manquait des pièces par Arlette Shleifer
A travers le monde, j’ai photographié des traces de roues sur les
routes qui ne menaient nulle part.
Parfois ce que je prenais pour des marques de pneus étaient en fait des
fissures, des brisures, des failles et je ne le voyais pas.
Ensuite j’ai capturé des passages, usés, suggérés où un simple indice indiquait la direction.
Je ne savais pas pourquoi ni où j’allais dans ces recherches à Séoul, à
Shanghaï, à Taipei, à Kyoto, à New York, à Paris, en Bourgogne, puis en Corse.
Geste anodin, Pas vagabond ?
Quelques mots, une rencontre en une seule étincelle ont donné un sens à
ce travail qui s’était « infiltré » dans mon œil.
Au puzzle, il manquait des pièces…







Les traces sont des invitations aux voyages immobiles.
Le regard se porte au delà du visible. Pour quelles raisons photographier des résidus de pneus sur des routes aux quatre coins du monde ?
Quelques mots ! Une étincelle ! nous dit Arlette Shleifer. Une inspiration métaphorique, sans doute ! Une angoisse peut-être ?
Que reste-t-il d’un passage à Séoul, à Shanghaï, à Taipei, à Kyoto, à New York, à Paris, en Bourgogne, en Corse? Des traces ! Une nostalgie et, en regardant mieux, des fêlures, des fissures…
Les traces font partie du passé, des lieux où nous ne sommes plus. Elles marquent des absences et leurs images la nôtre. Tout au long d’une vie, nous cheminons dans l’espace et dans le temps, mais aussi à travers les strates de notre mémoire. Un voyage intime, solitaire. Devant et derrière nous, il y a l'absence.
Les photographies témoignent de ce regard tourné vers l’intérieur. Pour moi, toute leur magie est là.
Arlette Shleifer nous renvoie en miroir son regard. Ensuite, elle se fait déposséder par l'autre. Ce n’est plus tout à fait son regard, plus tout à fait ses mots… mais c’est la même étincelle !
Rédigé par:Jean-Paul | le 10 novembre 2007 à 09:15